CHAPITRE XIV
tendre posséder à fond la science de la guerre. Wartensleben était parvenu dans l’armée autrichienne , à une époque où les raisons d’économie l’emportaient sur toutes les autres , et où la guerre se bornait ordinairement au gain ou à la perte d’un coin de terre. Alors on attachait la plus haute importance à couvrir un bout de frontière , à sauver un magasin. Ce vieil officier n’avait rien étudié audelà. C’est ainsi qu’en se portant sur le Danube, il se trouvait en opposition avec ses principes, et croyait devoir couvrir tous les dépôts d’approvisionnemens formés en Bohême. 11 est pénible pour un ancien militaire , plein de zèle et de confiance en ses moyens, qui a la conviction de faire le bien, d’être subordonné à un jeune homme, dont l’habileté n’est pas encore éprouvée , et qu’il a vu naître, lorsqu’il croyait avoir déjà rendu beaucoup de services. Tels étaient les sujets de mortificatioh de W artensleben : aussi saisissait-il de bonne foi toutes les occasions de justifier la direction contraire de ses mouvemens, malgré les ordres formels que l’Archiduc lui avait adressés les a5 , 29, 3i juillet et 4 août, et qu’il lui eut montré toute l’importance de sa marche le long de la Regnitz sur Nürnberg.
Les Autrichiens étaient à Forcheim , à l’em-
2Ô2 HISTOIRE DE LA CAMPAGNE DE 1 Jq6.
branchement des roules qui mènent au Danube et à la Vils par les montagnes et les défiles qui séparent cette rivière de la Peguitz. En se jetant dans les montagnes, ils perdaient l’espoir de gagner le Danube, faute de routes pour se rendre à Amberg. Dès que les Français tournèrent leur gauche à Hoclistædt , tVV artensleben craignit d être prévenu sur la route de Niirnberg, et se dirigea vers Amberg. Un Général sans prévention aurait jugé que l’enneYni qui pénétra le 7 à Hoclistædt, sans s avancer simultanément par W illersdorf et le long de la Regnitz, n’arriverait certainement pas le même jour entre Forcheim et Nürnberg , et qu'il n’y avait aucun risque à se mettre en marche dans la soirée, pour être le lendemain dans cette dernière ville; effectivement sa colonne n’aurait été inquiétée que par des partis trop faibles pour l'arrêter. Souvent on croit ime route coupée parce qu’on y aperçoit l’ennemi; cependant *elle ne l’est réellement qu autant qu’il vous tourmente sur d’autres points, ou qu'il l’occupe avec des forces telles, qu’on ne puisse s'y ouvrir un passage l’épée à la main.
En se retirant sur Amberg, Wartensleben s’éloigna de nouveau de l’Archiduc , dont le flanc resla en l’air, et rendit à Jourdan