CHAPITRE XV
L’affaire de Neresheim fournit matière aux observations : elle prouve évidemment qu’on ne doit livrer bataille que lorsqu’on y est forcé par l’enchaînement des événemens de la guerre, ou qu’on a l’espoir fondé de remporter la victoire; or la résolution de l’Archiduc ne provenait ni du premier ni du second cas. Son intention était d’assurer sa jonction avec Wartensleben , pouvait-il espérer d’y parvenir en livrant bataille , après en avoir laissé échapper l’occasion favorable le 3? Des démonstrations, le gain de plusieurs marches, et au pis aller l’abandon d’une forte arrière-garde dans les pénibles défilés de la Kessel et de la W ernitz, l’auraient mené plus sûrement à son but, ayant sur-tout affaire à un adversaire aussi circonspect que Moreau. On peut même dire qu’il l’eût plutôt atteint ; car il perdait , dans les préparatifs de la bataille, et parla bataille même, des momens d’autant plus précieux.
rière - garde le 4 e régiment de dragons, et une compagnie d’artillerie légère, qui la reconduisirent jusqu’à Mindelheim, lui tuant beaucoup de monde, et lui faisant des prisonniers.
Cette journée, tout à la fois glorieuse et funeste pour les Français , coûta plus de 5oo gentilshommes au corps de Condé, qui eut en outre un grand nombre de blessés. La perte des républicains fut moins considérable.
284 HISTOIRE de la campacne de 1796.
que Wartensleben montrait l’envie de précipiter sa retraite en Bohême. A la vérité, le passage du Danube à Donauwerth, en vue d'un ennemi victorieux, n'était pas exempt d'obstacles ni de dangers; mais la position du général autrichien était-elle donc si désespérée , et son flanc droit courait-il de si grands risques , qu'il dût se décider à l’effectuer? Un détachement de 4°° chevaux courait encore d Eichstædt, le long de l’Altmühl; par conséquent, Jourdan n’avait point encore de troupes sur le fleuve ; aucune même n’y pouvait arriver sans être aperçue. Nauendorf occupa Altdorf le 9, et Neumarkt le 10; le général Kerpen était à Ingolstadt avêc 4 bataillons , arrivans de l’intérieur de l'Autriche , et 5 escadrons de la grande armée ; ce qui suffisait pour y assurer le passage. L’Archiduc n'aurait jamais été prévenu au pont de Pïeuburg , ni à celui d’Ingolstadt ; et dans le cas même qu’il eût manqué sa jonction avec Wartensleben, Jourdan n'aurait pas pu l’empêcher de gagner la rive droite : On ne voit donc pas de raison pour justifier la préférence qu’il donna à Donauwerth. En effet, combien ne retardat-il pas sa réunion avec Wartensleben , par sa marche sur la rive droite du Danube, et un second passage de celle-ci à la gauche ?