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CHAPITRE XV

Cette ruse, faite à dessein d’engager son adversaire à poursuivre l’armée autrichienne dans cette direction , atteignit , il est vrai , son but. Mais ce calcul était-il bien naturel , bien militaire ? ne devait-on pas plutôt croire que le général français, connaissant le plus grand de ses intérêts , celui de longer la gauche du fleuve pour se joindre à Jourdan , ne manquerait pas de prendre cette route ? Et une telle manoeuvre n’eût-elle pas renversé tout le plan de l’Archiduc ?

Ajoutons que l’attaque de Neresheim n’avait aucune probabilité de succès , attendu que Moreau supérieur en forces , se trouvait concentré dans une position favorable , et que c’était tout l’opposé du côté des Autrichiens.

L’Archiduc espérait déjouer tous les projets du général français ; il voulait l’empêcher ou de passer le Danube au-dessous de la Brenz , ou de s’avancer par la vallée de la Kessel , sur la Wernitz, ou enfin de rapprocher son aile gauche de l’armée de Sambre et Meuse ; c’est d’après ces hypothèses , qu’il divisa son armée sur toutes les routes par où l’ennemi pouvait atteindre ces trois objets, sans penser qu’un seul étant décisif, tous les autres lui étaient subordonnés, et qu’il ne s’agissait que de le saisir et d’en écarter son adversaire.

L’événement le plus funeste qui pût arriver aux Impériaux étant la jonction des deux armées françaises, l'Archiduc aurait dû l’empêcher avant tout : le point le plus important étant alors à sa droite, il convenait d’y concentrer toute son armée , et d'occuper faiblement le pays jusqu’au Danube.

Moreau n’eût pas osé s’avancer entre le Danube et le prince Charles. Si , enhardi par sa supériorité numérique, et couvert par les montagnes qui séparent la Brenz de la Wernitz, il avait risqué une telle manoeuvre , il eût renoncé à la faculté de se réunir à Jourdan, ou de se rendre maitre de la rive droite du Danube; et l’Archiduc aurait toujours facilement gagné Donauwerthou Neuburg par une marche forcée. On doit conclure delà que le choix de la position des Autrichiens , et le temps qu’ils y perdirent jusqu’à ce que Moreau fut sur le point d’en enfoncer le centre, décèlent un manque de jugement qui devait amener une bataille malheureuse.

Les dispositions de l’attaque n’étaient pas moins défectueuses. 11 est vrai que la position par songranddéveloppement depuis Bopfingen à Dillingen , nécessitait une multitude de petites attaques; cependant l’Archiduc pouvait facilement restreindre son front , au moyen

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