CHAPITRE Y
échoué. Il aurait pu , à la vérité , engager les troupes deCollaud;mais ses intentions se trouvaient remplies. En battant Kray , il aurait rencontré l’armée de l’Archiduc , sur laquelle il ne pouvait se flatter de remporter aucun avantage. 11 eût perdu du temps, beaucoup risqué , et rien avancé. Par sa prudence , au contraire , il réussit à en imposer à l’ennemi , à mettre en désordre les troupes qui devaient le poursuivre , et à opérer sa retraite en sécurité. Il repassa la Sieg le 20 au matin à Siegburg, s’établit la nuit suivante derrière Obladen , et entra le 21 au matin dans le camp retranché de Düsseldorf. Les Autrichiens ne l’inquiétèrent pas , bien que des détachemens courussent la campagne, dès le 19, sur la route de Siegen, près de Ruprechtsroth. Kray s’avança le 2 1 jusqu’à Siegburg , et fit observer l'ennemi par ses troupes légères jusqu’à la Wipper.
Ainsi se termina la première opération de l’armée de Sambre et Meuse. Jourdan fut forcé , par de simples manoeuvres , à renoncer à son projet, par cela même que les Autrichiens concentrèrent leurs forces au point décisif.
On donne ordinairement des éloges au général qui remporte une victoire à forces infé-
g2 HISTOIRE DE LA CAMPAGNE DE 1 796.
rieures ou égales, lors même qu'il néglige de faire usage des ressources qui sont à sa disposition ; car la plupart des hommes jugent de sa capacité d'après l’événement, et la mesurent à la difficulté momentanée des obstacles vaincus; mais les militaires consommés n'estiment dans un général que la justesse des combinaisons et la sagesse des mesures qui , dans le cours des manœuvres stratégiques , comme sur le champ de bataille , amènent des forces supérieures au point décisif. La marche de celui-là seul est sûre , et enchaîne la victoire : les autres ne doivent leurs succès qu'au hasard.
Les vues de l'Archiduc étaient justes, et l’on applaudirait aux manœuvres qui le conduisirent du Rhin sur les bords de la Sieg , s il n'avait pas commis plusieurs fautes dans leur exécution (1). 11 semble d'abord qu'il devait pousser plus loin que Greifenstein après le combat de Wezlar, afin de tourner le flanc de son adversaire. Cependant, si l'on considère qu’il envisa-
(1) II ne faut pas oublier que c’est l’archiduc Charles qui parle ici lui-même. Nous aurons encore d’autres occasions d’admirer la franchise avec laquelle ce Prince convient de ses fautes.