CHAPITRE V
geait la première action comme les préliminaires d’une bataille, on verra que c’est par prudence qu’il se décida à concentrer un plus grand nombre de troupes , et à ne rien donner au hasard. Quoique Jourdan fût dans une mauvaise position , il était possible qu'il engageât une affaire décisive. Une bataille , dans ce cas , avait de trop grands résultats pour être livrée avec légèreté , vu le risque que courait le Prince , en cas d’échec , d'être pressé sur la haute Lahn et séparé de Wartensleben et de Latour.
Il est moins excusable de n’avoir pas renforcé suffisamment Kray , lorsqu’il s’avança le 19 contre Ukeralh, pour lui donner la supériorité sur Kleber. La fatigue des troupes , le manque de subsistances , l’incertitude où l’on était que l’ennemi eut entièrement passé près de Neuwied , enfin la crainte de trop s’étendre ne sont que des raisons spécieuses d’un bien faible poids , puisqu’il ne s’agissait que d’une seule marche pour s’assurer de la retraite totale de Kleber sur la Sieg.
Lorsqu’on veut mettre son ennemi dans l’obligation d’exécuter un mouvement à notre convenance , il est plus avantageux de l’y amener de vive force , que par des manœuvres ou des menaces sur ses flancs , puisque celte dernière voie fait toujours perdre beaucoup de
temps. On ne doit j songer que lorsqu’on n’a pas de forces suffisantes pour atteindre son but avec célérité.
C’est encore une faute de ne pas achever ce qu'on a commencé , et de tourner ses forces disponibles contre un objet secondaire avant d’avoir atteint le premier; car loin d obtenir des facilités pour remplir le second , on court risque de les manquer tous deux , cet état de choses donnant à l’adversaire la latitude de réparer ses pertes.
La retraite de Jourdan était bieu ordonnée ; mais l’instruction qu’il laissa au général Kleber de gagner du temps , pour reprendre l’offensive , était peu convenable (1) ; ou il voulait le sacrifier afin d'opérer sa retraite plus facilement , ou il pensait se maintenir sur la rive droite du Rhin. La première hypothèse se fondait sur sa situation, qui n’était pas encore désespérée , puisqu’il avait déjà assez d'avance pour se retirer sans danger. Cependant , s'il
(1) L’anteur a fondé ses deux hypothèses relatives au combat d’Ukeralh , sur des Mémoires souvent inexacts. On nous assure que Jourdan avait donné l’ordre à Kleber de continuer sa retraite, et de ne s’arrêter que quand l’ennemi cesserait de le poursuivre. Ce combat fut donc engagé contre l’esprit de ses instructions.