CHAPITRE II
Dans la défensive, la conservation de leur ligne dépendait toujours des chances d’une bataille. Celle de l’ennemi, au contraire, ne pouvait être considérée comme enfoncée, après plusieurs échecs et la perte même d’une de ses places.Lapremière,sans appui à ses extrémités, et hors d état de se défendre par elle-même (i).
(i) L’auteur prétend que les Autrichiens auraient été dans l’impossibilité de prendre l’offensive, parce que la base des Français se trouvant plus étendue que leur propre front d’opérations, celui-ci eût été débordé. Nous ne partageons pas son avis. Une armée ne nous parait susceptible d’être débordée que par des masses agissantes; elle ne peut l’être par une ligne topographique qui ne bouge pas. Si, pour atteindre ce but, l’ennemi portait ses forces aux deux extrémités de sa base, alors il se diviserait, et laisserait son adversaire maître des positions centrales, au moyen desquelles ce dernier l’en ferait bientôt repentir. Une base qui déborde n’est autre chose qu’un front plus étendu contre un front plus rétréci , ce qui , à forces égales dans les deux armées, n’a jamais été un avantage. On aurait pu en voir une nouvelle preuve dans cette occasion, car si les deux armées françaises eussent éprouvé lemoindre revers sur le centre de leur ligne, elles auraient été poursuivies et forcées à se disperser pour se sauver dans les places.
La science de la guerre, calculée ainsi sur des lignes géométriques, jette un général dans l’irrésolution, et lui fait adopter souvent des partis pusillanimes, ibo mille
l6 HISTOIRE DE LA CAMPAGNE DE 179 6.
ne pouvait être occupée qu’avec des forces infiniment supérieures , que les armées allemandes 11’avaient pas à l'ouverture de la campagne. En effet, si la cavalerie des Autrichiens était plus nombreuse que celle des Français, leur infanterie , cette arme principale , se trouvait inférieure à celle des derniers. Non-seulement il était facile aux Français de soutenir une défensive avantageuse avec une armée plus faible , en occupant les places fortes, mais encore l’offensive leur présentait beaucoup de chances favorables.
Les Autrichiens auraient dû j renoncer, en 1796, et il y a lieu de croire qu’ils eussent obtenu des succès , en abandonnant la rive gauche du Rhin, laissant de faibles garnisons dans les places, et divisant leurs forces en deux grands corps placés aux extrémités de leur ligne. Ils étaient assez nombreux pour en imposer : mais d’après le plan qui fut adopté , les ailes avaient trop d’extension pour se se‘-
Autrichiens , maîtres de Mayence et de Mannheim , ne risquaient rien en prenant 1’olfensive sur deux armées divisées et inférieures en nombre. Avant le départ des forces détachées en Italie, ce parti était le seul convenable, et aurait eu les plus brillans résultats.