CHAPITRE VIII
semblent également vicieuses. Rien n’est plus difficile à soutenir qu’un combat en plaine, où l’adversaire peut déployer toutes ses masses, et où il n’y a pas d’espoir de lui dérober de mouvement. Le plus faible y est toujours battu, à moins que par des manoeuvres préalables, il n’ait prise sur une aile ou un flanc de son adversaire, de maniéré à obtenir sur lui une supériorité quelconque. Mais si des circonstances particulières , ou une situation désespérée , nécessitent une attaque sur le front ou au point central , comme à Friedberg , par exemple, il faut alors employer l’ordre profond et s’avancer contre l’ennemi sur un front étroit, soutenu par des lignes disposées en échelons , qui se flanquent successivement.
Wartensleben dans sa position, ne devait pas risquer d’attaque; il ne pouvait en effet la diriger que contre le centre de l’ennemi , puisqu’en faisant mouvoir sa gauche il laissait Jourdan à Homburg sur ses derrières, et qu’en avançant par sa droite , il quittait la route et abandonnait la ligne de retraite sur Francfort. Malgré ces dangers , il en eut la hardiesse , et comment ! dans une position où ses ailes sans appui et menacées d’être incessamment débordées , n’avaient point de réserve. En vain dira- 1- on que l ordre envoyé par l’Ar-
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i74 histoire de la campagne DE 1796.
cliiduc à Wartensleben , motiva sa résolution: il avait le droit de ne pas l'exécuter; le Prince ne connaissait pas sa position , quand il le lui donna.
Un général en chef qui trace à des subordonnés détachés au loin, leui s lignes d'opérations et les points stratégiques de leurs positions défensives, a rempli ses devoirs; on ne saurait exiger de lui des ordres précis et détaillés , surtout quand leur exécution dépend non-seulement de rapports tactiques, mais encore de vues instantanées.
Eneffet,cen est pas dans l'éloignement qu'on peut prescrire des manœuvres analogues à celles de l'ennemi, ni fixer le moment de l'attaque. Or, c'est ce qui arriva dans cette circonstance :1a direction prise n'était pas stratégique et le combat fut livré contre toutes les règles de la tactique.
Le sacrifice d'un millier d'hommes n'est rien quand il s'agit de la conservation d'un point stratégique ; la faute en est à ceux qui ont suscité la guerre; le général 11'en est pas responsable ; il peut croire que ce malheur préserve l'état d'un plus grand revers; mais quand le sang des soldats coule inutilement, le reproche pèse toujours sur celui qui l a fait verser par ses fausses combinaisons.