II
» le Guerrier ; s’il faut que le flambeau de » mes jours s’é teigne , j’expirerai du moins » plus près du tombeau de mon Dieu. De » là, mon âme , avec moins d’efforts , s’en- » volera dans le Ciel. Heureux , en mou- « rant , de voir ces lieux où m’appeloient » mes vœux et mes sermens ! »
Il dit : on le porte à Solime ; on l’y dépose sur un lit où il s’endort d’un sommeil tranquille. INon loin de lui , Vafrin donne à la Princesse un asile secret et inconnu ; luimême , il va trouver Godefroi , et sans obstacles pénètre jusqu’à lui , quoique dans ce moment le Héros , profondément occupé de son entreprise , pèse et balance ses espérances et ses craintes.
Il est assis sur le bord du lit où repose Raymond. Un cercle de Guerriers les plus puissans et les plus sages sont autour de lui. Vafrin parle, et tous se taisent pour l’entendre : « J’ai pénétré, Seigneur, dans le » camp des Infidèles.
» N’attends pas que je te dise le nombre » de leurs soldats ; les plaines , les mon- « tagnes , les vallées en sont couvertes. J’ai » vu la terre au loin dépouillée de ses » moissons : j’ai vu tarir les fleuves et les » fontaines ; la Syrie n’a point assez d’eau
CHANT DIX-NEUATiiME. 267 » pour éteindre leur soif , ni de bled pour » les nourrir.
» Mais cette innombrable armée n’est « presque toute qu’un ramas inutile , sans » discipline et sans ordre: ils ne savent point » manier le fer , et lancent de loin des flè- » ches impuissantes. On y voit cependant » quelques Guerriers d’élite qui marchent » sous les drapeaux Persans. On y voit une » troupe peut-être encore plus formidable ; » c’est la troupe immortelle du Calife.
)) Immortelle , en effet , puisque toujours 3) le même nombre la compose , et que tou- » jours un nouveau soldat remplacelesoldat » qui vient de périr. Emiren commande 33 l’armée ; Emiren , qui , en prudence , en 3) valeur , n’a peut-être point d’égal. Son 3) Maître lui ordonne de tout tenter pour 3) engager un combat.
3) Après-demain , l’ennemi sera dans ces
33 lieux : . Renaud, songe à défendre ta
3) vie , on brûle de te l’ arracher : Armide a 3) promis samain à qui lui apportera ta tête , 3) et les plus fameux Guerriers ont juré de 3) l’abattre.
3) On compte parmi eux le Roi de Samar- 3) cande, le vaillant Altamore: on y compte » Adraste , le gigantesque Adraste, dont les
2 68 LA JÉRUSALEM UÉLIYRÉE ,
» Étals touchent aux portes de l’Aurore ; » Guerrier barbare , inhumain , qui , au beu » de coursier , monteun superbe éléphant; » et Tjsapherne encore , que la renommée » place au rang des Héros » doutés. »
Il dit ; Renaud s’enflamme , ses jeux étineellent : déjà il youdroit être au milieu des ennemis : il ne peut plus se contenir ni captiver l’ardeur qui le transporte : « Seigneur, » ajoute \atrin , en se retotirnaut vers » Bouillon, je ne t’ai rien dit encore : un » secret plus affreux me reste à dévoiler ; » on aiguise contre toi le poignard de la » trahison. »
Il lui révèle le complot qui menace ses jours, les armes, le poison , le fatal déguisement et la récompense promise au crime. Tous l’interrogent ; il leur répond à tous. Le silence succède : enfin , Bouillon s’adressant à Raymond ; « Comte , lui dit-il, J) quel est ton avis ?
» — Je ne crois plus qu’il faille demain >) recommencer l’assaut ; investissons la » tour et fermons-en la sortie à l’ennemi. M Cependant l’aisons reposer nos troupes , J) et préparons-nous à un combat qui doit » décider du sort de l’Asie : songe toi-même
les plus re-
CHA.XT DIX-NEUVIÈME. 269 » s’il vaut mieux aller chercher l’Egyptien ou raltendre.
» L’objet le plus important pour nous , n c’est ta vie ; par toi nous sommes sûrs de » vaincre , par loi nous sommes sûrs de » régner : sans toi , qui sera notre gaiide ? » Quel sera notre appui ? Pour reconnoître «les perfides qui menacent tes jours, faig » changer à tes gardes d’habillement et » d’armure ; le crime se trahira lui-même.
» — Je retrouve dans tes conseils toute » la sagesse et toute ton amitié. Je prononce » ce que tu n’oses décider ; nous marche- » rons à l’ennemi : les vainqueurs de l’O- » rient ne doivent point se cacher derrière » un rempart ou dans des retranchemens ; » c’est dans la plaine , c’est à la clarté du » jour que nous devons montrer à ces im- » pies notre valeur et notre audace.
» Ils trembleront au seul souvenir de nos » triomphes : notre aspect , l’éclat de nos » armes, achèveront leur défaite. Sur leurs « débris , nous assiérons les fondemens de » notre empire. Bientôt la tour se rendra « d’elle-même , ou cédera sans peine à nos » efforts. » A ces mots, Bouillon se tait , et tous vont goûter le repos qu’amènent le silence et la nuit.
Déj.v le soleil avoit rappelé les mortels h leurs travaux ; déjà son char , conduit par les Heures, avoit mesuré une partie de sa carrière. Soudain , du baut de la tour où ils se sont réfugiés, les Infidèles aperçoivent un nuage lointain qui s’avance et roule vers Solime. Bientôt ils reconnoissent les Egyptiens, ut le secours qui leur est promis. Sous les pas de cette immense armée, vole un tourbillon de poussière; la plaine et les colbnes disparoissent.
A cet aspect , les assiégés poussent des cris d’allégresse. Tels , aux rives de la Tbrace , à l’approcbe des hivers , des bataillons de grues s’agitent, et par leurs cris saluent la chaleur qu’ils vont chercher dans de plus heureux climats. L’espérance ranime leur couraae et leur vigueur : ils lancent des flèches, ils vomissent des outrages et des blasphèmes.
Les Chrétiens ont bientôt compris d’où naissent ces nouveau.x transports et celle subite audace. Ils portent leurs regards dans
ClHfANT XX.
' - . T)fr
CHAlSiT VINGTIÈMK. 27 1
la plaine j ils voient l’ennemi qui s’avance : soudain une généreuse ardeur les enflamme ; ils crient ; Aux armes ! aux armes J La jeunesse impétueuse se presse autour de Bouillon , et frémissant de rage ; (( Donne, Seigneur, donne-nous, s’écrie- » t-elle , le signal du combat. »
Mais le Héros résiste à leur impatience , et met un frein à leur audace : il ne permet pas meme que par de légers combats on essaie la fortune. « Après tant de fatigues, » leur dit-il , donnons du moins un jour au » repos. » Peut-être aussi veut-il nourrir dans ses ennemis une confiance imprudente.
Chacun prépare ses armes , en attendant que l’aurore trop lente ait enfin rallumé ses feux. Jamais l’air ne fut si pur et si serein qu’aux approches de cette journée. L’aurore naissante , semble être couronnée de tous les rayons du soleil ; le ciel a redoublé ses clartés, et veut, sans voile, contempler ces glorieux exploits.
Dès qu’il a vu les premiers traits du jour , Godefroi fait marcher son armée en ordre de bataille. Raymond doit veiller sur la tour et contenir les assiégés. Sous lui sont ses Gascons et un peuple de Chrétiens , qui ,
du fond delà Syrie, sont venus s’unir à leurs
libérateurs.
On lit sur le front de Godefroi le présage assuré de la victoire : un céleste éclat brille dans tous ses traits ; jamais il ne parut si auguste et si grand : la fleur de la jeunesse renaît sur son visage ; son regard , son maintien , tout annonce qu’ibesl au-dessus des vul gaires 2nortels.
Le camp de l’Egyptien se présente à sa vue ; Godefroi fait occuper une colline qui s’étend à sa gauche et se prolonge derrière lui. Dans la plaine , il déploie un front large et menaçant : l’infanterie est au milieu , et la cavalerie siu’ les ailes.
A la gauche , sur la pente de la montagne , il place les deux Robert; son frère est au centre; lui-même il commande la droite. Etendue dans la plaine , c’est là que sera le danger; c’est là, qu’avec ses bataillons plus nombreux , l’ennemi peut tenter d’envelopper les Chrétiens.
Sous lui , sont ses Lorrains et l’élite de ses soldats. Entre les cavaliers , il place des fantassins, accoutumés à combattre au milieu des chevaux. Non loin de là est un escadron d’Aventuriers et d’autres Guerriei’s fameux , sous les ordres de Renaud.
CHVîvT VINGTIÈME. 273
« La victoire, lui dit Godefroi , est dans » les mains ; c’est de toi que dépend notre » sort : tiens la troupe cachée à l’omhre de » ces ailes. Au moment où l’ennemi s’ap- »proc liera, fonds tout-à-coup sur lui, et » fais évanouir ses projets. Sans doute il » voudra nous envelopper. »
De là , sur un coursier rapide , il vole de rang- en rang ; son visage est découvert ; la terreur est sur son front , et l’éclair dans ses yeux ; il rassure les courages ébranlés; il affermit ceux qui espèrent : il rappelle au brave ses exploits , à l’audacieux ses prouesses : aux uns il promet des récompenses ; aux autres des honneurs.
Enfin , il s’arrête sur une éminence à la tête de son armée , et adresse à ses Guerriers ce discours qui les enflamme. Sa rapide éloquence roule , comme un torrent , qui , grossi par la fonte des neiges , se précipite du sommet d’une montagne.
« Illustres Vainqueurs de l’Orient, fléaux » de l’impiété , voici enfin le deimier de nos » combats , voici le jour désiré si long- » temps : le Ciel rassemble aujourd’hui tous » vos ennemis , pour les livrer tous à la lois » à vos coups.
» Que de victoires réunies dans une seule!
3) Que de traraux , que de fatigues nous » épargne l’Elernell Que l’aspect de cette » ininiense multitude ne vous inspire au- » cune terreur. Divisée , sans harnionie , 33 sans discipline , elle s’embarrassera elle- 3) même. A tant de bras , il manquera le 33 courage qui les fait mouvoir , et cet ordre 33 qui les dirige et les rend ulües.
33 La plupart sans adresse , sans vigueur , 33 arrachés à l’oisiveté ou à de vils emplois , 3* n’apportent que leur lâcheté et leur inex- 33 périence. De ce côté, je vois trembler 33 leurs épées , je vois trembler leurs bou- 33 chers, je vois trembler leurs enseignes. 33 Dans leurs sons incertains , dans leurs >3 raouvemens équivoques , je lis leur perte 33 et notre triomphe.
33 Ce Guerrier , couvert d’or et de pour- 33 pre , qui les commande , et dont le regard 33 est si lier , a vaincu peut-être des Arabes 33 et des Maures ; mais sa valeur ne résistera 33 point à la nôtre. Au milieu du trouble et 33 de la confusion , que peut-il attendre de 33 son courage et de st/O habileté? Il ne con- 33 noît point ses soldats, il leur est inconnu ; 33 il en est peu d’entre eux auxquels il puisse 33 dire : Tu étois là , j’y étois avec toi.
33 Moi , je commande à une troupe choi-
CHANT VINGTIEME. SyS
» aie : jadis voire compagnon , aujourd’hui «votre Chef, j’ai combattu, j’ai triomphé « avec vous. En est-il parmi vous dont je ne » connoisse la patrie et la naissance? Quand « vos flèches volent dans les airs , en est-il 3 une dont je ne puisse dire : C’est un Fran- « çais , c’est un Irlandais qui l’a lancée ?
« Je ne vous demande point des exploits .3 nouveaux. ; soyez tels que je vous ai vus : « ayez votre zèle accoutumé , souvenez- » vous de votre gloire , de la mienne , de » l’honneur du Christ. Allez , frappez ces » impies , foulez leurs cadavres sanglans , et » sur leurs débris alFermissez notre con- » quête. Pourquoi vous arrêter encore ? Je » le lis dans vos yeux ; la victoire est à » nous. »
Aces mots, un rayon de lumière vient former un cercleautour de sa tête. Tel brille un éclair , ou telle encore une étoile détachée du front de la nuit se plonge dans le sein des eaux. Ce rayon parut aux Chrétiens le présage assuré du diadème que devoit un jour ceindre Bouillon.
Peut-être, s’il est permis à un mortel de sonder les célestes mystères , peut-être ce fut l’Ange tutélaire du Héros qui descendit du séjour des Immortels , et le couvrit de
276 LA JÉR.US ALEM DÉLIVRÉE , ses ailes. Cepentlaiit, l’Egypiien, avec non moins d’ardeur, ordonnoit son armée et encourageoit ses soldais.
Il avoit , comme Godefroi , placé son infanterie au milieu , et sa cavalerie sur les ailes. Tl commande à la droite ; Altamore à la gauche ; Muléassem est au centre , et derrière lui Armide et son brillant cortège.
Sous Emiren se rangent le farouche
Adraste et Tysapherne , et la troupe immortelle. A la gauche, avec Altamore , sont les Rois de Perse et d’Afrique , et les deux Monarques Ethiopiens. Leurs nombreux escadrons peuvent se déployer dans un plus vaste espace ; c’est de là que la fronde doit lancer les pierres , et l’arc décocher les flèches.
Le Général court de rang en rang ; il
parle à ses soldais par lui-même ou par ses interprètes : il mêle les reproches et les louanges, les promesses, et les menaces : « Pourquoi , dit-il à l’un , ce visage cons- » terné ? Que crains-tu ? Que peut un seul » contre cent? Notre ombre , nos cris seuls » mettront en fuite cette poignée de soldats.
» J’aime ton audace , dit-il à l’autre , » généreux Guerrier , va reprendre la proie » que des Barbares nous ont enlevée. » Quel-
CHANT VINGTIKME. 277
«prefois il évoque la patrie; il présente à leurs yeux son image pâle, défigurée, et le tableau de leurs familles suppliantes , éperdues ; « Ta patrie te parle et l’implore 5) par ma voix.
» Sauve mes loix , sauve mes temples. Ne » permets pas qu’ils soient souillés de mon 3) sans. Arrache les filles tremblantes aux » outraoes d’un soldat effréné : défends les
3) cendres et les tombeaux de tes aïeux de >3 l’impiété qui veut les profaner : vois les 3) vieillards appesantis par l’âge qui déplo- 33 rent leur foiblesse, et le montrent leurs 3) cheveux blancs. Vois ton épouse en lar- 33 mes , qui le ^montre son sein , tes en- 33 fans , et ce lit confident de vos chastes 33 amours ! 3)
Il dit à d’autres : « L’Asie remet dans vos 3) mains sa gloire et sa vengeance , c’est de 3) vous quelle attend le sévère, mais juste 3) châtimentdesBarbaresquil’ontravagée. 33 Ainsi , en diverses langues , et par divers motifs , il allume dans ses Guerriers l’ardeur du combat. Mais déjà les deux Chefs se taisent , et les deux armées ne sont plus séparées que par un espace étroit.
Quel étonnant spectacle ! Le signal est donné ; tout s’ébranle : les enseignes et les
27S LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE J drapeaux flotlenl dans les airs. Les'veuls agitent les mobiles panaches : l’or et l’acier , frappés des rayons du soleil , portent au loin les éclairs et la terreur.
Tout est hérissé de piques et de javelots : les arcs sont tendus , les lances sont en arrêt , les traits sifflent , les frondes résonnent , les coursiers écumenl et s’enflamment de la haine et de la fureur dont leurs maîtres sont animés. Ils bondissent, ils frappent la terre , et leurs naseaux brùlans vomissent la flamme et la iùmée.
La beauté de ce spectacle en égale l’hoi*^ reur. Malgré les alarmes qu’il inspire , un charme secret y llxe les yeux. Le son terrible de mille instruinens flatte encore les oreilles qu’il étonne. Cependant l’armée Chrétienne, moins nombreuse, offre un aspect plus imposant : leurs armes ont plus d’éclat ; un souffle plus guerrier anime leurs trompettes.
Bouillon le premier fait sonner la charge: l’Egyplien répond et accepte le combat : les Chrétiens à genoux invoquent l’Elernel , et baisent la poussière. Bientôt la plainedisparoît : on se presse , on se mêle , et de tous côtés volent la fureur et la mort.
Quel Guerrier, parmi les Chrétiens^
frappa les premiers coups ? Quelle main cueillit les premiers lauriers ? Ce fut la tienne , ô Gildippe ! Le Ciel livre au bras d’une femme le grand Hircan , le souverain d’Ormus ; tu lui perces le cœur ; il tombe , et , en tombant , il entend les ennemis vanter le coup (juilui ravit la vie.
La lance de l’Amazone est brisée ; d’une main vigoureuse , elle saisit son épée , se précipite au milieu des Persans , ouvre et renverse les rangs les plus serrés. Elle atteint Zopire à la ceinture , et partagé en deux, elle l’étend sur la poussière. Elle frappe Alarcon à la gorge , et lui coupe le canal des alimens et de la voix.
Artaxerce roule sans connoissance; Argée expire ; Ismaël voit tranclier les nerfs (jui attachent sa main à son bras. Les rênes de son coursier flottent sur son col ; l’animal libre du frein qui le captivoit , fuit au milieu des rangs et y porte le désordre.
Ces Guerriers , cent autres encore dont les noms sont ensevelis dans l’oubli , tombent sous le fer de l’Amazone. Les Persans l’entourent , la pressent et la menacent : déjà ils se disputent l’honneur de sa défaite ; mais le fidèle Odoart , dont la tendresse est alarmée , accourt pour la soutenir et la dé-
2üO LA JÉRUSALEM DÉL1VB.ÊE, fendre. Tous deux réunis, ils sentent redoubler leurs forces et leur courage.
Généreux époux I vous donnâtes un spectacle nouveau dans les combats. Chacun de vous oublie ses j^ropres dangers , pour sauver, pour venger une vie qui lui est plus précieuse que la sienne ! Gildippe repousse les coups qui menacent le tendre Odoart. Odoart couvre Gildippe de sou bouclier ; il présenteroit , s’il le falloit , son sein tout nu aux armes dii-igées contre une tête si chère.
Sous les coups du Guerrier tombent et l’audacieux Roi du Bécan et Alvante , qui osa frapper Gildippe. Gildippe fend la tête au brave Arimond , qui menaçoit les jours de son époux.
Cependant le Roi de Samarcande faisoit parmi les Chrétiens un ravage encore plus allreux : autour de lui tout tombe , tout péi-il , ce qui échappeàson épée expire sous les pieds de son coursier : heureux qui meurt d’un seul coup , et ne gémit pas encore sous le poids du fougueux animal !
Altamore moissonne , et le vigoureux Brunellon et le gigantesque Hardouin. Le premier a la tête fendue, et les môrcernx sanolans en retombent sur l’une et l’autre
épaule. Le second , par un bizarre effet de sa blessure , est forcé de rire en expirant.
Une foule d’autres Guerriers tombent sous les coups de l’homicide épée. Genton , Gaston, Guy, le généreux Rosemond confondent ensemble leurs derniers soupirs.
Qui pourroil compter les victimes d’Altaanore ? Qui pourroit dire tous ceux que son coursier écrase sous ses pieds ? Combien de blessures diverses? Combien de morts différentes ?
Personne n’ose affronter ses regards ; personne n’q^^e menacer : Gildippe seule revient sur luT: seule, elle ose braver ce dangereux rival. Jamais Aniazone , sur les rives du Thermodon , ne soutint un bouclier avec tant de vigueur, et ne mania la bâche meurtrière avec tant d’audace.
La première elle frappe l’Infidèle , et du coup elle brise l’or et l’émail qui ornent son diadème. Le superbe Altamore est forcé de baisser la tête. La honte et le dépit l’enflamment, et sa rapide vengeance efface aussitôt l’affront qu’il a reçu.
Il porte à Gildippe un coup affreux qui lui ôte le sentiment et presque la vie. Elle tomboit; mais son fidèle époux accourt et