‹ Vol 2Chapitre 5 sur 12 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

i ; 0 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE ,

M ne peut pas même dire : « Il étoit là.

Telles , aux feux du soleil , ou au souffle des vents , fuient ces vapeurs légères qui s’amassent dans les airs ; tel s’évanouit un fànt dme qu’a créé l’imagination d'un malade. 11 ne reste dans ces lieux que des rochers déserts, etl’horreur sauvage qu’y mitlanature. Armide sur son char s’élève et s’envole.

Entourée de nuages et de bruyans tourbillons, elle fend les airs étonnés : elle voit sous ses pieds des rivages qu’éclairent des astres inconnus et des terres qu’Jiabitent des êtres ignorés. Bientôt elle a franchi les colonnes d’Alcide : elle n’approchc point des rives de l’Hespérie, ni du sol brillant que cultive le Maure. Toujours son vol est suspendu sur la mer , jusqu’à ce qu’enfin elle arrive vers les bords de la Syrie.

Elle ne va point à Damas ; ses regards se détournent loin d’une patrie jacb's si chère à son cœur J elle dirige son char vers cette rive inféconde , où : on funeste château s’élève au milieu des eaux : elle s’y cache aux yeux de sa Cour , et dans un secret asile s’abandonne aux pensées tumultueuses qui agitent son âme. Mais bientôt la honte cède au désir de se venger.

«J’irai, j’irai, dit-elle, aux lieux où

» l’Êgyplienrassembleles forces de l’Orient, » essayons encore le pouvoir de la magie , » et prenons des formes inconnues : je ma- » nierai l’arc et l’épée, je servirai sous un J) Monarque étranger pour l’intéresser à ma 5) querelle. J’abjure l’honneur et ses loix ^ » pour être toute à ma vengeance.

»Ne m’accuse point, Hidraot, n’accuse » que toi-même ; c’est toi qui , le premier, « éveillas dans mon cœur une audace nou- » velle ; c’est toi qui brisas les liens dont » la pudeur enchaînoil mon sexe. Errante , » vagabonde, par tes conseils , j’ai dédai- » gné de paisibles vertus ; tous les crimes » qu’ Amour m’a fait commettre, tous ceux » que me coûtera ma vengeance , tu ne dois ») les imputer qu’à toi. »

Elle dit, et rassemble aussitôt ses femmes , ses Officiers : elle revêt ses plus pompeux habits , et dans ses superbes atours , fait briller tout son art et tout l’éclat de sa fortune. Elle part, et ne goûte aucun repos, jusqu’à ce qu’elle ait atteint les sables brûlans quel’Égyptien a couverts de ses tentes.

A ux frontières de la Palestine, sur le chemin qui conduit à Péluse , Gaza voit au pied de ses murs expirer la mer et son courroux : autour d’elle s’étendent d’immenses solitudes et des sables arides. Le vent qui règne sur les flots exerce aussi son empire sur cette arène mobile , et le voyageur voit sa route incertaine flotter et se perdre au gré des tempêtes.

Jadis soumise aux loix des Turcs , Gaza est devenue la conquête du monarque Egyptien , dont elle bornoit les Etats : il a quitté Memphis et son superbe palais, pour étaldir dans cette Cité son séjour et le centre de ses projets. Du fond de son vaste empire, il y a rassemblé d’innombrables soldats.

Muse, dis-moi quelle étoit alors la situation de ces contrées ? Quelles troupes obéissoient aux ordres de leur Prince : combien l’Égypte, combien les Rois, ses tributaires , lui envoyèrent de soldats? Compte les forces de l’Orient et du Midi réunies sous ses drapeaux ; seule, tu peux rappeler

CHANT DIX-SEPTlÈlvm. \']'S à ma mémoire , et les noms des Chefs , et les noms de leurs bataillons , et la moitié du monde rassemblé pour les combats.

Quand l’Egypte , rebelle à son Dieu , eut brisé le joug de ses maîtres , un Guerrier du sang de Mahomet y régna sous le titre de Calife : ses successeurs héritèrent de son nom comme de sa puissance. Tel jadis le Nil vit une longue suite de Pharaons et de Ptolémées.

La main du temps affermit cet empire ; il s’accrut , et des murs de Cyrène , jusqu’aux frontières les plus reculées de la Syrie, il cotivrit et l’Afrique et l’Asie de sa vaste puissance. Le Nil, caché dans l’Ethiopie , craignit qu’il ne commandât à sa source : les déserts de Saba , les rives de l’Euphrate furent soumis à ses loix.

Il renferma l’Arabie et ses trésors , la mer Rouge et ses richesses ; de là , il s’étendit jusqu’aux portes de l’Aurore. Puissant par ses forces, il est encore plus puissant par son Prince : né sitr le trône , le Calife a toutes les vertus d’un Monarque et tous les talens d’un Guerrier.

Long-temps il combattit contre la Perse et la Turquie : souvent vainqueur , quelquefois vaincu , toujours plus grand dans

174 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE , ses revers que dans ses triomphes. Ses mains appesanties par l’âge, ne peuvent plus manier le fer; mais l’ardeur de la gloire et l’ambition des conquêtes échauffent encore son courage.

Il combat par ses Ministres : toujours une mâle vigueur anime ses pensées et ses discours , et le pesant fardeau de la Monarchie n’accable point sa vieillesse. Toute l’Afrique et les petits Etats qui la partagent tremblent à son nom ; l’Indien le révère ; tous ses voisins lui fournissent des soldats , et lui payent des tributs.

Tel étoit le Monarque qui menaçoit l’empire naissant des Latins , et méditoit d’arrêter des progrès dont sa jalousie étoit alarmée. Quand Armide parut, il comptoit ses soldats, et dans une vaste plaine , hors des murs de Gaza , il faisoit la revue de ses troupes.

Il étoit assis sur un trône auguste , où l’on montoit par cent degrés d’ivoire ; un dais d’argent pendoit sur sa tête ; ses pieds fouloient un tapis tissu d’or et de soie ; tout le luxe de l’Orient brilloit dans ses pompeux habits , un superbe turban se replioit autour de son front, et formoit soit diadème.

Le sceplre est dans sa main : une Larbe blanche flotte sur sa poitrine. Dans ses yeux , que la vieillesse n’a point éteints, respirent encore son audace et sa vigueur première ; dans tout son maintien paroît la dignité de l’âge et la majesté de l’empire. Ce fut sous de semblables traits , qu’Apelles ou Phidias représentèrent Jupiter , mais Jupiter foudroyant.

Debout , à sa droite et à sa gauche , sont deux Satrapes. Le premier lient dans ses mains le glaive vengeur , le second a le sceau de la royauté. Ministre desloix , l’im entretient dans ses Etats le calme et la paix; l’autre commande aux armées , et porte la terreur et le châtiment.

Autour de son trône veillent de fidèles Circassiens : des javelots sont dans leurs mains ; une cuirasse couvre leur poitrine ; des épées longues et recourbées , pendent à leur côté. Les yeux du Monarque planent sur ses nombreux bataillons , et tous en passant devant lui abaissent avec respect leurs armes et leurs drapeaux.

Les Egyptiens paroissent les premiers :

quatre Chefs les conduisent ; deux de la liaute Egypte , deux de la basse , de cette contrée féconde que le Nil a créée : ce

176 LA JÉE.USALEM DÉLIVRÉE , ne fuL d’abord qu’un limon usurpé sur la mer ; le Lemps le raffermit et le rendit propre à porter des moissons. Ainsi s’accrut l’Egypte ; ainsi le soc fendit des plaines qui jadis dans leur sein vojoient flotter des pavillons.

La première troupe est composée des peuples qui habitent le fertile territoire d’Alexandrie et les rivages que le soleil éclaire de ses derniers regards. Araspe est à leur tête ; Araspe , plus redoutable par son génie que par son bras : il sait , avec art , ourdir uu stratagème : il connoît toutes les ruses du Maure et toutes ses perfidies.

Après eux , on voit des enfans de l’Aurore , des ouerriers rassemblés des rives les plus orientales de l’Asie : Aronlée les guide ; distingué par ses titres , il n’est connu ni par ses exploits , ni par sa valeur : son corps délicat n’a point encore sué sous une armure ; la trompette guerrière n’a point encore troublé son sommeil ; une indiscrète ambition l’arrache du sein des voluptés , et l’entraîne au milieu des hasards.

Une immense armée paroît ensuite , et couvre la plaine et les rivages. On croiroit qu’il faudroit moins de bras pour cul-

CHANT mX-SEPTiÈMB. J 7 7 liver l’Egypte et recueillir ses moissons. Cependant tant de guerriers sortent d’une seule ville : mais cette ville , rivale d’une province entière , renferme plusieurs cités dans son sein : c’est le Caire. Campson commande à ce peuple nombreux , mais inhabile aux combats.

Sous Gazel marchent les habitans de celte contrée , qui , du Grand-Caire , s’étend jusqu’à la seconde cataracte du Nil. L’Egyptien ne connoît que l’arc et l’épée ; il ne peut soutenir le poids du casque et de la cuirasse. Ses riches habits font plutôt naître le désir du butin que la crainte de la mort.

Sous Alarcon s’avance un vil ramas de brigands , presque nus et sans armes , qui , dans les déserts de Barca, ne soutiennent que par le vol et le pillage leur misérable vie. Avec des troupes moins lâches, mais incapables de combattre de pied fei’me , parurent les Rois de Sumara et de Tripoli. Leurs guerriers , savans dans l’art de volti- g'cr, fuient toujours et reviennent sans cesse.

Après eux vinrent les habitans de l’Arabie-pétrée , que suivirent ceux de l’Arabieheureuse, contrée charmante , que jamais le soleil ne brûle de ses feux , que jamais

178 LA JÉRUSALEM DÉLI^TIÉE , l’hiver ne couvre de ses glaces ; là , croît l’encens ; là , naissent les parfums ; là , l’immortel phénix , sur un bûcher de fleurs odorantes , se consume et renaît de ses cendres.

Moins brillans que les Egyptiens , ces peuples leur ressemblent par leur armure. D’autres Arabes les suivent , sauvages habitans du désert , sans foyers , sans asiles fixes, ils trament après eux leurs errantes cités : ils ont une taille de femmes; ils en ont la voix ; leurs cheveux noirs et longs flottent sur des visages basanés.

Des roseaux armés d’un fer pointu sont dans leurs mains : ils volent sur des coursiers plus rapides que l’éclair. Le premier escadron est guidé par Syphax : le second marche sous Aldin ; le troisième sous Albiazar, l’homicide Albiazar , moins guerrier qu’assassin.

La troupe qui les suit a quitté ces îles qu’environne la mer, où iadis l’avide pèclieur ramassoit ce coquillage précieux, qui renferme les perles dans son sein. Agricalte les commande. Les noirs liabitans des rives que baigne la mer Rouge , s’avancent sous Osmide , barbare sans foi , contempteur audacieux de la relision et des loix,

CHAxVT DIX-SEPTIÈME. 17g

Des Ethiopiens paroissent ensuite ; ils viennent de l'ile de Méroé , qu’embrassent le Nil et l’Astrabora : Méroé, dans sa vaste enceinte , renferme trois royaumes et deutc cultes difierens : Canar et Assimir , Rois tous deux , tous deux sectateurs de Mahomet et tributaires du Calife , lui amènent leurs guerriers. Un autre Roi , adorateur de Jésus-Christ, est resté dans ses Etats.

Avec des escadrons armés d’arcs et de flèches , on vit encore deux Rois soumis au Monarque Egyptien : l’un règne sur Ormus , noble et fertile contrée que le golfe Persique environne de ses eaux. L’autre commande au Bécan ; le Bécan est une île , quand la mer s’élève , mais quand elle s’abaisse , le voyageur y passe à pied sec.

Et toi , Altamore , une épouse chérie n’a pu te retenir dans ses bras : pour éloigner ' ton funeste départ , elle te baigna de ses larmes , elle déchira son sein et arracha ses cheveux blonds : « Cruel, te dit-elle, l’as- » pect d’une mer en furie te plaira donc » plus que le mien ! Une pesante armure » sera pour toi un plus doux fardeau que » ce fds , ce tendre fds , qui, de ses bras » innocens , te presse et te caresse ». Altamore règne sur Samarcande : le

l8o LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, diadème sur son front brille dans tout son éclat; mais ce n’est point au diadème qu’il doit sa grandeur et son lustre : savant dans l’art des combats , il est encore le plus audacieux des Guerriers : les Chrétiens le connoîtront un jour, et déjà ils doivent redouter sa valeur. Ses soldats portent une cuirasse , une épée pend à leur côté , et une masse d’armes à l’arçon de leur selle.

Du bout de l’Univers et des portes de l’Aurore, vient le farouche Adraste ; sa cuirasse est revêtue de la peau d’un serpent ; il monte un immense éléphant. Sous lui marchent des peuples qui se baignent dans la mer où le Sind poi’te le tribut de ses eaux.

L’escadron qui les suit est composé de l’élite des Guerriers : dans la paix, dans la guerre , ils servent le Monarque ; il les comble d’honneurs, il leur prodigue ses bienfaits ; armés pour la défense , armés pour la terreur , ils montent des coursiers dont Fart dirige les mouvemens. Le ciel brille de l’éclat de la pourpre dont ils sont velus; l’acier qui les couvre, réfléchit au loin d’homicides clartés.

Parmi eux , on distingue le cruel Alarcon, le prudent Ojuar , Hidraot , Rimédon ,

fameux par son audace , Rimédon qui méprise elles mortels et la mort; el Tygrane, et Rapold , corsaire intrépide, jadis la terreur des mers, et le brave Ormond et Marlaboust , qui , vainqueur des Arabes , fut surnommé l’Arabique.

On y voit Orinde , Arimon , Pyrga , Brimarte le destructeur des cités , et Suifante le dompteur des coursiers : et toi , généreux Aridamant , invincible à la lutte , et Tisapberne le foudre de guerre, Tisapherne qui , à pied , à clieval, l’épée ou la lance à la main , n’a point encore trouvé de rival digne de lui.

Cette troupe brillante marche sous les ordres d’un Arménien , qui , dès son enfance , déserta le vrai culte pour adorer Mahomet ; Chrétien , il s’appeloit Clément , aujourd’hui son nom est Êmiren. De tous les Guerriers , aucun n’est plus cher au Calife. Intrépide soldat, excellent Capitaine , il est également fameux par sa prudence , par sa valeur et par la force de son bras.

Après tous ces Héros , parut Armide à la tète de son escadron ; elle étoit assise sur un char superbe , la robe retroussée , un arc à la main , le carquois sur l’épaule ; le

i82 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, dépit sur son iront se mêle à la douceur qu’y mit la nature, et en lait de l’audace. D’un air fier et déterminé elle semble menacer , et charme encore en menaçant.

Son char , semblable à celui qui porte le jour, étincelle d’or et de rubis ; quatre licornes attelées deux à deux le traînent et obéissent à la main savante qui les guide. Cent filles , cent pages l’environnent , le carquois résonne sur leurs épaules. Ils pressent des coursiers plus blancs que la neige , et dont les mouvemens sont aussi rapides que la foudre.

Armide suit sa troupe : sous elle , Aradin en conduit une autre , dont Hidraot a dans la Syrie acheté les services mercenaires. Tel le phénix ressuscité va montrer à l’Ëtbiopie ses charmes nouveaux , la richesse de son plumage et l’or qui brillesur sa gorge; les mortels étonnés le suivent des yeux , et les habitans des airs l’accompagnent et l’admirent.

Telle et plus brillante , Armide éblouit tous les Guerriers : il n’est point d’âme si farouche qui ne s’enflamme à sa vue. Le dépit est sur son front : à peine on l’aperçoit eiieore , et déjà tous les cœurs brûlent pour elle. Que sera-ce quand la joie aui-

CHANT DIX-SEPTIÈME. l85 niera ses regards, quand le plaisir se peindra dans ses yeux , et que le rire embellira ses lèvres.

Le Monarque fait appeler Emiren ; il veut lui donner le sceptre des guerriers , et confier à sa prudence le soin de son illustre entreprise : déjà plein de son glorieux destin , le Héros s’avance , et on lit sur son front qu’il est digne de l’honneur où son Maître l’appelle. Les Circassiens , au milieu de leurs rangs , lui ouvrent un passage , et il monte vers te trône.

La tête inclinée, le genou en terre, il met la main droite sur sa poitrine : « Prends » ce sceptre , lui dit le Monarque , prends- » le; je remets dans tes mains ma fortune et » ma puissance : commande à ma place ; » verse ma vengeance sur les Chrétiens , et » brise le joug dont ils menacent un Roi » mon tributaire. Va, pars, triomphe. Que » les ennemis tombent sous les coups, que » ceux qui échapperont àla mort gémissent » dans nos fers. »

Émireii reçoit avec respect ce sceptre , emblème du souverain pouvoir : « Je le » reçois , dit-il , d’une main victorieuse ; » je vole sous tes auspices , oir la gloire » m’appelle : c’est sous tes ordres , c’est en

l84 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE,

» Ion nom que je vais combattre. Je ven- » gérai les injures de l’Asie ; je ne revien- » drai que vainqTieur , ou du moins ma dé* » faite sera ma mort, non pas ma honte.

» Ah ! si le courroux céleste menace nos » armes , puissent tous ses coups se rassem- » hier sur ma Icte ! Que ton armée revienne » triomphante , et que son Chef demeure » couché sur le champ de bataille , témoin » de sa victoire. » Il dit : soudain les cris des soldats et le son des instrumens guerriers annoncent l’allégresse qu’inspire cet illustre choix.

Au milieu des acclamations, le Monarque descend de son trône , et retourne à sa tente : il y reçoit à sa table les Chefs de son armée. De la place distinguée où il est assis , il leur envoie des mets qui sont servis devant lui , leur adresse des paroles qui les flattent , et marque à tous des distinctions et des égards. Au sein des plaisirs même , Armide n’oublie pas ses funestes artifices.

Le repas est fini : elle voit tous les regards se fixer sur elle , et à des indices certains , reconnoît que tous les coeurs sont infectés de ses poisons. Elle se lève , et d’un air allier ensemble et respectueux , elle s’adresse au Monarque. Dans son geste , dans

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sa voix , elle met , autant qu’elle peut , de grandeur et de fierté.

« O Roi des Rois, lui dit-elle, je viens » aussi combattre pour ma croyance et pour » ma patrie. Je suis femme , mais je suis née » sur le trône , et la main qui doit porter le » sceptre , n’est pas indigne de manier le » fer. La mienne saura frapper un ennemi , » et tirer du sang de sa blessure.

» Ne crois pas. Seigneur, que je vienne » faire , sous tes drapeaux , le premier essai » de mon courage ; déjtà j’ai combattu pour » nos loix et pour ton empire : tu connois «mes exploits; tu sais que moi seule j’ai »su enchaîner les plus illustres des héros » Clirétiens.

» Captifs , chargés de fers , je les faisois » conduire dans tes Etats ; ils gémiroient; » aujourd’hui dans tes cachots , et toi-même » lu serois plus sûr du succès de tes armes , » sile fierRenaudn’avoitbriséleurschaînes » et immolé mes Guerriers.

» Renaud t’est connu ; ses aventures sont » parvenues jusqu’à loi : c’est le cruel qui ,

» depuis , m’a indignement outragée ; .

1) et je n’ai point encore punison outrage?... » Une haine nouvelle enflamme encore la » haine que je devois aux Chrétiens et me

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