II
242 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, d’un bras , que le fardeau le plus pesant ne sauroil étonner , le Héros le fait mouvoir contrôla porte, et par des cliocs redoublés tente de l’enfoncer.
Le marbre , les métaux les plus durs , ne peuvent résister à ses efforts. Les gonds sont arrachés , les serrures sont rompues , la porte tombe. Ainsi frappe le bélier; ainsi tonnent les machines redoutées, qui iiortent la foudre et la mort. Le vainqueur s’élance dans le temple, et des flots de Chrétiens se précipitent sur ses jias.
Ce temple, jadis auguste, et tout plein de l’Etre suprême , est inondé de sang et souillé de carnage. O céleste justice ! tes vengeances , pour être lentes et tardives , n’en sont que plus terribles. C’est loi qui , dans des cœurs sensibles, allumes le feu de la colère ; c’est toi qui fais mouvoir les bras et le fer des Chrétiens. L’impie lave de son sang le temple qu’il a jmofané.
Cependant Soliman marche vers la tour de David , j entraîne avec lui le reste de ses guerriers , et ferme les accès qui y conduisent. Aladin y accourt lui-même : u Viens, » généreux Monarque , viens , lui dit le Sul- » tan , retirons-nous dans ce dernier asile.
» Tu peux y sauver de la fureiu’ de tes
CÎIAKT DIX-KEUVIKME, 245 K ennemis , ta vie et ton empire^ — Hélas !
» liélas ! s’écrie le malheureux Vieillard , la M rage des barbares anéantit et ma ville et » mon trône : j’ai vécu , j’ai régné , tout est » fini pour moi. Nous ne sommes plus ; un » jour dernier , un jour inévitable , est ar- » rivé pour tous.
— » Qu’est devenue ton antique valeur , » lui répond le Sultan , qu’attriste son dis- » cours ? Que le sort à son gré nous ravisse » une couronne; mais la gloire , maisl’honn neur , est en nous, et survit à nos pertes. » x411ons , Seigneur, viens ici réparer tes » forces et goûter le repos. » 11 dit , et docile à ses conseils , le vieux Monarque se retire avec lui dans la tour.
Soliman quitte son épée, saisit à deux mains une lourde massue ; d’un air intrépide il se place à l’entrée et la défend contre les Chrétiens ; tous les coups qui partent de sa main sont affreux et mortels, il tue , il renverse. A l’aspect de cette arme redoutable , tout plie , tout recule épouvanté.
Raymond s’avance , suivi d’une troupe audacieuse. Le généreux Vieillard court au périlleux passage, et brave les coups meurtriers : il frappe le premier, mais il frappe
2 il LA JÉRUSALEM DÉLIVE.ÉE , en vain. Soliman , plus lieureux , lui laisse tomber sur le front sa pesante massue. Le Héros renversé , tremljlanl. , les bras étendus , va mesurer la terre.
La valeur renart dans le coeur des vaincus. Les vainqueurs sont repoussés à leur tour , ou périssent à cette fatale entrée : « Amis , » s’écrie Soliman , saisissez ce Guerrier qui » vient de tomber sous mes coups , et faites- » le prisonnier. »
Les Infidèles s’avancent pour exécuter ses ordres : les Chrétiens s’ébranlent pour défendre leur Chef: d’un côté combat la fureur, de l’autre , un tendre intérêt. Tous àl’envi redoublent des efforts dont la vie et la liberté d’un Héros si fameux doivent être le prix.
Cependant Soliman , olisliné dans sa vengeance, eut enfin triomphé : les boucliers, les casques , tout plioit sous le poids de sa massue. Mais tin secours formidable vient soutenir les Chrétiens ; Bouillon et Renaud, de deux côtés opposés , accourent et se réunissent.
A la vue de la tempête qui le menace, au bruit affreux qui la devance , le Sultan rappelle scs guerriers dans la tour ; luimemc il y rentre , mais il n’y rentre que le
CHANT DIX-NEUVIÈME. 245 fîernier. A travers la prudence qui le fait céder au péril , on voit encore percer l’audace de le braver.
Ainsi , quand les vents mugissent , quand le tonnerre gronde au sein d’une nue sillonnée d’éclairs, le berger attentif ramène ses troupeaux sotis un abri tranquille ; de sa boulette et de sa voix , il presse leur retour et marche le dernier.
A peine Soliman a l’éuni ses soldats dans la tour , Renaud arrive , renversant toutes les barrières , et brûlant de cueillir de nouveaux lauriers. Il demande sa victime , la victime que le Ciel et ses sermens ont promise à l’ombre de Suénon,
Son invincible bras alloit attaquer le dernier boulevard des Infidèles; le Sultan , peut-être , alloit être accablé dans son dernier asile : mais déjà l’horizon est enveloppé d'un voile obscur. Bouillon faitsonner la retraite , et veut que le lendemain on recommence l’assaut.
La joie sur le front, il dit à ses Guerriers : « L’Eternel a protégé nos armes ; nous avons » vaincu, il tie nous reste plus que d’achever » notrevictoire. Demain nous triompherons » de celte tour , seul et dernier espoir des » Infidèles. Allons cependant, par de ten-
3) dres soins , consoler les blessés , et les » rappeler à la vie.
3) Sauvons , sauvons ces Héros dont le 3) sang nous donne une nouvelle patrie : ces 3) pieux devoirs conviennent mieux à des 3) Chrétiens que le pillage et la vengeance. 3) Hélas î cette journée a vu trop, beau- » coup trop de carnage et d’horreur ; elle a 3) trop éclairé l’avarice et la liaine. Arrêtons 3) le cours d’un odieux brigandage et d’une 3) fureur qui nous déshonorent. Je le veux. 33 Que la trompette proclame mes dé- 33 fenses. »
Il dit , et se retire dans le beu où Raymond gémit encore du coup qu’il a reçu. Soliman , avec une égale audace , rassuroit ses guerriers, relevoit leur courage abattu, et cacboit au fond du cœur sa triste inquiétude : U Braves compagnons , leur disoit-il, 33 soyons invincibles en dépit de la fortune. 33 L’espoir vit encore pour nous , et malgré 33 ces vaines apparences de terreur, nos 33 perles sont légères,
33 L’ennemi n’a conquis que des pierres 33 et des ruines ; il ne tient dans ses fers 33 qu’une vile populace : Solime nous reste. 33 Solime est toute entière dans votre Roi, 33 dans vos cœurs, dans vos mains. Votre
CHANT DIX-NEUVIÈME. 247 » Monarque vit toujours ; ses plus géné- » reux Guerriers sont autour de lui : une » tour imprenable nous défend. Laissons » triompher les Chrétiens dans une terre » déserte ; leur sort est de finir par être » vaincus.
» Ils le seront. Insolens dans la prospé- » rité , ils vont s’enivrer de carnage , se » gorger de butin , se plonger dans une af- 3) freuse débauche. Au milieu des débau- » ches , au milieu du pillage et des ruines , » ils seront surpris et accablés. J’en ai pour 3) garans le Ciel qui nous protège , votre >3 valeur et les promesses de l’Egyptien , >3 qui , en ce moment , s’approche et vient >3 seconder nos efforts.
3) De cette tour, nous dominons les édi- >3 fices les plus élevés , nous en ferons pleu- 33 voir des pierres sur nos ennemis. Nos 33 machines leur fermeront tous les passages 3) qui conduisent au tombeau du Dieu qu’ils 3) adorent. » Par ce discours il ranime leur courage , et dans les cœurs flétris fait renaître une douce espérance.
Cependant Vafrin erroit au milieu des Egyptiens : au déclin du jour , il étoit parti pour le camp dontil devoit épier les secrets. Au milieu des ombres de la nuit , sous un
Iiabil inconnu , il parcourut des roules solitaires, L’aurore n’avoit point encore éclairé l’Orient de ses premiers leux, que déjà il avoit laissé derrière lui les murs d’Ascalon : l’astre du jour avoit mesuré la moitié de sa carrière quand il découvrit la formidable armée.
Il voit des tentes sans nombre, et mille étendards flotlans dans les airs. Mille accens confus se font entendre; des cors, des tambours , cent autres instrumens barbares effraient le ciel de leur discordante harmonie. Les cris des cbameattx et des éléphans se mêlent aux liennissemens des chevaux. Sans doute , dit Yafriu , toute l’Afrique , toute l’Asie , sont rassemblées en ces lieux.
Il contemple d’abord le camp et les retrancliemens : bientôt, sans tenter des sentiers inconnus et de tortueux détours , il entre par la porte la plus spacieuse , et affronte les regards de toute l’armée. Il fait des questions , il fait des réponses , et , toujours à la finesse , il unit le maintien le plus hardi cl le sang-froid le plus décidé.
Rien n’échappe à son œil curieux. Il compte les guerriers et les chevaux; il apprend le nom des chefs , et observe l’ordrg
CHANT DIX-NEUVIÈME. 24() et la discipline du camp. Bientôt il porte plus loin ses vœux et son espoir : il entreprend , et vient à bout de pénétrer les desseins les plus secrets. Son heureuse adresse , déguisée en simplicité , lui ménage uu accès jusqu" cà la tente du Général.
La toile qui la couvre offre un passage aux regards et à la, voix. Une ouverture qui répond à la partie la plus inférieure, trahit les secrets du Général , et le livre à la vue du spectateur curieux : Vafrin s’en approche de l’air d’un homme chargé de la réparer.
Erairen étoit debout , la tête nue , la cuirasse sur le dos , enveloppé d’un manteau de pourpre et la main appuyée sur sa javeline. Un peu plus loin , deux Pages soutenoient son casque et son bouclier. li fixoilun Guerrier d’une taille gigantesque , dont le regard étoit farouche et l’aspect menaçant. Yafrin prête l’oreille, il entend prononcer le nom de Godefroi , et à ce nom son attention redouble.
« Tu es donc bien sûr, disoit Emiren , 5) de donner la mort à Godefroi ? — Je » le suis , et je jure de ne revenir jamais si » je ne reviens vainqueur. Je frapperai le » premier coup. La seule récompense que
25o la JÉRUSALEM DELIVREE,
» je demande , c’est de pouvoir , au milieu » du Caire , dresser un tropliée , et y sus- » pendre ses armes avec cette inscription :
3) Ces armes sont celles duLrigandFran- 3) çais , du destructeur de l’Orient : Ormond 3) les lui ravit en lui ravissant la vie , et il 3) éleva ce tropliée pour immortaliser le 33 souvenir de cet événement. — Non , 33 reprend Emiren , le Calife doit un autre 33 prix à un exploit si rare ; à la grâce 33 que tu demandes , il ajoutera tout ce 33 que tu as droit d’attendre de sa généro- 33 sité.
33 Prépare ton déguisement et tes armes ; 33 le jour du combat approclie. — Tout est >3 prêt. 3) A ces mots ils se taisent tous deux. Vafrin demeure interdit et troublé : il songe i^uel peut être ce complot , quel peut être ce fatal déguisement , et son esprit se perd dans les plus sinistres idées.
Il se relire plein d’une affreuse inquiétude , et passe toute la nuit sans fermer la paupière. Au retour de l’aurore , tout le camp déploie ses drapeaux et: se met en marche. Vafrin marche, et s’arrête avec eux ; il erre encore d’une tente à l’autre, et tâche de surprendre quelque nouvelle lumière.
CHANT DIX-NEUTIÈME. 25l
Enfin, sous un superbe pavillon , au milieu de ses femmes et d’une foule de Guerriers , ses yeux rencontrent Armide , qui , l’air morne et le cœur grosdesoupirs, semble s’entretenir avec elle-même : sa tête est appuyée sur sa main , ses regards sont attacbés à la terre ; Vafrin ne sait si elle pleure , mais il voit ses prunelles mouillées , et ses yeux chargés de perles liquides.
Vis-à-vis d’elle , Adraste est assis , le regard fixe , sans mouvement et presque sans haleine. Ses yeux, interprètes de ses désirs, couvrent la Princesse et la dévorent ; Tysapherne est auprès d’eux , les fixe tour à tour, et brûle d’amour et de rage : son teint , mobile et changeant , se colore tantôt du feu de la tendresse, tantôt du feu de la jalousie.
Plus loin , Altamor est entouré d’un cercle de femmes , il ne s’abandonne point à l’ardeur d’un impétueux désir : son œil discret erre mollement sur les divers attraits d’Armide : quelquefois il s’arrête sur une main charmante ; quelquefois sur sa bouche vermeille. Souvent il épie des appas plus cachés, et sous un voile infidèle enfonce des regards curieux.
Armide enfin lève les yeux : la sérénité
202 .LA 3ÉRUSALEM DÉLTA’^RÉE , renaît sur son front ; un sourire céleste vient , comme f éclair , percer le nuage de sa douleur : « Généreux Adraste, quand » je songe à ta valeur , je respire , mon âme » se soulève sous le poids qui l’accable ; » bientôt elle «oùtera la venseance , et mou » courroux qui l’attend , en a déjà toute la » douceur.
» — Madame, éclaircissez ce front cliargé » d’ennuis , et calmez votre douleur : bientôt » vous verrez à vos pieds la tête de votre » ennemi ; bientôt , si vous l’aimez mieux, »ce!te main vengeresse vous l’amènera » prisonnier. Je l’ai promis, je le jure en- 3) core. » Tjsaplierne , qui l’entend , garde le silence , mais il est rongé de colère et de dépjt,
Armide reporte sur Tysapberne un doux regard : cr Et loi , Seigneur , lui dit-elle ? » — Moi , d’un pas timide , je marcherai de 3) loin sur les traces de ton Héros, de ton 3) incomparable vengeur. ~ Oui , réplique 3) l’Indien lurieux, il suivra de loin mes 3) traces , et craindra de se mesurer avec 3) moi.
33 — Que ne puis-je , s’écrie Tysapberne , 3) me livrer au transiiort qui m’agite ? Que 3) ne m’est-il permis de tirer ce fer ? Bientôt
» on verroit qui des deux doit marclier le » premier. Barbare ! j e ne crains ni ta valeur , » ni tes vaines prouesses. Je ne crains que le » Cicletlefunesteainourquimeconsume. »
11 se tait : Adraste se lève pour l’attaquer ; mais Armide les arrête.
« Généreux Guerriers , leur dit-elle , vous » m’avez promis vos bras 5 pourquoi me » ravir vos bienfaits? Vous êtes mes ven- » geurs ; ce titre devroit vous unir. C’est » moi que votre courroux offense , c’est sur » moi que retombent vos outrages. » Ainsi parle Armide ; et les rivaux furieux plient sous le joug de fer qu’elle leur impose.
Vafrin a tout vu , tout entendu. Il va cbercber ailleurs le secret affreux qu’un voile épais lui dérobe toujours. Il tente en vaiu de l’arracher par des questions faites avec art ; les dillicultés irritent encore ses désirs. Il veut ou l’emporter ou périr dans son entreprise.
Il invente mille moyens nouveaux , mille ruses inconnues. Rien ne succède à ses vœux : enfin, la fortune tranche le nœud qui l’embarrasse , et dévoile à ses yeux le noir tissu du crime qui menace Bouillon.
Il revient dans les lieux où Armide est assise au milieu de ses vengeurs et d’une
254 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, foule tumullueuse. C’est là qu’il se flatte encore de trouver quelque lumière. Il aborde une jeune beauté avec un air qui annonce une liaison ancienne.
K Moi aussi , lui dit-il , je voudrois être le » Chevalier de quelque Belle : jepourrois , » comme un autre , lui offrir la tête de »-Bouillon ou la tête de Renaud. Demande- » moi celle de quelqu’un de ces Barbares , » je te la promets ».... Il espère que la plaisanterie amènera bientôt des discours plus sérieux.
Mais il sourit , et son sourire le trahit. Soudain une autre beauté le fixe et s’approche de lui : « Je veux , lui dit-elle , te » dérober à toute autre : tu ne te repentiras » point de m’avoir voué ton amour. Je le » choisis pour mon Clievalier, et je veux , » dès à présent , t’entretenir à l’écart. »
Tous deux ils s’éloignent : « Je t’ai re- » connu, Vafrin, et tu dois aussi me re- » connoître. » A ces mots il se trouble ; mais bientôt rappelant ses esprits : « Je ne me » ressouviens pas , lui dit-il en souriant , de » t’avoir jamais vue ; et pourtant ces traits » ne sont pas faits pour être oubliés; tout » ce que je sais , c’est que mon nom ne res- » semble point à celui que lu as prononcé.
CH AN T DIX-N E L VlÈME . 255
5) Je suis né sur les sables brùlans de 3) Biserle ; Lesbin est mon père , et je m’ap- 3) pelle Almansor. — Je sais gui lu es , et 3) quel pays t’a vu naître : ne dissimule plus : »je suis ton amie; j’exposerai mes jours 3) pour sauver les tiens : tu vois Herminie, 33 la fille des Rois , l’esclave de Tancrède , » ton Maître et le mien.
» Deux mois entiers j’ai été confiée à ta 3) garde ; mon cœur conserve avec recon- 3) noissance le souvenir de ton zèle et de les 3) soins. C’est moi , regarde bien , c’est moi- 33 même. >3 Vafrinlalixeencoreetl’abientôt reconnue : « Ne crains rien, lui dit-elle, je 33 te jure , par le soleil qui nous éclaire , que 33 je n’abuserai point de ta confiance.
3) Moi-même j’implore la pitié ; il faut que 33 tu me rendes à nies premiers fers : depuis 33 que ma chaîne est rompue , malheureuse 33 ausein d’une affreuse liberté , jen’ai coulé 33 que de tristes nuits et des jours déplora- 33 blés. Si tu viens en ces lieux pour observer 33 ce qui s’y passe , la fortune jamais ne put 33 être plus propice à tes désirs. Je te révé- 33 lerai d’importans mystères et une trame 33 odieuse , qu’aucune autre ne pourroit te 33 découvrir. 3)
Inquietetrêveur, Vafrin gardeun morne
256 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, silence : il se rappelle Armide et ses perfidies. Que sait-il ; une lemme est volage , indiscrète , elle veut , elle ne veut plus. In- .sensé qui s’endort sur la foi de ses promesses ! Enfin , il lui répond : « Madame , si vous » voulez me suivre , je guiderai vos pas ; » partons , et ne perdons plus en discours » inutiles de précieux instans. »
Ils conviennent de partir aussitôt. Vafrin se relire : Herminie se mêle parmi les femmes , y demeure quelques momens , affecte un air de gaité , parle de son Clievalier, et bientôt elle s’éclipse. Ellè arrive au rendez-vous , et tous deux à cheval ils fuient loin du camp.
Déjà ils étoient dans un lieu solitaire; et les tentes des Sarrasins disparoissoicnt deri-ière eux : « Quel est , dit Vafrin , ce noir » complot qui menace les jours de Gode- » froi ? » Herminie déploie à ses yeux la funeste trame : « Huit Guerriers , dit-elle , aOrmondàleur tête, ont conspiré contre » la vie du Héros.
» Le jour qui décidera de l’empire de » l’Asie , ils se jettei’ont dans la mêlée, dé- » puisés en Français , la croix sur leurs 3) armes, et vêtus comme les gardes qui veil- » lent autour de Bouillon.
CHANT DIX-NEUVIÈME. 2 5; » A leurs casques seront attachées quel- » ques marques distinctives qui les feront » reconnoître pour Egyptiens. Sous ce dé- » g'uisement , au milieu du combat , les » traîtres enfonceront dans le sein de Gode* » froi un fer empoisonné.
» Moi-même , hélas ! j’ai servi leurs har- » hares projets : ces mains , ces tristes mains , 3) ont été forcées de tracer le modèle de 3> leur armure et de leurs habits. Je fuis un » camp souillé par le crime ; je fuis des » tyrans qui me font une loi de partager » leurs forfaits. Voilà, Vafrin, la raison qui 3) m’oblige à m’éloigner de ces lieux.
» Hélas ! ce n’est pas la seule » . A ces
mots , une rougeur involontaire couvre ses joues : elle baisse les yeux , et ces derniers sons , à demi-articulés , expirent sur ses lèvres. Vafrin veut lui arracher le secret que lui cache sa pudeur : k Ah ! Madame , » lui dit-il , vous avez des secrets que vous 3) n’osez confier à ma foi ? ))
Un soupir s’échappe de son sein ; d’une voix tremblante et mal assurée ; u Fuis, dit- 3) elle, impuissante pudeur! je ne reconnois 3) plus tes loix. Eh! pourquoi tenterois-je 3) encore de cacher un feu qui se trahit de 33 lui-même? Il fut un temps où jemedevois