CHAPITRE XVI
Jusqu'au 10 , il ne se passa rien de remarquable. Il n’y eut que des escarmouches entre les postes avances.
Les Français mettaient la dernière main à leurs ouvrages. Les Autrichiens attendaient que le cabinet de Vienne réglât leur destination. Le 10 seulement, ils commencèrent les lignes de circonvallation , et les préparatifs de siège. La prudence leur conseillait de donner une grande force à leurs lignes , et de les rapprocher beaucoup des ouvrages de l'ennemi , afin de lui laisser le moins d'espace possible pour développer ses troupes.
Ces lignes consistaient en quinze redans liés par des courtines, leur droite s’appuyait au Rhin, vis-à-vis de l’île de Katzenvald devant Auenheim , de là elles passaient près de la Kintzig par Neumühl à Sundlieim qui était retranché, de la Schulter elles continuaient vers le haut Rhin sur la gauche de l'ile de Sable; sur la droite , l’Auenheimerkopf et la forêt de Katzenwald. Rirent occupés et retranchés. Plus loin en arrière , huit autres redans , et quelques digues réparées, formèrent la seconde ligne dont la construction commença immédiatement après l’arrivée du corps principal devant Kehl. La communication du camp fut assurée par deux ponts à Sundlieim , et deux autres à Neu-
mühl. Les troupes étaient établies derrière les retranchemens, sur plusieurs lignes, comme la nature du terrain le permettait, le gros derrière Neumühl et Simdlieim point central , et le parc d’artillerie non loin du dernier village, au hameau de Rappenkof.
Le siège de Kelil était une entreprise difficile, qui demandait beaucoup de sagesse et de circonspection , et pour laquelle on ne devait épargner ni sacrifices ni travaux : il fallait y procéder lentement pour en rendre le succès assuré, car on ne pouvait remplacer aucune perte d’approvisionnemens, et l'armée eut été compromise en levant le siège, ou le changeant en blocus.
Le fort de Kelil n'avait d’autre front d attaque , que celui de 1 ouvrage à cornes supérieur commandé par le feu du camp retranché. On ne pouvait se rendre maître de ce dernier, que par une attaque régulière et non de vive force. Sa nature , la force de sa garnison, le feu croisé de Kehl, des îles et de la rive gauche, ne permettait de s’en approcher ni de s’y maintenir, après s’en être emparé , sans être couvert par des ouvrages en terre : ainsi la prise du camp devait précéder celle du fort.
L attaque de front par des tranchées exigeait trop de développement, et laissait entrevoir