CHAPITRE XVI. 3ll
comba sous les efforts redoublés de l’ennemi (1).
Depuis le jour de son arrivée jusqu’au 22 novembre, Moreau resta tranquille. 11 vit resserrer Kehl d’une ligne de circonvallation , quil n’aurait jamais dû laisser achever, et ne 1 attaqua le 22 , que lorsqu’elle était déjà armée ; et son projet échoua, parce qu’alors l’ennemi pouvait défendre quelques - unes de ses redoutes, et que les dispositions n’étaient que pour une simple sortie , et non pour une bataille : son dessein étant moins de faire lever le siège que d’en retarder les travaux.
Il n’y eut depuis cette époque aucune tentative sérieuse. Jamais on ne détruisit les tran-
(1) Si Moreau a mérité quelquefois les reproches de l’Auteur, on ne peut nier que dans cette occasion, ils ne soient du moins exagérés. Le Général de l’armée du Rhin dépendait du Gouvernement, et c’était à celui-ci à lui fournir, par l’armée de Sambre et Meuse, les moyens de sauver Kehl, en sacrifiant même Düsseldorf si cela devenait nécessaire : Moreau ne pouvait atteindre ce but qu’en effectuant un passage du Rhin , pour lequel il n’avait point assez de forces. Le Directoire donna bien des ordres tardifs à l’armée de Sambre et Meuse pour opérer une diversion; mais le Général qui la commandait à cette époque , effrayé sans doute par les revers qu’elle venait d’essuyer en Franconie, les éluda sous mille prétextes.
chées ni les batteries de l’assiégeant ; ce qui réussit pourtant très-souvent aux garnisons des places tout-à-fait investies.
Pourquoi ne fit-il pas des démonstrations et des diversions sur d autres points? Comment ne tenta-t-il pas de faire passer le Rhin à un corps au-dessous de Strasbourg, lorsque les ouvrages avancés de l’assiégant déjouèrent ses petites sorties , et qu’il n’eut par conséquent plus besoin d une garnison si nombreuse? Les Autrichiens qui n’avaient que de faibles détachemens pour observer le Rhin , eussent été détruits par des combats multipliés, des marches et des contre-marches dans une saison si rude ; en sorte qu ils se fussent trouvés hors d’état de tenter les efforts qu’exigeait le siège de Kelil. Moreau vainqueur sur un seul point, n’obtenait pas seulement la délivrance de cette forteresse , mais il eut encore réparé tous les revers de la campagne : les ennemis partagés devant la tète de pont, ne lui auraient pas résisté ; il se serait rendu maître du cours du Danube jusqu à 1 Autriche, et la guerre eût été terminée.
Au pis-aller, il aurait toujours défendu Kelil, comme dernier objet de ses opérations. A la vérité , les troupes françaises avaient souffert pendant la campagne ; mais peu en comparai-