CHAPITRE II
ce qu il ne le fit pas , au moins jusqu’à Sulzbacli , et qu’il garda une position , d’où il ne pouvait s’opposer à la jonction de l’ennemi. S’il voulait la conserver , il fallait attirer la division Lefebvre qui était à Hambacli , sans destination précise; ce qui aurait renforcé considérablement son aile gauche , et ne l'eût pas exposée à être défaite. Il n’y a qu’une grande avance sur son adversaire, qui puisse assurer à celui qui bat en retraite , une marche tranquille et la liberté de ses mouvemens , la conservation de ses forces physiques et morales , et par conséquent , la possibilité de mettre à profit toutes les occasions de réparer ce qu’il a perdu. On ne doit jamais s’arrêter sur un point de la ligne de marche , où l’on est restreint dans ses manoeuvres , et d’où l’ennemi peut en prendre une plus courte pour se porter contre nos communications. Après avoir commis la faute de prendre la route d’Amberg au fieu de celle de Neumarkt , Jourdan aurait mieux fait de rester à Amberg , jusqu’à ce qu’il eût reçu des nouvelles de ce qui se passait en avant de lui et dans la vallée du Danube; ou devait au moins, à son’arrivée sur la Psaab, forcer la position de l'ennemi , et avant tout l’Ensiedelberg , pour s’ouvrir la route de Piatisbonne.
46 HrSTOIRE DE LA CAMPAGNE DF. 1796.
L'Archiduc opérait sagement , bien que ses manœuvres parussent en opposition avec les principes, qui prescrivent d'éviter celles dont le succès dépend d'un accord parfait entre des colonnes éloignées. Le Général qui a approfondi la science de la guerre , connaît les motifs de ces règles , et par conséquent aussi les cas qui demandent des exceptions; de telles opérations sont permises, lorsqu’on est sûr de ne point s'exposer à une attaque partielle , ou que cet inconvénient est balancé par des raisons dune plus haute importance. En effet , des manœuvres combinées ne remplissent souvent pas leur but, parce que la coopération des colonnes est sujette à tant d accidens , qu'elle donne à l’ennemi l'occasion de prévenir leur exécution , et de battre un corps après l'autre. On n’avait pas sujet de craindre que Jourdan commît en meme temps les plus lourdes fautes de Stratégie et de Tactique; c’est-à-dire, qu’il donnât prise sur sa ligue de retraite, dans îe seul dessein d empêcher la réunion des colonnes autrichiennes; et l’Archiduc , en pesant ces considérations , semblait suffisamment autorisé à s’écarter un instant des principes susmentionnés.