CHAPITRE III
ou , ce qui aurait encore mieux valu , l’attirer à moitié chemin , pour entreprendre , conjointement avec lui , une opération contre le flanc et les derrières de Moreau. Les suites d’un échec n’auraient pas été désastreuses : Latour, soutenant la retraite , l’armée, composée de toutes les troupes des deux corps , pouvait , au pis-aller, se retirer honorablement en Bohême; peut-être même dérober quelques marches à Jouixlan, et tomber en forces sur Moreau , le battre, se jeter sur Ingolstadt, y passer le Danube, et gagner de cette manière User et l’Inn, avant l’ennemi. La séparation des corps autrichiens et leur éloignement du Danube rendait tout cela inexécutable , et eût permis à Moreau de disperser sou adversaire , de franchir le Danube , et de poursuivre l’Archiduc.
Latour, voulant couvrir la frontière de l’Autriche, mit ainsi l’état à deux doigts de sa perte. Du moment où l’armée principale agissait contre Jourdan, il fallait n’avoir égard à aucune autre considération. La seule communication à couvrir et défendre, était celle de l’Archiduc. Que Moreau aille jusqu’à Vienne , lui dit le prince Charles , au moment de leur séparation , peu importe j pourru que je batte Jour-
dan. (1). Mais Latour, avec toute la bravoure d un soldat, n'avait pas la capacité d'un gé* néral : il aurait cru se déshonorer en cédant du terrain sans combattre.
(1) Ces paroles de l’Archiduc caractérisent un grand général : elles prouvent un coup-d’œil vaste et sur.