CHAPITRE X
des suppositions gratuites. Ainsi tout projet qui tend à réunir préalablement mie masse supérieure contre le point décisif, vaut mieux que celui qui vise à ce résultat par des mouvèmens compliqués , dont l’exécution peut être entravée par des obstacles imprévus, ou le moindre contre-mouvement de l'ennemi sur nos propres communications.
Dans l’état où se trouvaient les affaires , l’Archiduc avait laissé trop de monde sur le bas Rhin , et commencé mal à propos de nouvelles opérations, avant d’avoir attiré à lui toutes ses troupes disponibles. Moreau n’était pas néanmoins dans la même situation que Jourdan à Schwarzenfeld : tant qu’il fut dans la Bavière et la Souahe , et avant de rentrer dans la Forêt Noire, il pouvait se mouvoir en tous sens. Un combat contre Latour , où sa supériorité lui garantissait le succès , l’aurait mis à même de se tourner subitement contre le Necker“ et de se jeter sur 1 Archiduc, en sorte qu'il eut empêché la jonction de ce dernier avec le corps laissé sur le Danube , quand bien même il eût voulu 1 effectuer par des détours , parce que 1 armée française se serait trouvée établie sur la ligne la plus courte. Considérant dans ce cas son infériorité , l’Archiduc n’aurait pu mieux faire que d’éviter une bataille; cette résolu-
lion l’eût forcé à se retirer sur le Mein , et à rappeller à lui les troupes restées sur le bas Rhin , laissant toutes les communications directes avec sa base, à la merci de son adveVaire; l'armée affaiblie en outre par les nouvelles garnisons nécessaires à l’occupation des places, eût été exposée à un échec désastreux. Enfin , si Moreau n’était pas assez actif pour exécuter un tel plan, le hasard pouvait le faire remplacer par un Général entreprenant , qui sachant se procurer une connaissance exacte de la situation de son adversaire , aurait agi en conséquence.
Le prince Charles , à la vérité , avait préparé de longue maiu ses opérations contre Moreau. Le 7 septembre , sou armée arriva à Aschaffenburg ; et le même jour , Merveld à Eppenheim , avec les 1 1 escadrons qui devaient se diriger sur le Mein, conjointement avec la garnison de Mannheim. Ces troupes ne pouvant plus arriver à temps pour opérer sur la Lahn, l’Archiduc se décida à les employer à une diversion contre l'armée de Rhin et Moselle. En outre , ce Prince envoya l ordre au général Petrasch de tirer g bataillons de Mannheim et de Philipsburg, de les réunir à cette cavalerie , et de se porter, en remontant le Rhin, vers le Aecker supérieur , pour inquiéter les derrières de Mo-