‹ Vol 3Chapitre 33 sur 76 · LE PARADIS, CHANT XVI · texte numérisé non relu

LE PARADIS, CHANT XVI

« El comme la révolution du ciel lunaire couvre et découvre sans trêve les rives marines, la fortune hausse et abaisse Florence.

« Or, l’on ne doit pas considérer comme surprenants mes récits sur ces premiers florentins dont la renommée se voile dans la nuit des âges.

« J’ai vu les Ughi, j’ai vu les Catellini, les Filippi, les Greci, les Ormanni et les Alberighi, déjà sur leur déclin, et citoyens illustres ;

« J’ai vu grands, comme antiques, avec ceux de la Sannella, ceux de l’Area, elles Soldanieri, et les Ardinghi et les Bostichi.

« Les Ravignani habitaient près la porte, chargée maintenant d’une nouvelle félonie dont le poids lourd fera bientôt chavirer votre barque ;

« D’eux descendent le comte Guido et tous ceux qui adoptèrent le nom du vénérable Bellincione.

■' Délia Pressa savait déjà comment on doit gouverner, et déjà Galégajo avait doré dans sa maison la garde et le pommeau de son épée.

« Grande était déjà la colonne du Vair, grands les Sachelti, les Guiochi, les Sifanti, les Barucci et les Galli, et ceux dont le front rougit au souvenir du boisseau.

« Déjà haut s’élevait la tige d’où sortirent les Calfucci, et déjà l’on avait promu aux chaises curules les Sizii et les Arrigucci.

« Oh! combien grandes j’ai vu les familles précipitées par leur orgueil, et les boules d’or fleurissaient, dans toutes ses nobles actions, la chaste Florence.

< Ainsi faisaient les pères de ceux qui, chaque lois que l’Église vaque, s’engraissent dans le consistoire.

<' Déjà surgissait la race arrogante, se dressant furieuse comme un dragon lorsque l’on fuit, et douce comme un agneau, quand on lui montre les dents ou la bourse;

« Race éclose de basse lignée : libertin Donala s’indigna d’être rendu leur proche par son beau-père.

LA DIVINE COMEDIE

« Déjà Caponsacco était venu de Fiésole dans le marché; déjà Giuda et Infangato méritaient le titre de bons citoyens.

« Je t’apprendrai une chose inimaginable et réelle ; dans la petite enceinte de la ville, on entrait par la petite porte d’où la famille de la Péra tirait sa dénomination.

« Dans cette enceinte, reçurent leurs ordres et leurs privilèges, tous ceux qui revêtirent les armoiries du baron illustre dont la gloire et le nom se renouvellent à la fête de Saint-Thomas ;

« Cependant sous l’étendard du peuple s’est rangé le chef dont un cercle d’or entoure l’écu aux mêmes armes.

« Déjà se distinguaient les Gualterotti et les Importuni; le Borgo jouirait encore du calme, s’ils n’y avaient pas eu de nouveaux voisins.

« L’honneur couronnait alors, avec tous les siens, la maison d’où jaillirent vos infortunes, par le légitime courroux dont la verge vous a détruits et a clos votre heureuse existence.

« O Buondelmonte, pourquoi as-tu répudié son alliance par de mauvaises instigations ?

« Beaucoup d’àmes tristes seraient joyeuses, si Dieu avait endormi ton corps dans l’Ema, quand tu visitas pour la première fois la ville.

« Comme une oblation de la paix expirante, il fallait que Florence immolât une victime sur la pierre brisée, gardienne du pont.

« Avec ces familles et bien d’autres, j’ai vu la cité paisible et sans aucun motif de larmes, son peuple juste et glorieux ; jamais on ne portait renversé le lys du fer des lances,

« Ni jamais ne l’empourpra la discorde. »

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