‹ Vol 3Chapitre 35 sur 76 · LE PARADIS, CHANT XVII · texte numérisé non relu

LE PARADIS, CHANT XVII

« Son âge tendre le dérobe encore aux peuples, car les sphères tournent à peine depuis neuf ans sur sa tète.

« Avant que le gascon ait trompé le magnanime Henri, brilleront les étincelles de sa vertu dans son mépris pour 1 argent ou les fatigues.

« Ses magnificences déchaîneront la langue de ses ennemis; compte sur lui et sur ses bienfaits, par lui seront transformés beaucoup de gens ; les riches et les pauvres changeront de sort.

« Emporte mes dernières prédictions dans ta mémoire et ne les divulgue pas. » Et il me révéla des choses, incroyables pour leurs propres témoins futurs.

Puis il ajouta : « Mon fils, voilà les causes des mystérieux avis reçus dans ton pélérinage, les pièges cachés dans le réseau de bien peu d’années.

« Ne jalouse pas du reste tes voisins; tu vivras assez pour contempler le châtiment de leur félonie. »

Par son silence, l’àme pieuse m’enseigna qu’elle avait achevé la trame de la toile dont je lui présentais le tissu.

Pareil à l’homme désirant, à travers ses doutes, un conseil droit, sage et affectueux, je commençai de la sorte :

« Le temps, ô mon père, je le vois, éperonne vers moi son coursier ; il me prépare un de ses coups; moins on leur résiste, plus ils sont terribles.

« Je dois donc m’armer de prévoyance; et si je perds le lieu le plus chéri, grâce à mes chants, que je ne perde pas tous les autres.

« Là-bas, dans le monde éternellement triste, et sur le verdoyant sommet de la montagne d’où m’ont enlevé les yeux de ma dame ;

«Puis transporté dans le ciel, d’éloile en étoile, j’ai appris des choses austères; si je les redis, peut-être elles sembleront pour beaucoup d’une saveur trop âcre.

LA DIVINE COMEDIE

« Et si la vérité me trouve ami trop timide, je crains de ne pas prolonger ma vie parmi ceux qui nommeront l’âge présent l’âge antique. »

La splendeur, où riait le rubis de la croix stellaire, étincela comme un miroir d’or sous les rayons du soleil.

Et à moi . « Une conscience obscurcie par sa propre honte ou par la honte d’autrui taxera certes tes discours de violence.

« Néanmoins, écarte le mensonge; manifeste la vision toute entière, et laisse les dartreux se gratter où ils ont la rogne.

- Si ton langage paraît âpre au premier goût, il produira une nourriture vivifiante, quand on l’aura digérée.

« Ton cri, comme le vent, frappera surtout les hautes cimes, et tu en recueilleras plus d’honneur.

« Aussi, on t’a montré, dans nos sphères sur la montagne ex piatoire, dans l’abîme douloureux, les âmes choisies par la renommée.

« Car l’esprit de l’auditeur n’arrête son examen ni sa foi sur des exemples tirés d’une souche obscure et inconnue,

« Ni sur des préceptes vulgaires et sans éclat.»

Page 1