‹ Vol 3Chapitre 4 sur 76 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

La gloire du moteur souverain pénètre dans l’univers et projette inégalement sa splendeur, selon les degrés de l’échelle infinie.

J’ai visité le ciel où sa lumière éclate davantage, et j'ai contemplé des choses inénarrables pour qui descend des hauteurs suprêmes;

Car notre intelligence, en approchant de la source désirée, s’y plonge avec une ardeur profonde, et la mémoire ne peut plus revenir en arrière.

Cependant les saintes merveilles, dont mon souvenir a conservé le trésor, formeront l'objet de mon cantique.

O bon Apollon, dans ce dernier labeur, fais de moi-même un vase plein de ton génie , et tel que tu le demandes pour ton laurier bien-aimé.

Une des cimes du Pinde suffisait à mon essor ; il me faut maintenant l’un et l’autre sommet, afin de m’ouvrir le reste de la lice.

Remplis mon sein , verse en moi ton souffle, invincible comme au jour où tu tiras de leur enveloppe les membres de Marsyas.

Que par ta vivante influence, ù divine vertu , je manifeste au dehors l’ombre du fortuné royaume empreinte dans ma pensée ;

Tu me verras venir à ton arbre chéri et me couronner de ses feuilles dont le sujet et toi m’aurez rendu digne.

Rarement, ô inspirateur , on cueille ton laurier pour triompher César ou poëte, (faute et honte des volontés humaines.)

LA DIVINE COMEDIE

Combien le feuillage Pénéen devrait épandre la joie autour de l’heureuse divinité Delphique, lorsqu’une âme s’en montre jalouse !

Une grande flamme suit parfois une étincelle légère; peut-être après moi priera-t-on avec une voix plus mélodieuse, dont la douceur saura émouvoir le dieu Cyrrénéen.

Le flambeau du monde surgit aux mortels par des portes diverses; mais la plus propice est celle où quatre cercles se réunissent à une triple croix.

Sous la douce constellation, dans son cours plus favorable, il façonne et assujétit mieux à son mode l’argile terrestre.

Or, vers cette porte, s’avançait le matin, et le soir ici-bas; tout un hémisphère était blanc, l’autre noir.

Béatrice considérait à sa gauche le soleil ; jamais l’aigle ne l’examine avec une telle fixité.

Comme un deuxième rayon émane du premier et remonte, semblable à un pèlerin désireux du retour,

Ainsi se réfléchit dans mon âme l’image glorieuse, et je regardai le soleil avec une faculté surhumaine.

Notre essence intime déploie là-haut des ressorts captifs sous notre zodiaque, car l’ineffable séjour fut créé pour notre nature.

Bientôt ébloui par l’éclat de l’astre , je le vis lancer un tourbillon d’étincellesflamboyantes,pareilàunfersortibouillantdelafournaise;

Soudain un nouveau jour parut s’ajouter au jour, comme si le Tout-Puissant avait allumé un autre soleil dans les cieux.

Béatrice demeurait, les yeux attachés sur les roues immortelles, et moi, j’attachai les miens, détournés du disque ardent, sur sa rayonnante figure;

Dans mon extase, je devins comme Glaucus , quand il goûta l’herbe qui le rendit compagnon des dieux de la mer.

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