‹ Vol 3Chapitre 6 sur 76 · CHANT II · texte numérisé non relu

CHANT II

0 vous qui, amoureux d’entendre, avez suivi dans une légère nacelle mon esquif entraîné aux cadences de mes chants,

Retournez vers vos rivages et ne vous hasardez point sur la haute mer, car peut-être en me perdant vous resteriez égarés.

Les eaux où je m’aventure sont inexplorées encore ; Minerve enfle ma voile ; Apollon me conduit, elles neuf Sœurs me montrent l’Ourse.

Petit troupeau, dont le cou s’est de bonne heure tendu vers le pain des anges, manne dont les bienheureux vivent sans jamais se rassasier :

A vous de fendre le gouffre marin en escortant mon sillage rapidement effacé sur l’onde redevenue calme.

Les glorieux voyageurs de Golchos, lorsqu’ils virent Jason bouvier, ne s’émerveillèrent pas comme vous allez bientôt l’être.

La soif perpétuelle et innée de parvenir au séjour déiforme nous emportait presque avec la vélocité du mouvement des sphères.

Béatrice regardait aux deux supérieurs, moi en elle; aussi vite qu’un dard posé sur l’arc se détache et vole, j’arrivai devant un objet miraculeux.

Belle et gracieuse, ma divinatrice : « Élève vers Lieu ton âme reconnaissante; il nous a transportés dans la première étoile. »

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LA DIVINE COMEDIE

Nous paraissions enveloppés d’un nuage brillant, épais, solide, et poli comme un diamant où darde le soleil;

La perle immortelle nous reçut, comme la vague, sans se briser, recueille un rayon lumineux.

Sous l’horizon d’en-bas on ne comprend point comment une mesure en absorbe une autre, comment un corps pénètre un autre corps.

Plus fervent devrait s’élancer notre désir de connaître cette essence où la nature humaine s’unit à la divine. Là, les symboles de notre foi se manifesteront comme les vérités simples.

Et moi à Béatrice : « Je remercie dans mon humble gratitude le maître qui m’a dégagé du monde périssable.

« Mais quelles taches nébuleuses, source de nos fables sur Caïn, marquent ce globe lunaire? »

Ma dame, après un demi sourire : « Si l’opinion des hommes divague hors du domaine ouvert par la clef des sens,

« Que les flèches de l’étonnement ne te piquent point. La raison, même guidée par les sens, a de courtes ailes.

« Expose-moi d’abord ton sentiment. « Et moi : « Ces apparences inégales et de formes diverses sont produites, je le crois , par des corps denses et des corps rares. »

Et Béatrice : « Croyance trompeuse ! écoule bien, La huitième sphère vous offre plusieurs étoiles différentes d’éclat, d’aspect et de grandeur.

« Si des corps denses et raréfiés occasionnaient ces taches brunes, une seule vertu régnerait plus ou moins abondante, ou au même degré dans toutes ces étoiles.

« Des qualités multiples surgissent de principes formels, et ton raisonnement détruirait ces principes, excepté un seul.

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