‹ Vol 3Chapitre 66 sur 76 · TRADUCTION LIBRE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LIBRE

«tou»

Où suis-je?... me voici dans la vallée humaine.

Je l’avais oubliée en ma course lointaine....

Réveil lourd... Je reprends notre fardeau mortel, Hélas! privé trop tôt de mon rêve immortel.

Sa triple vision , me dérobant les heures ,

M’éleva sur son aile aux célestes demeures ,

Après avoir plongé dans le gouffre profond Où j’entendis rugir aux spirales sans fond ,

Les blasphèmes, les cris des âmes condamnées Aux tourments sans espoir : troupes infortunées!

Je franchis en mon vol le moins sinistre lieu D’où l’homme peut sortir, épuré par le feu,

Pour aller se mêler au chœur sacré des anges.

Là , ma dame, parmi les augustes phalanges. Réjouit mon regard et me guida, tremblant, Devant la trinité du trône étincelant Où siège le Dieu grand , dans sa gloire éternelle , Un et trois, infini, puissance universelle.

Il daigna recevoir par delà les neuf cieux ,

Sans foudroyer son être, un hôte aux faibles yeux.

Je montais, attiré d’étoiles en étoiles,

Au trône où ton soleil m’est apparu sans voiles ,

O Béatrice! ô toi , pur objet tant chéri ,

Toi dont le marbre froid et le gazon fleuri Ont couvert si longtemps les formes adorables,

De mon premier amour visions ineffables.

Aucun terrestre objet n’a fait battre mon cœur, Depuis que ton trépas m'a nommé la douleur.

Au séjour des heureux si je ne t’avais vue,

Mon âme aurait erré dans l’immense étendue Pour te chercher sans cesse, étoile de ma foi.

Oui, le paradis même est incomplet sans toi.

Dès mon dixième été tu fus ma lleur, ma vie ,

L’âme de ma pensée : aube sitôt ravie!

Je t’aimais sans savoir le doux nom de l’amour, Comme on aime le ciel, l’harmonie ou le jour.

Depuis lors j’ai vécu dans ta sereine image.

Ton charme enchante encor mes yeux voilés par l’âge , Par l’exil , les tourments et par les tristes pleurs Répandus pour toi seule entre tant de douleurs.

Des coups amers du sort mon âme est à l’épreuve ;

Je sais braver tous ceux dont la noirceur abreuve.

La fureur des partis ne m’a point abattu ;

Je suis comme le roc par l’onde en vain battu. Proscrit, je ne dois plus contempler ma Florence , Excepté quand mon cœur, brisé par la souffrance, Perçant les noirs bandeaux du sauvage Apennin ,

Croit voir les murs jadis si tiers du Gibelin.

On n’a point affaissé l’esprit ardent et sombre D’un ancien exilé, calme et vainqueur de l’ombre. Mais, quoique le soleil d’un vif éclat ait luit,

Il faut qu’il se retire à l’heure de la nuit.

Si je n’ai point du monde obtenu la louange,

Je ne la briguai pas. L’homme outrage. Dieu venge.

Vieux d’ans et de chagrins, de méditation ,

J’ai mesuré le mal , et la destruction ,

Monstre obscur, face à face et sous toutes ses formes.

Il est beau de planer sur ses débris difformes...

On voue un culte égal aux héros , aux tyrans ,

Aux dieux, aux baladins. Qui? moi! grossir les rangs Des avides coureurs d’un renom populaire ,

Qu’un soutfle enfle et détruit sur le flot séculaire.

J’aurais voulu , Florence, ô ma noble cité,

Te rendre ta grandeur avec ta liberté.

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