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CHANT DEUXIÈME

Bien loin de l'infini, dans les sentiers étroits

De ces hommes déchus de leurs rangs, de leurs droits...

Servir de vain spectacle aux regards du vulgaire. — Errer, lorsque les loups possèdent un repaire, —

Sevré de l’air natal et de mes plus doux biens.

Mes enfants, mon foyer. — Sans amis, — sans liens. — Sans puissance, des rois subir la solitude.

Avoir toujours la soif de la béatitude.

Envier le nid sombre ou l’aile du ramier Prenant son vol aux lieux que l’Arno va baigner,

Du ramier qui s’abat sur ma rive jalouse ,

Dans la ville où s’endort ma trop fatale épouse ,

Voilà donc du destin l’éclatante leçon !

Quel qu’il soit, libre au moins , je boirai le poison.

L’esprit des anciens jours , alors que les paroles Portaient le sceau divin des augustes symboles, Alors que la pensée entr’ouvrait l’avenir Et montrait aux humains les choses à venir, Alors que les élus dans les races futures Des êtres et des temps découvraient les figures , Chaos mystérieux, vague tressaillement Où les germes mortels sont dans l’enfantement. Cet esprit qui souffiait sur lame du prophète, Cet esprit fatidique est en moi, sur ma tête.

Si , pareil à Cassandre , au bruit des factions ,

Je ne puis faire ouïr mes lamentations ,

Ou si les insensés ne daignent pas entendre Celte voix du désert, plus triste que Cassandre, Le mal reste sur eux! et que mes sentiments. Débordant de mon être en ses ébranlements , Épanchent sur mes maux leur suave influence, L’unique dont mon cœur ait eu la récompense.

N’as-tu pas répandu ton sang? Faut-il toujours Le répandre, Italie! ô Dieu! taris son cours.

Des révélations la lueur sépulcrale M’enseigne ton destin dans ta pourpre fatale.

Je ne me souviens plus de mes propres malheurs. C’est sur toi désormais qu’il faut verser des pleurs. Nous n’avons ici-bas qu’une mère-patrie.

Ah! sois toujours la mienne, 6 ma terre chérie!

Sur ton sein j’ai puisé le lait avec le jour.

Ton soleil m’inspira notre verbe d’amour.

Mes os demeureront dans ton flanc , mon génie Dans ton rhythme sacré, forme de l’harmonie. Jadis avec l'empire , au fond de l’Occident Il réfléchit l’éclat de notre ciel ardent.

Moi je veux te créer un plus divin langage ,

De ta beauté suprême harmonieuse image,

Où les chants de la gloire et les tendres soupirs Trouveront des accents au gré de leurs désirs.

De l’Europe barbare, ô harpe éolienne !

Nulle langue ici-bas n’égalera la tienne.

Voilà ce que devra ton peuple rajeuni A ton barde toscan, au Gibelin banni.

Malheur! des jours cachés le voile se déchire. Pareils aux flots dormants , lorsque le vent expire,

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