OU VALENTIN CROIT TENIR LE COMMENCEMENT DE LA PISTE
Trois jours s'étaient écoulés depuis les événements que nous avons rapportés dans Je précédent chapitre.
Valentin avait strictement tenu la parole qu'il avait donnée à John Estor.
Pendant ces trois jours, c'était à peine s'il avait fait quelques visites, visites toutes de convenance, et n'ayant aucun rapport avec l'affaire qui l'appelait à la ' Nouvelle-Orléans.
Cependant le chasseur n'avait pas perdu son temps.
Il avait profité de cette inaction forcée pour opérer quelques changements importants dans son installation ; pour s'entretenir avecCurumilla, et arrêter, en commun
avec le chef, les mesures que nécessiteraient sans doute les renseignements que ne manquerait pas de lui fournir Tex-chef de la police de sûreté.
Valentin regrettait d'autant moins l'inaction à laquelle il s'était condamné, que, malgré sa grande fortune et les puissantes relations qu'il avait établies dès le premier
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jour, sa qualité d'étranger rendait en ce moment sa position assez précaire à la Nouvelle-Orléans.
Il régnait en ce moment une grande surexcitation dans tous les esprits, non-seulement à la Louisiane, mais encore dans l'Arkansas, la Géorgie, la Caroline du sud, et généralement dans tous les États dans lesquels doBûô^laS^éSStinfiv^r^ l'esclavage existait.
On était à la veille de cette terrible guerre de sécession qui, pendant cinq ans, bouleversa la grande république américaine, lui coûta un million d'hommes, lui créa une dette immense, et fut enfin étouffée pour un temps, après des luttes gigantesques, pai^lea^moyens les-moins-avouables; dans des flots de sang.
Nous disons pour un temps, parce que le démembrement des États-Unis, non pas en deux, mais en quatre puissances séparées, est un fait fatal, logique, et qui doit nécessairement s'accomplir tôt ou tard.
Au moment ou nous écrivons, c'est-à-dire, au commencement de 1874, des signes infaillibles et auxquels personne ne saurait se tromper, laissent clairement prévoir, et cela presque à coup sûr, le jour où commencera le second acte de cette gigantesque tragédie.
Valenlin Guillois était un homme beaucoup trop prudent pour se mêler, soit d'une façon, soit d'une autre, lui étranger et nullement intéressé dans la question, aux intrigues qui s'agitaient autour de lui. Il n'avait qu'un désir, accomplir le plus tôt possible la tâche de dévouement qu'il s'était imposée; réussir à sauver les deux enfants de la femme pour laquelle, pen-
dant tant d'années, il avait professé au fond de son cœur un amour si sincère et si respectueux, et, ce devoir accompli, retourner au désert pour n'en plus sortir.
Le soir du troisième jour, après son entrevue avec John Estor, Valentin était, vers dix heures, assis sur un fauteuil à disque, dans sa chambre à coucher, se laissant aller à ses pensées, tout en suivant d'un regard distrait les spirales bleuâtres que formait la fumée de son cigare en s'élevant vers le plafond.
Tout à coup, un sifflement particulier, ressemblant à celui du crotale, se fit entendre au dehors.
Ce sifflement était un signal du chef.
Valentin bondit sur ses pieds, saisit ses revolvers et s'élança dans le jardin,
La nuit était sombre et sans lune.
Sous le couvert épais des arbres, il était impossible de rien distinguer à deux pas devant soi.
A peine Valentin se fut-il avancé dans le jardin, qu'il se heurta presque à Curumilla.
— Que se passe-t-il donc? demanda Valentin à voix basse.
Curumilla lui saisit le bras, se pencha à son oreille, et murmura d'une voix faible comme un souffle ce seul mot ;
— Andezeij! — Viens. —
Le chasseur se laissa conduire.
Ils arrivèrent bientôt à l'extrémité du jardin, et ils s'embusquèrent de chaque côté d'une petite porte de dégagement, à demi perdue sous les plantes grimpantes j et que Valentin croyait condamnée. *
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A peine étaient-ils embusqués, ainsi que nous l'avons dit, qu'ils entendirent chuchoter au dehors, d'une voix étouffée et d'un ton si bas, qu'il leur fat impossible de distinguer une parole.
Puis, au bout d'un instant, une clef grinça dans la serrure, tourna avec dtlficulté; la porte fut poussée du dehors, et s'ouvrit avec effort, en entraînant avec elle des masses de branches, de feuilles, de lézards et d'araignées, qui tombèrent dru comme grêle sur la tête et les épaules de Valentin et de son ami, lesquels cependant conservèrent leur immobilité de statue.
Au môme instant, deux hommes em bosses jusques aux yeux dans les plis épais de larges manteaux, parurent sur le seuil et pénétrèrent sans hésiter dans le jardin; puis le dernier entré se retourna, repoussa la porte et mit la clef dans sa poche.
Tout cela fut fait par l'inconnu tranquillement, posément, en homme qui se croit à l'abri de tout soupçon, et assuré de n'avoir rien à redouter.
— Maintenant, allons, dit-il à voix basse.
— Un instant! fit Valentin, en se jetant résolument au-devant des deux hommes, avant d'aller plus loin, vous me direz qui vous êtes, vous qui vous introduisez d'une si singulière façon dans mon domicile.
Curumilla s'était silencieusement place à côté de son ami.
— Eh mais, dit tranquillement l'inconnu, sans élever la voix, il me semble, Dieu me pardonne, que c'est la voix de M. Valentin Guillois.
— Oui, et c'est Valentin qui vous somme de répondre, et cela tout de suite, si vous ne voulez pas qu'il vous briàle la cervelle.
— Bj God! vous êtes vif, master Valentin! Comment, vous ne m'avez pas encore reconnu, ne serait-ce qu'à ma façon un peu sans gêne de m'introdùire chez vous? Je suis John Estor, votre serviteur.
— Vous?
— Et qui diable voulez-vous que ce soit?
— Comment se fait-ii que vous veniezà pareille heure, et par ce chemin?
— A ceci, master, je vous répondrai , m ais dans un autre endroit, si vous le permettez; le lieu où nous sommes ne me semble pas très-bien choisi pour une explication.
— C'est juste.
— A la bonne heure, vous êtes raisonnable, bien que très-vif,
— Quel est cet homme qui vous accompagne?
— Autre question à laquelle je ne répondrai pas davantage, pour le moment du moins, toujours avec votre permission,
— Soit; venez donc alors.
Les quatre hommes se dirigèrent de compagnie vers la maison.
Pendant les quelques minutes que dura le trajet, pas une parole ne fut échangée entre eux.
En pénétrant dans la chambre à coucher, John Estor, car c'était bien lui, jeta son manteau sur un meuble, son compagnon l'imita.
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Valentin Guîilois et Curumilla, en apercevant l'homme qui accompagnait le policier, oublièrent pour un instant leur impassibilité indienne, et s'élancèrent vers lui en poussant un cri de surprise et de joie.
Ils avaient reconnu don Gregorio Peralta.
• Les années et les chagrins avaient fortement creusé leur empreinte sur le noble visage du chacarero chilien.
Ses cheveux avaient blanchi, son front dégarni était sillonné de rides.
Mais il avait toujours la taille haute et droite, l'œil fier et plein de feu.
— Mes braves amis, s'écria-t-il, les larmes aux yeux, en les embrassant, je vous retrouve donc enfin!..,
John Estor s'était laissé aller dans un fauteuil à disque, il avait allumé un cigare, et il se balançait nonchalamment en regardant d'un air satisfait cette scène si simple et pour cela môme si touchante.
IiOrsque la première émotion fut calmée, chacun prit place.
— Comment se fait-il, demanda Valentin au policier, que vous soyez venu ce soir,'et d'une façon si extraordinaire?
— J'ai voulu tout simplement vous causer une agréable surprise, me seraisge trompé?
— Non, certes, vous ne pouviez me faire une plus grande joie que celle que j'ai éprouvée, il y a un instant; mais vous n'êtes pas homme à agira la légère, et à vous laisser aller inconsidérément aux mouvements de votre cœur.
— Non, en effet, By God! il ferait beau voir! j'avais un motif sérieux, très-sérieux même, pour désirer vous voir le plus tôt possible; ce motif je vais avoir l'honneur de vous le faire connaître. Je n'ai pas perdu mon temps depuis trois jours; la façon généreuse dont vous avez agi avec moi, les procédés que vous avez employés m'ont été droit au cœur. J'ai voulu justifier votre confiance, monsieur, et vous prouver que vous avez affaire à un gentleman.
— Je n'en ai pas douté un instant, monsieur,
— Voilà surtout ce dont je vous sais gré, monsieur; ainsi que je vous le disais, je me suis mis immédiatement en mesure d'obtenir les renseignements que vous m'avez demandés; je vous avouerai franchement, car entre nous [il ne saurait y avoir de surprise, que je trouvai beaucoup plus de facilités que je ne l'avais supposé d'abord, à obtenir ces renseignements. J'ai conservé des relations très-étendues dans l'administration; elles me permettent de savoir beaucoup de choses très-utiles; voici ce que j'ai appris au sujet des enfants :
Ils ont été en effet enlevés par l'homme que nous soupçonnions, par don Miguel. Cet homme s'était abouché avec certaines gens sans aveu, qui moyennant une forte somme, s'engagèrent à emmener les enfants dans une des provinces les plus éloignées du Mexique, où ils les abandonneraient.
La trace des deux enfants a été suivie jusqu'à Urès f capitale de l'État de Sonora sur le Pacifique-
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L'homme avec lequel don Miguel a traité, est un bandit Kentuckien, nommé le Chacal^ fort redouté, paraît-il, dans les villes de la frontière indienne et dans les prairies, enfin un drôle de sac et de corde, qui ne recule devant aucun crime, pourvu qu'il soit grassement payé.
— Je le connais, dit Valentin, en fronçant le sourcil.
— Tant mieux, je n'en dirai donc pas davantage à son sujet.
— Ce serait inutile.
— Cet homme, pour accomplir ce méfait, s'est asso- * ci é à un autre coquin de son espèce que l'on croit Français, dont on ignore le nom, mais qui est connu sur toute la frontière sous le sobriquet caractéristique de Lingot,
— Je connais aussi celui-là, reprit Valentin d'une voix creuse.
— Tout était préparé pour que les voyageurs partissent le jour même de l'enlèvement. C'est ce qui est arrivé; mais écoutez bien ceci, mon maître :
Don Miguel Tadeo, après avoir, pendant environ dix jours, escorté cette caravane maudite, est revenu subitement sur ses pas, et depuis, on assure qu'il n'a pas quitté la Louisiane. Le sefior dort Miguel Tadeo de Castel Léon est doué d'un esprit très-délié; c'est paraît-il, un homme d'une grande intelligence; et quipossède surtout un talent particulier pour changer les traits de son visage et les rendre méconnaissables. Voilà, monsieur , ce que j'ai appris en trois jours. Croyezvous que j'ai perdu mon temps?
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— Non certes, monsieur, vous avez au contraire dépassé toutes mes prévisions. J'étais loin de compter sur des résultais aussi satisfaisants; mais vous ne me parlez pas de mon ami don Gregorio Peralta, et de la façon dont vous vous êtes rencontrés?
— Quanta ceci, monsieur, le hasard a tout fait; je ne saurais m'attribuer aucune participation dans cette affaire. Interrogez le senor don Gregorio, il pourra bien mieux que moi vous renseigner à cet égard. Il y a môme au fond de tout cela quelque chose de louche, qui, je vous l'avoue, m'inquiète sérieusement, comme toutes les choses que je ne comprends pas.
— C'est aussi ce qui m'arrive ; dit don Gregorio*
— Expliquez-vous, mon ami; peut-être ce qui vous a semblé incompréhensible au premier abord s'expliquera-t-il facilement, lorsque tous quatre nous en aurons tiré les conséquences logiques.
— Je ne demande pas mieux que de vous satisfaire, mon ami ; j'étais depuis deux jours de retour à Buton- Rouge, d'une longue excursion poussée jusqu'à la frontière indienne. Pendant cette excursion, j'avais appris à n'en pouvoir douter, que les enfants de notre malheureux ami devaient se trouver en Sonora, perdus par les bandits qui les y avaient conduits, dans un réseau de vingt lieues autour d'Urès. J'avais donc résolu de me rendre dans cette ville, et pour cela, j'étais retourné à Bàton-Kouge, afin de faire tous les préparatifs indispensables pour un si long voyage. Hier matin, au moment où j'achevais de déjeuner, un homme demanda à parler
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pour affaires pressantes à don Antonio Peyras, tel est le nom que j'ai adopté pour détourner les soupçons de don Miguel.
Le maître de l'hôtel fit conduire cet homme en ma présence.
— Monsieur, me dit-il dans le plus pur castillan, je suis votre compatriote, secrétaire particulier du consul du Chili à la Nouvelle-Orléans. Le consul m'envoie vers vous en toute hâte], ayant appris que vous étiez de .retour ici, pour vous annoncer que deux personnes, un coureur des bois français et un chef indien Arauean, sont arrivgs il y a quelques jours, à la Nouvelle-Orléans; et que ces deux hommes, dont l'un se nomme Valentin Guillois, et l'autre Curumilla, se sont à plusieurs reprises informés de vous auprès du consul. Le consul, dans l'ignorance des motifs qui poussent ces deux hommes à prendre des renseignements sur votre compte, m'a chargé de vous avertir, afin que vous preniez les mesures qui vous paraîtront nécessaires.
Tout cela me fut dit par cet homme, d'un ton assuré, et avec l'indifférence caractéristique particulière aux gens qui s'acquittent d'une mission qui ne les intéresse aucunement.
Cependant j'examinai attentivement l'inconnu.
Son regard était droit, sa contenance ferme. Je crus à 1 ses paroles; je le congédiai, tout en ayant l'air pourtant de n'attacher qu'une médiocre importance au message qu'il me transmettait.
Par surcroît de précautions, je le fis suivre de loin
sans qu'il s'en doutât ; mais dix minutes après notre entrevue, il repartit pour la Nouvelle-Orléans sur le bateau à vapeur.
Deux heures plus tard, je prenais la même route.
Mon premier soin, en. arrivant, fut de me rendre au Consulat, dans l'intention d'adresser mes remerciements au consul, avec lequel je suis assez lié, et qui m'a toujours témoigné beaucoup d'intérêt.
Lorsque je lui parlai du message qu'il m'avait envoyé, il tomba littéralement des nues-
D'abord, il n'a pas de secrétaire ; de plus, bien qu'il sache parfaitement votre arrivée à la Nouvelle-Orléans, il n'avait pu me faire avertir, parla raison toute simple qu'il ignorait que je fusse à Bâton-Rouge.
Quel était l'homme qui était venu me trouver? Qui l'avait envoyé ? Pourquoi était-il venu? Telles étaient et telles sont encore les trois questions que je me posai sans pouvoir les résoudre. Un malentendu était impossible. Il y avait donc trahison? Seul, don Miguel avait intérêt à cette trahison.
Mais ce que je ne puis comprendre, c'est qu'il a découvert, non pas votre arrivée à là Nouvelle-Orléans, vous ne vous êtes pas caché et vous n'en avez fait mystère à personne, mais les motifs qui vous ont conduits dans cette ville.
Je me perdais en conjectures, et je ne savais trop, je vous l'avoue, à quoi me résoudre, lorsque le hasard amena chez le consul master John Estor,
Ce digne gentleman, auquel je confiai franchement
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les difficultés de ma situation, m'offrit ses services en me disant les rapports existants entre vous et lui... Je les acceptai sans hésiter.
Je voulais me rendre immédiatement chez vous, mon cher don Valentin, mais mon nouvel ami me fit observer qu'en agissant ainsi je commettrais une grave iraprudence, en attirant sur mes démarches l'attention de ceux qui ont intérêt à les connaître et suivent sans doute mes pas dans l'ombre.
Voilà pour quelles raisons, mon cher ami, j'ai at* tendu jusqu'à ce soir et me suis introduit dans votre domicile comme un voleur, au lieu d'entrer franchement par la grande porte.
Et maintenant, dites-moi nettement, je vous prie, ce que vous pensez de tout cela.
Valentin allait répondre, mais le chef lui posa la main sur l'épaule, se leva et prit la parole à sa place.
— Pourquoi les visages pâles sont-ils sans ar^es ? dit-il; la nuit est noire, les ennemis guettent, peut-être viendront-ils ? Bon avoir des armes. Curumilla rien à faire ici ; lui surveiller en dehors ; écouter bruit de la nuit.
Après avoir parlé ainsi, l'Indien salua gravement les assistants et partit.
— Le chef a raison, messieurs, dit Valentin. C'est un guerrier rempli de prudence ; ainsi que nous, il connaît de longue date l'homme auquel nous avons affaire. Il sait que, le cas échéant, don Miguel ne reculera devant rien pour s'assurer de notre silence. Sans
la prudence du chef, qui n'est jamais mise en défaut, tous vous seriez introduits dans cette maison sans éveiller les soupçons de mes gens ou les miens, et vous seriez parvenus dans cette pièce sans être découverts. Ce que vous avez fait, vous, dans mon intérêt, d'autres peuvent le tenter après vous, dans des intentions hostiles, et réussir ; il nous faut donc, avant tout, nous mettre en garde contre une attaque subite.
— C'est vrai, répondit vivement John Estor ; l'exaspération est tellement grande aujourd'hui, les rouages du gouvernement si relâchés et la police si mal faite, en supposant qu'elle existe encore, que tout est possible ; ce ne serait pas le premier attentat de cette nature qui, depuis un mois, épouvanterait la ville; aujourd'hui les citoyens sont contraints de se protéger eux-mêmes s'ils ne veulent être lâchement assassinés dans leurs maisons ; aussi, ai-je toujours suj|moi deux revolvers à six coups qui ne m'ont jamais failli au besoin.
— Moi de même, dit don Gregorio,
— Vos revolvers de Coït ne valent rien; en voici d'autres du système Galand, dont vous ne tarderez pas à apprécier l'excellence, mais ce n'est pas assez.
Après avoir remis à chacun des deux hommes une paire des revolvers dont il venait de parler, le chasseur décrocha d'une panoplie trois bowie-knifs ou langue de bœuf, il en conserva un pour lui, et leur présentant les deux autres :
— Croyez- moi, ajouta-t-il, passez à votre ceinture
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ces cure-(fent$ de VArkansas. En y joignant ces fusils à canons tournants, dont je vous garantis la supériorité et que je vous prie d'accepter, nous serons en mesure de nous défendre avec avantage, même contre dix hommes; sans compter que nous ne sommes pas seuls ici ; j'ai quatre domestiques vigoureux, résolus, sur la fidélité desquels je crois pouvoir compter, et que sans doute Curumilla, qui n'oublie rien, et pour lequel ils ont un grand respect, aura armés et prévenus de faire bonne garde.
— Bon, fit don Gregorio, j'ai deux serviteurs chiliens qui sont demeurés près de la porte, afin de veiller sur nous.
— Il faut les faire entrer au plus vite et laisser supposer à nos ennemis que nous ne soupçonnons pas une attaque. Je m'en charge, dit Valentin.
Et il s'élança au dehors.
Son absence dura à peine dix minutes. 4
— Voilà qui est fait, dit-il en rentrant; Curumilla s'est chargé d'eux. Ils sont presque compatriotes et s'entendront à demi-mot. Causons, nous n'avons, quant à présent, rien à redouter, ajouta-t-il en chargeant son fusil, manœuvre aussitôt imitée par ses compagnons,
— Je ne puis que vous répéter, dit don Gregorio, la question que déjà j'ai eu l'honneur de vous adresser : que pensez- vous de tout cela?
— Je pense ce que vous en pensez vous-même, mon ami ; c'est-à-dire que, par des moyens que nous ignorons, don Miguel est parvenu à pénétrer le secret de
vos démarches et des nôtres, et, de plus, à se mettre au courant de notre alliance projetée contre lui dans le but d'empêcher la réussite de ses sinistres projets,
— Ceci ne fait pas un doute, dit John Estor; comment cet homme a-t-il réussi à obtenir ce résultat, voilà ce que je ne saurais dire; mais le fait indiscutable devant lequel nous devons nous incliner, c'est une guerre à outrance qui commence entre lui et nous.
— Oui, fit Vaientin; mais remarquez, messieurs, que c'est notre ennemi qui, le premier, déclare cette guerre et démasque ses batteries ; il nous révèle, par cela même, combien sa position est fausse et jusqu J à quel point il redoute que nous réussissions ; mon avis est donc de suivre ici la coutume du désert, si vous le trouvez bon.
— Quelle est cette coutume, monsieur? demanda curieusement le policier.
—&La voici, répondit Vaientin; feindre une ignorance complète tout en cherchant à pénétrer les projets de notre ennemi; agir avec la plus extrême prudence ; ne rien laisser au hasard, et à la première occasion favorable, tomber à Timproviste sur cet ennemi et le tuer roide si c'est possible.
— By God ! fît en souriant John Estor, la méthode est expéditive, mais je dois convenir qu'elle est essentiellement logique et efficace.
— L'approuvez-vous?
— Moi ! je ne serais pas de mon pays si je ne l'approuvais pas. Nous autres Américains , nous allons
droit au but; d'ailleurs, monsieur, je vous appartiens corps et âme et je ne vous faillirai pas à l'occasion.
— Alors, tout va bien, reprit Valentin en souriam nos ennemis peuvent venir quand il leur plaira, ils trouveront à qui parler. Qu'en dites-vous, don Gregorio?
— Mon ami, cette querelle est surtout mienne. Si vous vous trouvez en danger, vous y êtes pour moi et par moi ; entre nous, tout remercîment est inutile; qu'il vous suffise de savoir que, quoi qu'il arrive, on ne parviendra à vous qu'en passant sur mon corps.
— Je le savais, dit le chasseur. Maintenant, écoutez ceci : Si nous sommes attaqués, il est probable que ce sera cette nuit; qui sait? peut-être avant une heure. Don Miguel nous a prouvé qu'il est parfaitement renseigné sur tout ce que nous faisons ; en conséquence, il vous sait ici, cela ne fait pas le moindre doute, puisque lui-même vous y a conduit presque par la main, grâce au faux message qu'il vous a envoyé à Bâton- Rouge.
— C'est juste, dit John Estor.
— Il voulait nous réunir, appuya don Gregorio.
— Pour en finir d'un seul coup, reprit Valentin; essayer de sortir serait donc se livrer véritablement entre ses mains, car il rôde ou doit rôder aux environs. Tenons-nous coi. Nous avons au dehors un éclaireur infaillible qui ne nous laissera pas surprendre. Si la nuit, contre nos prévisions, s'écoule paisiblement, dès que le jour sera venu, master John Estor sortira et ira
chercner des renforts ; si, au contraire, nous sommes attaqués, eh bien! mes amis, à la grâce de Dieu, chacun fera son devoir; nous serons griffes contre griffes et malheur à celui qui aura les plus courtes I Est-ce bien compris et bien entendu ?
— Compris et entendu, répondirent les deux hommes d'une seule voix.
— Et maintenant, messieurs, que tout est bien arrêté, permettez- moi de vous offrir quelques rafraîchissements, car peut-être attendrons-nous longtemps nos visiteurs, et il est bon, ajouta-t-il en souriant, que nous soyons prêts à les recevoir comme ils le méritent.
Le chasseur se leva alors, ouvrit une armoire et en retira un en cas qu'il disposa sur une table.
Don Gregorio et John Estor, non-seulement étaient fort braves tous deux, mais, de plus, Tamour-propre les poussait à ne point paraître attacher plus d'importance à l'attaque dont ils étaient menacés que Valentin Guiliois ne semblait en attacher lui-même.
Ils firent donc honneur aux mets placés devant eux,
vidèrent gaiement, en compagnie du chasseur, deux ou trois bouteilles d'un excellent Château-Larose.
Puis les cigares furent allumés, et comme si chacun des trois hommes eût voulu prouver aux autres que la question qu'ils avaient longtemps traitée était complètement épuisée et qu'il était inutile d'y revenir, la conversation s'engagea sur les questions les plus futiles et les plus dénuées de tout intérêt sérieux.
Cependant, un observateur qui eut été placé de
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façon à surveiller nos trois personnages, n'aurait pas tardé à s'apercevoir que leur gaîté était feinte et même souvent un peu forcée.
En un mot, que tout en riant et en plaisantant, leurs oreilles étaient tendues vers les bruits les plus légers venant du dehors ; et que parfois leurs regards s'allumaient et lançaient des éclairs. Ils jouaient une comédie de sécurité, à laquelle ils ne croyaient ni les uns ni les autres, tout en remplissant leurs rôles avec un talent remarquable.
Cependant les heures s'écoulaient lentement les unes après les autres.
Minuit, cette heure qui, dans les romans, est celle des spectres, était depuis longtemps pgssée.
La pendule, posée sur un piédouche, marquait près d'une heure du matin.
Le froid commençait à se faire sentir; la nuit se faisait de plus en plus glacée sous la brise de mer qui soufflait par rafales.
La conversation languissait entre nos trois personnages.
Ils commençaient à éprouver ce malaise qui suit une veillée .trop prolongée.
Tout à coup Valentin tressaillit, il se leva, imposa d'un geste silence à ses deux compagnons, et, se penchant légèrement vers eux :
— Chut ! dit-il, il y a du nouveau ; prenez vos armes et soyez prêts !
En même temps le chasseur saisit les deux lampes
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qui éclairaient la pièce, et, sans les éteindre, il les plaça dans une armoire qu'il referma ensuite.
Au même instant un sifflement doucement modulé se fit entendre.
— Des hommes armés viennent d'escalader le mur, dit Valentin.
— Comment le savez-vous ? dit le policier.
— Chut, répéta Valentin en lui prenant le bras, mon oreille exercée entend ce que vous ne pouvez entendre.
Un nouveau signal vint du dehors.
— Ils sont quinze, reprit Valentin, armés de fusils et de bowie-knifs; ils marchent vers la maison; attention ! ils approchent!
Un instant s'écoula.
— Il fait noir comme dans un four, murmura John Estor,
— Attendez; armez vos fusils et soyez prêts à tirer. On entendit le craquement sec des batteries,
— Étes-vous prêts? demanda Valentin*
— Oui, répondirent les deux hommes d'une voix étouffée.
Au même instant on entendit au dehors comme un pétillement d'étincelles, et une lueur immense éclaira le jardin.
Curumilla, pendant que ses amis causaient dans la chambre à coucher, s'était occupé, avec les serviteurs de don Gregorio et les noirs de Valentin, à élever un énorme bûcher au milieu de la pelouse; c'était ce
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bûcher copieusement enduit de matières résineuses auquel le chef venait de mettre le feu.
A la lueur des flammes qui montaient en tournoyant vers le ciel, on aperçut une quinzaine d'hommes, marchant résolument vers la maison qui, grâce à la précaution prise par le chasseur, était complètement obscure.
Les inconnus, surpris par cette clarté subite, hé-
sitèrent et firent un mouvement de recul.
— Feu ! cria Valentin d'une voix stridente.
Trois coups de feu éclatèrent du côté de la maison, cinq leur répondirent du dehors.
Huit des assaillants tombèrent.
Les autres, surpris à l'improviste par cette rude attaque, lâchèrent leurs coups au hasard.
— En avant! dit don Gregorio, en faisant un mouvement pour s'élancer dans le jardin.
— Gardez-vous en bien, cria Valentin, tous nos ennemis ne sont pas entrés encore, regardez !
En effet, on voyait apparaître plusieurs têtes au-dessus de la crête du mur.
Valentin avait disposé plusieurs rifles tout chargés sur une table à portée de la main.
Jls firent alors un feu roulant, sur les gens qui essayaient d'escalader les murailles.
Plusieurs retombèrent lourdement au dehors, mais quelques-uns réussirent à sauter dans le jardin.
Cependant, les inconnus, effrayés d'abord d'une si rude réception, s'étaient ralliés à Ja voix d'un homme
qui semblait être leur chef et parvint à les pousser en avant.
Grâce au secours qui leur arrivait du dehors, les assaillants étaient encore au nombre d'une douzaine.
Ils s'élancèrent en courant vers la maison.
Mais, au moment où ils franchissaient les marches du perron, ils furent accueillis par une décharge à bout portant, qui les rejeta dans le jardin.
Ils se rallièrent de nouveau et revinrent hardiment à la charge*
Ils comprenaient que leur position n'était plus tenable.
Ils se trouvaient en pleine lumière, et frappés sans riposte possible par des ennemis invisibles.
Il leur fallait donc à tout prix en finir.
D'un élan prodigieux et irrésistible, ils parvinrent à franchir le seuil de la première pièce.
Mais au même instant Curumilla apparut, suivi des quatre nègres et des deux serviteurs de don Gregorio.
Tous les sept se 'ruèrent à corps perdu sur les assaillants.
Valentin et ses amis, contraints un instant de reculer devant les inconnus, recommencèrent alors résolument la lutte, et un combat corps à corps s'engagea avec un acharnement indescriptible.
Le chasseur, craignant que ses amis ne se blessassent entre eux dans les ténèbres, avait pris la précaution de replacer les lampes sur leurs piédouches.
Après une lutte de quelques minutes, qui semblèrent
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avoir la durée d'un siècle, les assaillants, reconnaissant sans doute l'inutilité de leurs efïorts, commencèrent à reculer lentement et en se serrant les uns contre les autres.
Toujours combattant* ils atteignirent le jardin.
En ce moment sept ou huit individus nouveaux apparurent ; probablement le reste de la bande, laissé en arrière pour soutenir la retraite, ce que prouva du reste la manœuvre qu'ils exécutèrent en se jetant résolument au devant de leurs compagnons blessés pour la plupart, et portant entre leurs bras un des leurs , sans doute leur chef, qui avait reçu une blessure grave.
Tenus en respect, et suivis pas à pas par les habitants de la maison, les inconnus opérèrent leur retraite lentement, mais sans nouvelles hostilités.
Ils sortirent par la petite porte du jardin, par laquelle ils s'envolèrent comme une volée d'oiseaux de nuit, sans que Ton tentât de les poursuivre au dehors.
Les cadavres et les blessés avaient été enlevés pendant le combat, sans qu'on sût comment.
N'eussent été les larges flaques de sang qui tachant çà et là le sol, et les restes du bûcher achevant de se consumer, on aurait pu croire que cette scène terrible, si rapidement accomplie et avec une si infernale audace, n'avait été qu'un rêve ou un horrible cauchemar.
Chose étrange, et qui montre bien à quel degré de démoralisation et de dégradation morale étaient tombés les États du Sud à cette époque de bouleverse-
ments continuels, malgré les nombreux coups de feu, les cris des combattants, les plaintes des blessés et la lueur produite par le bûcherdont les flammes sanglantes rougissaient le ciel sur un grand espace, un silence morne et effaré n'avait cessé de régner autour de cette maison dont d'audacieux bandits tentaient l'assaut ; les maisons voisines de celle du chasseur étaient demeurées sombres et silencieuses, pas une fenêtre ne s'était ouverte, pas une porte ne s'était entre-bàillée ; dans les rues désertes dont le gaz avait été éteint, aucun gardien de nuit, aucun agent de police n'avait paru*
On se serait cru au fond du désert le plus ignoré de la Sierra de San Juan ou du del Norte.
Valentin et ses amis avaient peu souffert.
Excepté don Gregorio qui avait reçu une blessure assez grave — une balle lui avait traversé la cuisse, heureusement sans léser aucun organe, — et un noir, qui avait reçu une entaille au bras gauche, tous les défenseurs de la maison étaient sains et saufs.
Le lendemain Valentin porta uneplainte aux autorités.
On le félicita chaleureusement sur la belle défense qu'il avait faite, en l'engageant à ne pas manquer d'agir de la même façon, si les bandits osaient se présenter de nouveau.
Et il n'en fut rien de plus.
Huit jours plus tard, Valentin Guillois, cédant aux instances de don Gregorio que sa blessure condamnait au moins pour quelque temps à une complète immobilité, faisait ses préparatifs de départ*
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Ils furent promptement terminés.
Le chasseur réglages affaires avec la maison Arthur Wilson, Rouquette et Blondeau, dont il n'avait eu qu'à se louer depuis son arrivée, puis il donna la liberté à ses noirs en leur faisant un cadeau de mille piastres à chacun, pour récompenser le dévouement âont ils avaient fait preuve pendant la nuit de l'attaque de la maison.
Il fit appeler madame Chaubard; la digne femme pensa tomber de son haut quand Valentin lui apprit qu'il avait acheté la maison en son nom; qu'en conséquence elle lui appartenait avec tout ce qu'elle renfermait, et qu'il la priait de l'accepter.
— Vous m'y conserverez une chambre, ajouta-t-ii en souriant, au cas où quelque jour je reviendrais ici.
— Elle sera toujours à vous! répondit la brave femme en fondant en larmes et ne sachant comment lui exprimer sa reconnaissance.
Ces diverses affaires terminées, le chasseur eut une longue et secrète conversation avec John Estor, serra affectueusement la main à don Gregorio, et, après être convenu d'un rendez-vous avec les deux hommes, au cas probable où ils pourraient venir le rejoindre, il se prépara à prendre congé d'eux.
Mais don Gregorio le prit à part, et se faisant apporter par un de ses serviteurs une petite cassette de fer, il l'ouvrit et en retira un large pli cacheté, qu'il remit au chasseur.
r Mon cher don Valentin, lui dit-il les yeux pleins
de larmes, cette lettre est à votre adresse, ainsi que vous pouvez le voir, elle est de don Luis ; notre malheureux ami, qui sans doute avait le pressentiment de sa mort prochaine, me la remit quelques mois seulement avant l'affreuse catastrophe que vous savez; c'est son testament de mort; conservez précieusement cette lettre et promettez-moi de ne pas l'ouvrir avant d'avoir délivré dofla Rosario et son frère et de m'avoir revu, ou comme il faut tout prévoir, d'avoir reçu la nouvelle officielle de ma mort.
— Oh ! mon ami, ne parlez pas ainsi 1 s'écria-t-il en lui prenant les mains.
— Pourquoi donc ? répondit-il en souriant ; nous sommes engagés dans une affaire où la mort peut à chaque pas nous surprendre à Timproviste.
C'est vrai ; dit-il tristement.
— Les paroles que vous venez d'entendre, reprit don Gregorio, sont les dernières recommandations que m'a faites notre ami mourant, en me chargeant de vous les transmettre de vive voix, lorsque je vous aurais retrouvé; jurez-moi de vous y conformer,
— Je vous le jure, mon ami; répondit le chasseur en serrant le précieux papier dans sa poitrine; cette lettre ne sera ouverte qu'en votre présence et sur votre autorisation.
— Merci, mon ami. Voilà tout ce que je voulais vous dire; partez, et bon espoir; j'ai la conviction que vous réussirez.
Les deux hommes s'embrassèrent affectueusement et
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prirent congé l'un de l'autre en se promettant de se rejoindre bientôt.
Le jour même Valentin Guillois et Curumilla sortirent de la Nouvelle-Orléans montés sur d'excellents mustangs des prairies.
Ils se rendaient en Sonora, où ils espéraient enfin obtenir des nouvelles positives des deux malheureux enfants.
Valentin s'éloignait presque joyeux de la grande cité américaine.
Il avait la certitude que si don Miguel n'était pas mort, du moins sa blessure le mettait pour longtemps dans l'impossibilité de nuire.
De plus, il tenait enfin un des bouts de la piste que depuis si longtemps il cherchait; il avait la conviction qu'il arriverait à l'autre bout.
Cependant un point noir restait obstinément dans son esprit.
Pour la première fois, il avait subi presque un échec.
Et maintenant il se trouvait face à face avec un ennemi dont la ruse et l'audace balançaient presque son -expérience et son honnêteté, et le rendaient presque aussi fort que lui.
Le principe du mal l'emporterait-il donc sur celui du bien dans les plateaux de la balance où la justice divine pèse les actes de la vie humaine?
La vertu serait-elle donc éternellement vaincue et le crime triomphant?