‹ VoladeroChapitre 8 sur 14 · LE VOLA^FRO · texte numérisé non relu

LE VOLA^FRO

feront bien accueillir par ceux à qui elles sont adressées.

-r Merci, répondit Valentin avec chaleur, je n'aurais osé vous les demander, et pourtant il est possible qu'elles me soient utiles.

. — Maintenant, ajouta le traitant, comme vous ne portez point, probablement, d'argent sur vous, voici une centaine de dollars qui vous suffiront jusqu'à ce que vous puissiez user de votre lettre de crédit; puis-je faire autre chose pour vous?

— Non, rien; vous n'avez que trop fait déjà; je ne sais comment vous remercier; mais je compte sur l'avenir.

Le traitant regarda sa montre.

— Il est onze heures un quart, dïMl, partons, je vous accompagne au steamboat; je tiens à vous recommander au capitaine, qui est de mes amis, et m'a certaines obligations.

Le traitant prit une poignée de cigares dans une caisse, en offrit un à Valentin, un autre à Curumilla, en choisit un troisième pour lui, mit les autres dans sa poche et les trois hommes sortirent.

Valentin avait repris son calme et son impassibilité habituels.

Nul n'aurait pu soupçonner à la nonchalante désinvolture avec laquelle il fumait son regalia que, moins d'une heure auparavant, une horrible douleur avait tordu le cœur de cet homme.

Master Grolow semblait connaître tout le monde à.

Litle-Ro,ck; chacun le saluait et s'inclinait devant lui; non pas avec cette obséquiosité banale et basse que Ton a généralement pour la richesse, mais le sourire sur les lèvres et l'air satisfait comme lorsque Ton a rencontré un de ses amis.

Le quai était encombré de ballots et de marchandises de toutes sortes, autour desquels rôdaient, tournaient, s'agitaient des courtiers, des portefaix et des acheteurs, ce qui lui donnait une animation extraordi^ naire.

Lé Missouri, superbe steamboat de cent pieds de long, à deux étages de cabines sur le pont, était amarré bord à quai, et se balançait majestueusement au milieu de cent autres navires de toutes sortes et de toutes dimensions.

La cloche du bord sonnait pour appeler les passagers.

Ceux-ci commençaient en effet à s'embarquer au moyen d'une passerelle établie du bord à terre.

Le capitaine, gros homme court et trapu, à la physionomie joviale et à la face apoplectique, se promenai t r les bras derrière le dos, sur la dunette.

Aussitôt qu'il aperçut master Grolow, il poussa une joyeuse exclamation, descendit en toute hâte de la dunette et accourut vers le traitant.

— Eh ! s'écria-t-il, quel bon vent vous amène, master Grolow?

— L'envie de vous serrer la main et de vous souhaiter un bon voyage, capitaine Wriggt.

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— Voulez-vous monter un instant à bord, nous ne partirons pas avant vingt minutes?

— Avec plaisir; d'autant plus que je veux vous recommander deux de mes amis, les meilleurs que j'aie.

— Ces gentlemen? demanda le capitaine , en désignant les deux chasseurs ; on est venu, il y a un instant^ retenir leur passage de votre part*

— C'est cela même, capitaine.

. — Oh!. du moment que vous vous dérangez pour venir me recommander en personne ces deux gentlemen, il faut qu'ils soient bien réellement de vos amis. Aussi, soyez tranquille, master Grolow, je les traiterai comme de vieilles connaissances; mais ne restons pas sur le quai plus longtemps; je passe le premier pour vous montrer le chemin.

Ils montèrent à bord.

Le capitaine conduisit ses hôtes dans une cabine placée sous la dunette, grande, aérée, bien meublée* et qui était la sienne.

Par ses ordres, le steward du navire avait littéralement encombré de rafraîchissements de toutes sortes une table placée» ou plutôt suspendue, au milieu de la cabine.

Les Américains» comme leurs ancêtres les Anglais» sont de rudes buveurs. La quantité de boissons qu'ils absorbent, sans en être, ou du moins sans en paraître incommodés, est énorme et dépasse toute vraisemblance.

Valentin et Curumilla, naturellement très-sobres,

mouillèrent à peine leurs lèvres dans les verres de -wiskey et de brandy, que le capitaine leur avait remplis jusqu'aux bords.

Quant à master Grolow, il tint vaillamment tête à son -compatriote, et, lorsque le moment de la séparation fut ■arrivé, ils avaient à eux deux, tout en causant, trèsprestement vidé une bouteille de wiskey, d'une capacité de près de trois litres, sans que cette énorme libation parût exercer la moindre influence sur eux.

Master G-rolow prit affectueusement congé des voyageurs, les recommanda une dernière fois au capitaine, <et, après ,de nombreux serrements de main de rigueur, il descendit à terre au moment où le pilote, placé à la Ibarre, criait d'une voix de stentor :

— Largue les amarres!,..

Le Missouri fit majestueusement son abatée, mit le *cap au large et descendit rapidement TArkansas, laissant derrière lui Litle-Rock, dont les hauts-fourneaux me tardèrent pas à disparaître dans le lointain.

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