‹ Volcans et Tremblements de TereChapitre 16 sur 80 · CURIOSITES NATURELLES · texte numérisé non relu

CURIOSITES NATURELLES

L’Islande, qu’on a pu très-justement nommer « la reine des îles volcaniques, » renferme un nombre infini de curiosités naturelles produites par la double action de ses volcans et des immenses glaciers qui en couronnent la cime.

En certaines régions, le paysage présente l’aspect le

* Tyndull, la Chaleur.

plus étrange et le plus merveilleux. Les brouillards, si fréquents dans ces parages, ont souvent une teinte roussâtre, et M. E. Robert, dans sa pittoresque relation, dit qu’on peut alors les prendre pour une pluie de cendres volcaniques. L’action violente des vents produit, aussi de remarquables effets.

« Pendant la sécheresse, des trombes magnifiques et d’immenses nuages de poussière rougeâtre sont tenus en suspension à une grande hauteur dans l’atmosphère. Ils y demeurent quelquefois longtemps après que le calme est revenu sur la terre, et sont transportés à de grandes distances en mer. Ces nuages ternissent en passant la partie inférieure de la neige qui revêt les montagnes, et, dans ces moments-là, on pourrait se croire au milieu d’une éruption volcanique. Ce phénomène, remarquable et rare, s’appelle mistur en Islande 1 . »

Si l’atmosphère offre ainsi de singuliers rapports avec les phénomènes volcaniques, le sol entier de l’île garde les plus frappantes traces de l’action des feux souterrains. Les montagnes d’Ésia, situées près de Reykiavick, capitale de l’Islande, paraissent de loin couvertes d’une végétation florissante. Leurs flancs escarpés, trèsarides, doivent cette apparence à la belle teinte verte des roches qui composent la majeure partie de la chaîne, dont les couches supérieures présentent une grande variété de couleurs. La montagne d’HusaelI, dans la vallée de Reikolt, près de Thingvellir, a des cimes violettes. Sur la côte, au pied des montagnes

4 Voyage de la Recherche.

L’ISLANDE

neigeuses , s’étendent des plages noires ou rouges comme du sang, suivant la nature des sables. Les eaux des fiords bordés de hautes falaises basaltiques, ont aussi quelquefois une teinte rougeâtre provenant de la décomposition des roches, ou de la teinte des coulées sous-marines transmises à travers le prisme des eaux.lj

Fig. 19. — Marthe à travers les laves.

Des glaces flottantes, transportées par les courants polaires, viennent souvent s’échouer dans ses fiords, et y répandent la fraîcheur de leurs belles teintes bleues, rehaussées par le vert éclatant de la mer qui les baigne.

Les glaciers, comme d’immenses diamants enchâssés dans la lave, éclairent les profondes vallées qui entou-

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rcnt les volcans, dont les flancs noirs montrent des lignes brillantes et sinueuses tracées par l’écume des torrents. C’est près d’un de ces torrents, le Silfurdœkir (ruisseau d’argent), que se trouve le plus grand gisement de spath d’Islande. Cette belle masse cristalline, transparente et pure, blanche comme la nacre, y forme un épais filon au milieu duquel le torrent a creusé sou lit.

Pendant les jours d’été, la pureté de l’air, la limpidité de la lumière ajoutent à l’étrange beauté de ces contrastes de formes et de couleurs, qui produisent alors de magnifiques tableaux et transforment l’Islande en une contrée féerique. Mais dans les jours sombres, si nombreux, tout autre est l’aspect de cette « pauvre et poétique terre, assise entre les glaces du pôle et le feu de l’abîme. »

Lord Dufferin décrit ainsi un de ces mornes paysages. « Une lourde et basse couche de nuages gris de fer recouvrait presque entièrement la voûte céleste, laissant toutefois à l’extrémité de l’horizon une large bande d’opale qui permettait à l’œil de plonger dans l’espace. A l’opposé s’élevaient les flancs contournés des montagnes de lave, dont les pics glacés, heurtant ce ciel de fer, se perdaient dans une obscurité profonde qui revêtait des teintes encore plus lugubres là où les rouges escarpements des rochers contrastaient avec les ombres étendues sur toute cette scène désolée. Si dans le domaine de la nature il existe une seconde région semblable, ce ne peut être que dans ces effrayantes solitudes que la science nous laisse entrevoir au milieu des montagnes de la lune. »

L’ISLANDE

FORMATION DE L’iSLANOE PAR LES ÉRUPTIONS VOLCANIQUES

M. Poulctt Scrope pense que l’Islande a été formée par les éruptions d’un même volcan. Un savant observateur, von Troil, qui visita l’île en 1785, attribuait

Fig. 20. — Ituines de Dverghamrar.

aussi sa formation à des éruptions volcaniques successives, dont les produits s’étaient lentement accumulés. M. E. Robert croit qu’il y eut d’abord, comme base, un. archipel dérochés primordiales, mais que le relief géologique actuel est dû, en effet, à un très-grand nombre

d’éruptions. Il croit, en outre, que ces éruptions, pendant lesquelles ont été vomies des masses énormes de matière ignée, ont pu creuser un grand vide au-dessous de la partie centrale de l’Islande, qui se serait affaissée dans une catastrophe semblable à celles observées dans les Andes cl .à l’ile de Java, où, comme nous le verrons plus loin, de gigantesques dômes volcaniques ont soudainement disparu dans les entrailles de la terre.

En admettant un tel affaissement, on explique l’inclinaison rayonnante des vieux terrains de l’Islande autour des centres d’éruption, inclinaison qui est la première cause du singulier aspect qu’offrent généralement les côtes. Toutes les montagnes qui appartiennent à l’ancien système de l’île sont aussi inclinées vers les grands volcans.

Une partie considérable des terrains volcaniques de l’Islande consiste en couches de basalte, qui ont formé des colonnades dont un certain nombre présentent un aspect monumental. On cite principalement les ruines de Dverghamrar, où, des deux côtés d’un grand cirque, se dressent des fdes de colonnes verticales recouvertes par d’autres colonnes plus petites et diversement contournées.

Les Islandais mettent à profit, les enceintes naturelles créées par les laves pour y enfermer leurs troupeaux. Dans certaines régions, des quantités prodigieuses de petits cratères, qui ont de 20 à 50 pieds de hauteur, et qui sont probablement le résultat du contact de la lave avec les eaux, servent aussi de bergeries au moyen d’ouvertures situées à la base, le sommet étant d’ailleurs à peine crevé. Près de Raudholar, quelques-uns

LIMANDE

de ces cratères, entièrement ouverts, renferment des jardins, abrités de tous les vents.

Fig. 41. — Cratères servant de bergeries.

Des cavernes ont été quelquefois formées par la lave, qui, préservée par la croûte solide déjà existante à l’ex-

*Fig. Ü. — Caverne de Snrtschellir.

térieur de la couche, circulait dans une sorte de canal intérieur, en conservant une fluidité qui lui permettait de s’épancher au loin. L’immense caverne de Surtschel-

lir, provenant d’un semblable écroulement, est une des plus remarquables de ces grandes veines volcaniques. « Ses parois sont tapissées de stalactites de lave. Vers le milieu du canal, sous une espèce de dôme, on est arrêté par une masse éblouissante; c’est de la neige qui s’est accumulée là, après avoir pénétré dans cette enceinte, éclairée par un jour mystérieux, au moyen d’une petite ouverture que le temps a pratiquée dans le toit de la voûte. Au moment où nous visitions cette vaste glacière naturelle, un rayon de soleil venant à pénétrer obliquement par ce passage, fit pâlir les flambeaux dont nous étions tous pourvus, et rendit cet intérieur encore plus ténébreux. Tout à fait à l’extrémité accessible du canal, qui va un peu en plongeant, on pénètre dans une galerie d’une magnificence féerique, tapissée partout du cristal le plus pur où la lumière de nos torches se reflétait de mille manières. Le plafond était couvert de paillettes brillantes ; et à droite, sur le côté, on remarquait des jeux d’orgue ou de très-belles stalactites et stalagmites de glace 1 . »

Des montagnes coniques, composées d’un grand nombre de couches de diverses natures, ont pris parfois une forme exactement pyramidale, résultant d’une lente dégradation des terrains volcaniques. La montagne Tungu-Kollur, où la neige s’est arrêtée sur les assises des couches disposées en gradins, ressemble ainsi, mais dans des proportions gigantesques , aux pyramides d’Égypte.

Les profondes dégradations que subit depuis des

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milliers d’années le sol fragile de l’Islande, la décomposition par les agents atmosphériques des cendres et des scories, tendent «à niveler les aspérités des roches volcaniques et à reconstituer les terres fertiles, les pâturages anéantis par une longue série d’éruptions. Les

Fig. 23. — Arche naturelle en Islande.

éboulemcnts des hautes falaises qui bordent les golfes accumulent aussi des débris, que le temps nivelle et transforme en dunes de sable. Ces dunes ne cessent pas de s’étendre, l’action de la mer devenant toujours moindre, probablement par suite d’un exhaussement lent des côtes, phénomène observé déjà en Scandinavie, au Spitzberg, dans la Laponie et au Kamtchatka.

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