‹ Volcans et Tremblements de TereChapitre 43 sur 80 · LE MAUNA-ROA · texte numérisé non relu

LE MAUNA-ROA

Le foyer d’activité le plus puissant de l’Océanie se trouve à l’extrémité septentrionale de l’archipel, dans les îles Sandwich, qui sont entièrement volcaniques. Ilawaï, à peine plus grande que la Corse, sert de base à un volcan de 4,500 mètres, qui dépasse par conséquent de 500 mètres le pic de Ténériffc. C’est le Mauna-Roa,

108 VOLCANS ET THEMBLEMENTS DE TEKlîE.

encore enflammé au milieu de quelques cônes éteints.

Les cratères du sommet de ce volcan, dont le plus grand 4 près de 4,000 mètres de diamètre, présentent habituellement un sol ferme, composé de laves refroidies et de scories, au milieu duquel plusieurs orifices émettent de la fumée. On ne remarque aucun cône de cendre ; c’est la lave qui jaillit aussitôt dans les éruptions. En 1853 et 1843 elles durèrent plusieurs semaines, et déversèrent des coulées larges de cinq à sept milles. Celle de 1855 commença par un jet brillant, divisé en des milliers de gouttes, qui s’éleva à environ 150 mèlres au-dessus du sommet du dôme. Immédiatement après, une émission de laves se fit par une ouverture plus basse de 600 mètres, sur le flanc de la montagne. Cette coulée était énorme; elle s'étendit avec rapidité dans la vallée qui sépare lé Mauna-Roa du vol J can voisin de Mauna-Kea, atteignant une largeur de 5 kilomètres qui doubla bientôt. La marche de ce courant de feu ne s’arrêta qu’au bout de dix mois, après un trajet de 112 kilomètres, pendant lequel il avait emporté des forêts entières.

LeRév. M. Coan, qui visita alors la montagne, raconte qu’il traversa plusieurs fois la surface durcie de la lave, sous laquelle elle coulait à l’état liquide comme l’eau d’une rivière gelée. « La croûte superficielle, dit-il dans sa relation 1 , se fendait avec bruit, en émettant des vapeurs minérales en mille endroits. Sur le bord étaient des arbres écrasés, à demi brûlés et tombant en cendres sur la lave durcie... Nous passâmes plusieurs crevasses,

. 1 Journal de la Société géologique de l/mdres, 1850 .

f.mlêre du Mauna-Roa dans l’ile

à travers lesquelles nous regardions le fleuve igné qui se précipitait dans ses canaux pétrifiés avec une rapidité de plusieurs kilomètres à l’heure. Cette lave était incandescente et avait une épaisseur de 25 à 100 pieds; les ouvertures ou crevasses de la surface mesuraient de 1 à 40 brasses de large. Nous jetâmes dans ces crevasses de grosses pierres, qui, dès qu’elles touchaient la surface du torrent, se dissipaient soudainement en flammes. Nous pouvions voir aussi des cataractes ignées souterraines roulant dans des précipices de 10 à 20 mètres. »

Les laves sont d’une fluidité extraordinaire, et le professeur Dana a remarqué à ce sujet des faits curieux. Quand elles passent au milieu des forêts, de nombreuses branches d’arbres en retiennent des parcelles, de sorte qu’on y voit pendre, de distance en distance, des stalactites semblables à des glaçons formés par la gelée. De plus, ces branches enveloppées par la matière en fusion demeurent intactes ; c’est à peine si l’écorce est quelquefois carbonisée. On suppose qu’elles étaient mouillées au moment où la lave les a atteintes, et que la vapeur subitement dégagée autour d’elles les a préservées.

Un autre effet de cette fluidité, c’est la production, par la lave projetée en l’air, de milliers de fils de verre très-fins que le vent disperse dans toute l’étendue de l’île. L’imagination des indigènes les transforme en cheveux de la déesse Pellé, protectrice de la contrée. Suivant une légende, Pellé habitait d’abord Pile Mani, où un volcan, maintenant éteint, l’Halea-Kava, répandait probablement aussi du verre capillaire.

M. Dana a décrit plusieurs amas de lave de formes singulières, qu’il a rencontrés sur les pentes du volcan. C’étaient, en apparence, des fontaines pétrifiées, des colonnes ou des bouteilles droites. Quelques-unes avaient au moins 100 pieds de hauteur; l’ouverture qu’on voyait au sommet résultait de l’explosion des gaz qui avaient lancé les jets liquides, successivement coagulés.

Le phénomène le plus remarquable que présente le Mauna-Roa est le cratère de Kilauea, vaste lac de lave situé sur son versant oriental, à 1 ,200 mètres du niveau de la mer. « Son plus grand diamètre, dit Ilumboldt, a 5,000 mètres, et le plus petit 2,500. A l'état ordinaire, la lave proprement dite ne remplit pas toute cette cavité, mais seulement un espace qui a en longueur 4,000 et en largeur 1,600 mètres. Le spectacle que l’on découvre au bord de ce cratère laisse une impression solennelle de calme et de repos. L’approche d’une éruption ne s’annonce pas par des tremblements de terre ou par des bruits souterrains, mais par l’élévation et l’affaissement soudains de la lave dans le grand bassin. Jamais ce bassin n’a débordé ; la lave descend à travers des canaux souterrains et par des ouvertures qui se forment plus bas, à la distance de 4 ou 5 milles géographiques; alors le niveau s’abaisse dans le Kilauea à la suite de ces éruptions déterminées par une pression énorme. »

Page 1