ÉRUPTIONS PRIMITIVES — PHÉNOMÈNE DE CONTACT
Les volcans ne sont pas seulement des agents de destruction : ils produisent aussi de nouvelles combinaisons de substances renfermées dans le cercle de leur activité, et, comme nous venons de le voir, leur donnent de nouvelles formes. Si, guidé par la science, on retourne vers les premiers âges de notre planète, et si l’on cherche à se représenter l’aspect de sa surface dans les nombreuses régions où s’élevaient des chaînes volcaniques , on comprend facilement l’influence de ces chaînes sur la constitution actuelle d’une grande partie
de la croûte terrestre. De terribles éruptions, presque incessantes, ne couvraient pas seulement le sol de cendres, de scories, de fragments de roche, de débris arrachés aux flancs des montagnqs ; elles modifiaient aussi soit dans l’intérieur même des volcans, soit au passage des coulées de lave, les roches déjà existantes, transformaient les terrains déposés par les eaux, et contribuaient à la formation des richesses minérales qui s’entassaient dans les crevasses produites par l’action des forces souterraines.
Les filons métalliques se montrent surtout près des roches d’éruption, et principalement du granit ou autres roches platoniques , qui, différentes des roches volcaniques, ont surgi à l’état pâteux par d’immenses crevasses, comparées par Humboldt à des vallées ou à des gorges d’une grande étendue. Ainsi, C. Darwin a observé dans les Cordillères du Chili des substances granitiques en contact avec des couches sédimentaires 1 qui sont traversées par des veines trcs-nombreuses de fer, de cuivre, d’argent et d’or. — Remarquons en passant que le granit, une des roches les plus généralement répandues, est toujours caractérisé par des divisions prismatiques, et offre aussi parfois des divisions concentriques semblables à celles de certaines basaltes.
Nous rappellerons qu’on entend par sublimation l’opération de chimie par laquelle on recueille les parties volatiles d’un corps, élevées par la chaleur du feu. Des veines métalliques ont probablement été remplies par
* Les terrains de sédiment ont été déposés par les eaux en couches horizontales, inclinées ensuite, soulevées par les roches d’éruption et les tremblements de terre.
le procédé qui opérait le transport, dans les fissures des divers terrains, de substances minérales soumises plus bas à une chaleur intense. Buckland rapporte à ce sujet le résultat des expériences à l’aide desquelles on est parvenu à produire un minerai de plomb, par sublimation, dans un tube de terre dont la partie moyenne était portée à une haute température.
Des filons métallifères pourraient aussi avoir été lentement formés par une sorte d’infiltration ayant pour cause des actions électro-chimiques continuées pendant un laps de temps très-étendu. Quoi qu’il en soit, il est certain que d’immenses richesses minérales sont déposées dans les terrains qui se sont trouvés en contact avec les roches d’éruption. Et pour prendre encore un exemple dans les régions qui nous avoisinent, nous mentionnerons les mines de fer de la partie orientale des Pyrénées, lesquelles se rencontrent dans des calcaires en contact avec le granit.
Les hauts fourneaux dans lesquels agissent des forces semblables à celles qui déterminent les combinaisons chimiques au sein de la terre, offrent d’ailleurs dans leurs scories des minéraux formés artificiellement, identiques aux minéraux simples les plus importants dont les roches dcruplion se composent. Un éminent chimiste, M. Mitscherlich, s’est proposé la reproduction artificielle des minéraux par des moyens analogues, et a obtenu, parmi diverses espèces minéralogiques, le grenat et le rubis. On a depuis réussi à reproduire de toutes pièces le corindon, le saphir et un certain nombre d’autres beaux cristaux semblables à ceux qui se sont développés sur les surfaces de contact de roches ignées
et de couches scdimentaires. Ainsi on reconnaît l’action des forces plutoniques dans les districts de diamants du Brésil et du versant européen de l’Oural. L’émeraude, le rubis, le saphir, la topaze, le grenat, l’-opale, se rencontrent aussi près des anciennes coulées de lave, et quelquefois dans le lit des ruisseaux qui parcourent les contrées volcaniques. Ces pierres fines ne se trouvent pas seulement dans les contrées lointaines : le lit d’un ruisseau qui coule près du Puy-en-Velay, au bas de l’ancien volcan de Croustet, offre, en France, une assez grande quantité de rubis et de saphirs.
Dans certaines régions où le sol est parsemé de grains brillants détachés de roches cristallisées, un fait curieux a été observé : les fourmilières sont remplies de ces grains, et nous citerons à ce sujet le passage suivant de la relation d’un savant explorateur, M. Jules Marcou : « Il existe sur les hauts plateaux des montagnes Rocheuses une espèce de fourmis qui, au lieu de se servir de bois et de débris de végétaux pour élever son édifice, n’emploie que de petites pierres de la grosseur d’un grain de maïs. Son instinct la porte à choisir les fragments les plus brillants : aussi la fourmilière est souvent remplie de grenats transparents magnifiques et de grains de quartz très-limpides. »