ANCIENNES ÉRUPTIONS — LE VAL DEL BOVE
On lit dans VÉnéide : «... Cependant le vent nous quitte avec le soleil. Fatigués, nous touchons aux rives des Cyclopes. Près du port, inacessible aux vents, l’Etna tonne dans ses effroyables éruptions. Tantôt lançant aux nues un noir nuage mêlé de fumée, il roule des globes enflammés : tantôt vomissant des rocs de ses entrailles ardentes, il mugit, rassemble dans les airs les pierres calcinées, et bouillonne au fond de scs abîmes.
« Encelade, le corps à demi brûlé de la foudre^ est enseveli sous celte masse. À travers les soupiraux du grand Etna qui le presse, il exhale la flamme, et chaque fois qu’il retourne scs flancs fatigués, toute la Trinacrie tremble, le ciel se couvre de fumée.
« Effrayés de ce prodige, nous passons la nuit sous le toit des forêts, sans voir la cause de ce fracas horrible ; les astres étaient sans clarté, le pôle ne brillait pas des
célestes splendeurs, et les nuages d’un ciel obscur enveloppaient la lune de ténèbres. »
Cette description de Virgile est un des récits qui prouvent l’activité de l’Etna pendant les siècles qui ont précédé l’èrc chrétienne. A partir de cette époque, le volcan a traversé une longue phase de repos, mais depuis huit siècles, de violentes éruptions se sont succédé à de courts intervalles, et leur fréquent retour a multiplié les dislocations du sol à tel point que l’on compte aujourd’hui sur les lianes de la montagne plus de deux cents couches secondaires. Le cône principal élève à 3,300 mètres au-dessus de la mer sa cime fumante et couverte de neige. Parmi les ravins qui en sillonnent les pentes, on remarque une profonde vallée, le célèbre val del Bove, ouverte dans son flanc oriental, et qui descend jusqu’à la mer. « Le val del Bove, dit M. Poulett Scrope 1 , m’a toujours paru provenir d’une grande fissure, transformée en cratère par quelque paroxysme qui a fait sauter jusqu’au cœur de la montagne, et élargie par l’action de débâcles aqueuses, provenant de la fonte soudaine des neiges sur les hauteurs, sous l’influence de la chaleur émanant des laves expulsées et des averses de scories rougies retombant à la surface. On rapporte, en effet, qu’un pareil torrent roula dans celte vallée au mois de mars 1755, le volcan étant alors tout couvert de neige. D’après Ricupero, il avait une vitesse de 2 kilomètres à la minute sur un espace de 20 kilomètres, vitesse qui devait lui donner une force énorme de destruction et d’entraîne-
* Les Volcans.
L’ETM.
ment. Aussi, son lit, de 5 kilomètres de large, est-il encore très-visiblement ouvert, à une profondeur de 10 à 12 mètres, de sables et de fragments de rochers. De semblables débâcles ont auparavant, pendant plusieurs siècles, dû suivre le même cours, et former la vaste accumulation de débris qui se trouve à l’entrée de la vallée, du côté de la mer, près de Giarri. Ce banc d’alluvion a plus de 50 mètres de profondeur, mesure 46 kilomètres sur 5, et semble une plage soulevée à 140 mètres au-dessus de la mer. »
Pendant la grande éruption du 21 août 1852, décrite par sir Charles Lyell, un grand nombre d’ouvertures se déclarèrent depuis le sommet jusqu'à la base du grand précipice qui forme l’entrée du val. Du cône formé par l’ouverture la plus basse partit une large nappe de lave, qui, se précipitant en cascade dans un profond précipice, faisait entendre dans sa chute un bruit de « substances métalliques et de verres qui se brisent. » Cette éruption dura neuf mois, et la profondeur des laves accumulées atteignit en certains points 50 mètres.
Les récents travaux des géologues ont fait connaître la prodigieuse quantité de matières ajoutée, depuis huit siècles, à la masse de l’Etna, et l’on comprend devant de telles accumulations que la montagne tout entière puisse avoir été formée par la série des éruptions qui se sont succédé durant des périodes indéfinies. Cette explication d’ailleurs n’exclut pas l’accroissement de la masse par des gonflements intérieurs, dus au soulèvement des couches ou à l’injection de la lave dans les fissures du volcan.