VOLCANS DE L'ATLANTIQUE
PIC DC TëNëRIFFB — ÉRUPTIONS DE 1704 ET DE 1798
Le grand cratère du volcan de Ténériffe forme un vaste cirque ovale, au centre duquel s'élèvent le Pic et deux autres cônes nommés Chahorra et Montana Blanca. Sur le sommet du Pic, couvert de neige la plus grande partie de l'année, s'ouvre le cratère encore fumant nommé la Caldera (chaudière)^ dont les bords sont formés de roches abruptes sur lesquelles on Irouve, en descendant vers Torifice, de beaux cristaux de soufre en aiguilles. C'est en 1704 qu'eurent lieu la dernière éruption mémorable de ce volcan et la destruction de la petite ville de Guarrachico, déjà dévastée, en 1645, par une terrible inondation due à des pluies torrentielles.
« Guarrachico était une ville agréable, entourée de champs fertiles et de riches vignobles : elle avait, en outre, un port très-bon et des plus commodes. Dans la nuit du 5 mai 1704, on entendit sous terre un bruit semblable à celui de l'orage, et la mer se retira. Quand le jour vint éclairer le phénomène qui épouvantait les malheureux habitants, on aperçut le Pic couvert d'une vapeur rouge effroyable. L'air était embrasé, une odeur de soufre suffoquait les animaux épouvantés, qui poussaient des gémissements lamentables ou des bêlements plaintifs. Les eaux étaient couvertes d'une vapeur semblable à celle qu'exhalent des chaudières bouillantes : tout à coup la terre s'ébranle et s'entr' ouvre \ des» Vûvt<sc&s»
de lave échappés du cratère de Teyde * se précipitent dans les plaines du Nord-Ouest. La ville, moitié engloutie dans les fentes du sol, moitié recouverte par les laves vomies, disparaît en entier. La mer, rentrant bientôt dans son lit, inonde les débris du port qui s'est affaissé ; des vaguas et des monceaux de cendres oecupent. la place du Guarrachico, et Ton retrouve aujourd'hui les restes des maisons parmi des fragments de lave.
c( Les habitants tâchèrent de se sauver par une prompte fuite, mais la plupart firent des tentatives inutiles : les uns furent engloutis dans dés fentes qui, en se comblant, les enterraient tout vivants ; d'autres, étouffés par les vapeurs sulfureuses, tombaient asphyxiés au milieu de leur course chancelante. Une grande partie de ces infortunés avaient cependant échappé à tant de périls, et, se voyant loin de leurs toits embrasés, se berçaient de l'espoir d'échapper à la mort, quand ils furent presque tous écrasés par une grêle de pierres énormes, dernier effet delà fureur du Pic, qui, après avoir lancé ces innombrables rochers, s'apaisa en grondant '. »
Après ce bouleversement, les Canaries, pendant plus d'un siècle, n'éprouvèrent aucun nouveau désastre produit par les feux souterrains. Mais, dans la nuit du 8 au 9 juin 1798, un bruit épouvantable se fit entendre à Ténériffe, suivi de fortes secousses qui précédèrent une violente secousse du Chahorra.
On voit à Ténériffe, comme aux îles Lipari, en Islande, dans les Andes et autres centres d'éruption, des ruisseaux
' Nom donné au pic par les habitants des Canaries * Les Iles Fortunées, par Bory de Saint-Vinc
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de lave ayant l'apparence du verre. Ces coulées vitreuses sont souvent composées d'ob^tdi^ran^, roche volcanique dont les couleurs varient depuis le noir et le vert jusqu'au rouge et au jaune. On travaille l'obsidienne pour en faire des miroirs, des objets d'ornement. Les Grecs la taillaient en pointes de flèches. Les Mexicains l'employaient au même usage et en faisaient des armes tranchantes. Les premiers habitants des Canaries, les Guanches, fabriquaient aussi des instruments avec les pierres volcaniques, et en armaient l'extrémité de leurs piques, de leurs massues et de leurs javelots.
LES HESPERIOES
Les Canaries étaient connues des anciens sous le nom d'iles Fortunées, qui leur fut sans doute donné par les premiers navigateurs pour la beauté de leur climat et la fécondité de leur sol. Après ces îles, « on ne voyait plus que le lieu où finit le jour et où la voûte du ciel s'appuie sur le globe. » Les poètes y plaçaient le séjour des âmes bienheureuses, et dans VOdyssée le dieu marin Prêtée dit à Ménélas : « Les immortels t'enverront dans des champs Élyséens, à l'extrémité. du monde, où le sage Rhadamanthe donne des lois, où les hommes passent une vie douce et tranquille ; où l'on ne trouve ni les neiges, ni les frimas de l'hiver, mais où l'air est toujours rafraîchi par les douces haleines des zéphyrs que l'Océan y envoie. » Suivant Hésiode, Jupiter place l'âme des héros a aux confins de laletre,^«x Ôl'^^\^-
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céan aux gouffres profonds, dans les lies Fortunées, où trois fois par an le sol fécond leur prodigue des fruits brillants et doux comme le miel. »
Les anciens poëmes nous dépeignent aussi « Ténormë Atlas au milieu de TOcéan, devant les Hespérides, soutenant le vaste ciel. Sa cime neigeuse couronnée de pins, battue par les vents, est sans cesse environnée de nuages obscurs et brille la nuit des feux qui s'en échappent. »
A Ténériffe commeà Madère, comme sur les pentes du Vésuve et de TEtna, la vigne croît à côté des palmiers et donne d'excellents produits. Dans leur Histoire naturelle des îles Canaries, MM. Barker Webb et Berthelot décrivent ainsi le paysage qui s'offre au voyageur dans une des parties de l'île toute plantée de vignes de Malvoisie : « . . . Maintenant les obstacles se multiplient : nous marchons sur une ancienne contrée ; le sol est raboteux, rempli de creux et d'aspérités ; mais les plantes croissent avec vigueur dans ces champs où jadis l'éruption promena l'incendie ; les fruits plus savoureux y sont toujours printaniers. Nous voici sur la grotte dlcod, ténébreuse caverne qui mine tout le vallon. Cependant les berges s'élargissent, la mer étend au loin son horizon ; nous traversons le pont de bois qu^on a jeté sur le ravin, et bientôt, en tournant le contre-fort de laVega, Guarrachico va nous montrer ses plages brûlées. Le flot se brise contre les falaises du Guincho, un torrent se précipite du haut des rochers et rejaillit en bruyante cascade à quelques pas du rivage, près d'un groupe de bananiers. Rien n*a pu arrêter l'audacieux vigneron ; les cultures garnissent tout le massif qui
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borde la côte, et les pampres verts couvrent la montagne depuis la base jusqu'au sommet. »