CHAINES DE VOLCANS
Le voyageur qui suit la côte occidentale d'Amérique, depuis le cap Horn jusqu'au détroit de Behring, voit très- fréquemment des cimes volcaniques se dresser au milieu des majestueuses montagnes qui dominent d'une part l'océan Pacifique, et de Pautre les bassins des grands fleuves. On n'y compte pas moins de cent quinze bouc hes par lesquelles le foyer intérieur du globe communique avec l'atmosphère. Toute l'énergie des forces souterraines semble s'être concentrée dans le nouveau continent sur cette ligne unique, car il n'en porte ailleurs aucune trace.
Ces forces surpassent, en outre, de be^w^^^w^ <^j^^
11 i YOLCANS ET TREMBLEMENTS DE TERRE.
dont nous avons précédemment décrit les effets. Les géants des Andes ont plus du double de la hauteur de l'Etna. Le plus souvent ils ne vomissent que des scories, de la cendre et de la fumée, mais quelquefois la lave coule de leurs cratères, ainsi qu'on l'a constaté surTAntisana, volcan dont le sommet s'élève à 5,853 mètres au-dessus de la surface des mers. En faisant le calcul de la pression nécessaire pour soutenir une colonne de lave de cette hauteur, on trouve i ,500 atmosphères, tandis que 500 suffisent pour faire arriver la lave à la bouche de l'Etna. On se fera une idée de la grandeur de telles puissances en se rappelant qu'une atmosphère équilibre une colonne de 10 mètres d'eau, et que nos machines à vapeur les plus énergiques ne fonctionnent qu'à 10 atmosphères environ.
Léopold de Buch, qui a donné une si grande impulsion à la géologie, et particulièrement à l'étude des volcans, a établi une division importante. Il a distingué, en premier lieu, la classe des volcans centraux, qui forment des groupes au milieu desquels s'élève un foyer principal. Tels sont les volcans décrits dans les chapitres précédents. La seconde classe est constituée par les chaînes volcaniques ou volcans en lignes, qui sont disposés à la suite les uns des autres, comme s'ils étaient les soupiraux d'une même galerie souterraine. Nous les trouverons surtout dans les Andes et dans l'océan Pacifique. Au milieu des montagnes de l'Amérique occidentale, des rangées rectilignes, qui comprennent jusqu'à vingt volcans, s'étendent, en divers points, sur un espace d'environ 130 milles géographiques {distance du Vésuve à Prague) , et cette chaîne est tantôt
parallèle à Taxe général des Andes et tantôt transversale.
Si Ton excepte les intéressantes observations de Bouguer et de la Condamine, on peut dire que ce champ de recherches si important n'a été exploré qu'à partir de la fin du dernier siècle, époque des voyages et des découvertes d'Humboldt et de Bonpland, qui vont maintenant nous servir de guides.
Les volcans de la Colombie sont les plus renommés parmi ceux du nouveau monde, et cette célébrité vient de ce que le souvenir des travaux scientifiques de Bouguer et de la Condamine y est attaché.
On compte dans la région d^ Quito dix-huit volcans dont six sont encore enflammés. Le tableau que présentent leurs cimes élevées et distribuées d'une manière pittoresque, prend surtout. un caractère grandiose lorsqu'on y joint ridée de la liaison de toutes les parties de la diaine par des communications souterraines. Un foyer général parait s'étendre sous le plateau entier, et on a observé que le centre d'activité se propage peu à peu depuis des siècles dans la direction du sud au nord.