‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 39 sur 57 · VOSTITZA · texte numérisé non relu

VOSTITZA

L'ébranlement du sol, même en Tabsence des bruits souterrains, produit, quand on le ressent pour la première fois, un effet tout particulier qui a été très-bien dépeint par Humboldt. a Cet effet, dit-il, ne provient pas de ce que les images des catastrophes dont l'histoire a conservé souvenir s'offrent alors en foule à notre imagination. Ce qui nous saisit, c'est que nous perdons tout à coup notre confiance innée dans la stabilité du sol. Dès notre enfance, nous étions habitués au contraste de la mobilité de l'eau avec l'immobilité

de la terre. Tous les témoignages de nos sens avaient fortifié notre sécurité. Le sol vient-il à trembler, ce moment suffit pour détruire l'expérience de toute la vie. C'est une puissance inconnue qui se révèle tout à coup : le calme de la nature n'était qu'une illusion, et nous nous sentons rejetés violemment dans un chaos de forces destructives. »

Nous avons éprouvé ces impressions pendant un assez violent tremblement de terre dont nous avons été témoins au moi^ de mai 1844. Notre brick était à l'ancre devant Vostitza, au milieu du golfe de Corinthe, et nous étions descendus à terre pour visiter un couvent grec des environs. Les moines nous accueillirent dans une salle d'où la vue s'étendait sur un magnifique paysage* Pendant que nous nous y reposions, de fortes secousses ébranlèrent tout à coup les murailles, et nous vîmes d'énormes rochers rouler sur la pente des montagnes, pendant que l'air se remplissait d'une épaisse poussière. Les moines consternés étaient en prière dans Téglise et faisaient sonner les cloches. Nous fîmes de vains efforts pour les engager à s'éloigner de l'édifice, traversé déjà par de grandes lézardes: Pendant notre retour à la plage, nous entendîmes gronder le tonnerre souterrain. De fortes secousses avaient été ressenties à bord du brick. Le lendemain, nous apprîmes qu'un village, distant de quelques lieues, avait eu la moitié de ses maisons renversées.

Vostitza avait déjà subi un effroyable tremblement de terre le 23 avril 1817. La partie basse du rivage et le cap Aliki plongèrent sous les eaux, devenues tout à coup très-chaudes. En quelques minutes, la ville n'offrit plus

TRENBLEMEISTS DE TERRE. 231

qu'un amas de ruines. La même secousse éclata avec violence à Patras et jusque dans TÉlide.

Vers le commencement du treizième siècle avant noire ère, un tremblement de terre qui frappa la Grèce d'épouvante, engloutit au sein des eaux la ville d*IIélice, située près de la mer, non loin de Vostitza (Fancienne iEgium). Au temps d'Ovide, qui mentionne cette catastrophe, on apercevait encore ses édifices sous les flots. Suivant la légende, les Achéens qui habitaient Hélice manquant de parole à des suppliants qui s'étaient réfugiés dans le temple de Neptune, les égorgèrent, et la colère du dieu ne tarda pas à éclater par le bouleversement qui anéantit la ville. « Pour l'ordinaire, dit à ce sujet Pausanias, les tremblements de terre qui bouleversent de temps en temps certaines contrées, sont annoncés par des pronostics qui les précèdent, comme sont des pluies continuelles ou de longues sécheresses, ou un dérèglement des saisons, ou l'obscurcissement du soleil, ou le dessèchement subit des fontaines, ou des tourbillons de vent qui déracinent les plus gros arbres, ou des feux célestes qui parcourent le vaste espace des aii's, laissant après eux une longue traînée de lumière ; ou de nouveaux autres qui paraissent tout à coup et nous remplissent d'effroi ; ou des vapeurs pestilentielles qui sortent du sein de la terre. Tels sont les signes dont le ciel se sert pour avertir les hommes. »

Près d'Hélice, la ville de Bura, où s'élevait en face de Delphes le temple d'Hercule, desservi par de§ prêtres auxquels on attribuait également le don de prédire l'avenir, fut entièrement détruite par la même commotion. Le ravin dans lequel on trouve se?» t>\vûfôi ^'SiV

remarquable par les formes étranges et pittoresques de grandes roches à pic séparées par de profondes crevasses.

Page 1