‹ Volcans et tremblements de terreChapitre 44 sur 57 · SOURCES THERMALES · texte numérisé non relu

SOURCES THERMALES

Volcanâ de boue. — Salscs de Taman et de Turbaco. — Sources et îles de boue. — Montagnes ardentes. — Sources et puits de feu. — Le Caucase. — Feu de Bakou. — Puits de bitume. — Sources thermales. — Geysers de la iNouvelle-Zélande. — Le Te-Ta-Rata. — Influences des sources thermales.

Un grand nombre de salses paraissent se rattacher aux volcans éteints et en représenter une dernière phase. Les masses énormes de boue produites par leurs éruptions sont, sur certains points, assez considérables pour former des montagnes. Quelquefois des volcans encore actifs donnent naissance à ce phénomène, ainsi qu'on l'a vu en 1797 près de Quito. L'explosion commença par un tremblement de terre qui ébranla le pays sur une étendue de 170 lieues du syd au nord et de 140 de l'ouest à l'est. Au centre de cette zone, quantité de villages furent renversés ou ensevelis sous les boues descendues du sommet des montagae^ Nc\çai\»«f^fc^.^^^^^

i50 VOLCANS ET TREMBLEMENTS DE TERRE.

avons déjà donné la description de cette catastrophe qui ne laissa pas une maison debout dans le vaste espace ébranlé autour de la ville de Riobamba. Des torrents de boue s'échappèrent de la base du volcan de Tunguragua, et formèrent des courants qui, dans les vallées, s'élevèrent jusqu'à 600 pieds de hauteur. La boue déposée par eux, barrant le cours des rivières,' donna naissance à des lacs. Ces torrents boueux proviennent fréquemment de la fonte des glaces et des neiges qui couvrent les cratères, ou encore de la condensation des énormes quantités de vapeur qui se dégagent par la bouche du volcan, et retombent en pluie, mêlées aux cendres qu'elles entraînent.

A l'extrémité nord-ouest de la chaîne du Caucase, la presqu'île de Taman et la partie orientale de la Crimée offrent un assez grand nombre de collines qui ne sont évidemment que d'anciens volcans boueux.

L'une des salses de Taman a fait éruption le 27 février 1 793. A la suite de fortes détonations souterraines, une colonne de feu, à demi voilée dans une épaisse vapeur, s'est élevée à plusieurs centaines de pieds, accompagnée d'une abondante émission de boue et •de gaz.

En Islande, de nombreuses sources de boue s'élan- <;ent du milieu de petits bassins semblables à des cratères. \

Sur le continent américain, un des plus remarquables groupes de salses est situé près du charmant village de Turbaco, à 2 milles et demi de Carthagène, dans la iVouvelle-Greuaàe. La dLe,^cnç\Aaw çjçs. ^ ^^ 4s«\r née par Humboldt, et, ç\\xs tfecewMxv^^^V., ^^^y^.^^x»^^

de Méan. Les volcancitos^ au nombre de dix-huit ou vingt, s'élèvent au milieu d'une plaine déserte, qu'entoure une grande forêt de palmiers, et que dominent, à l'horizon, les hautes cimes neigeuses de Santa Marta. Les éruptions de gaz et de boue sortent, comme à Taman, du sommet de petits cônes tronqués formés de terre glaise, qui ont 6 et 8 mètres de hauteur, et 60 et 80 mètres de diamètre à la base. La partie supérieure de l'entonnoir est remplie d'une boue liquide, constamment agitée par le dégagement de grosses bulles de gaz qui en sortent avec violence. Près des ouvertures, on entend par intervalle des détonations sourdes qui précèdent les éruptions. Les observations faites depuis Ilumboldt prouvent que les émanations gazeuses subissent des changements chimiques, et le même fait a été constaté pour les salses de Taman.

En 1839, une puissante éruption de flammes et un bouleversement du sol accompagnèrent la disparition du cône volcanique placé sur le cap Galera-Zamba, à 8 milles de Carthagène. L'étroite langue de terre qui formait le cap fut ainsi séparée du continent par un canal de 50 pieds de profondeur. Au mois d'octobre i 848, une nouvelle et formidable éruption ignée se produisit à l'endroit même de la rupture ; une île fut soulevée du fond de la mer voisine et disparut peu de temps après. Tout porte à croire que le volcan sous-marin de Galera- Zamba est le principal foyer du phénomène des salses dans la province de Carthagène, où il existe des centaines de cônes vomissant de l'argile salée sur une surface de 400 lieues carrées. Plus de 50 volcatidlos^ ^^\sîçJsar hles à ceux de Turbaco, entourent ma\tv\.««vaxv\.^ ^^vn&m^

rayon de 4 à 5 milles, la presqu'île de Galera-Zamba. A Java et dans plusieurs autres îles de Tarchipel Indien, il existe des salses semblables à celles de Turbaco. Les gigantesques volcans de Java vomissent fréquemment des torrents de boue qui dévastent la contrée et qui paraissent provenir des profondeurs souterraines, ou quelquefois du mélange de prodigieuses quantités de cendre avec le contenu des cratères-lacs, revêtus à Tintérieur d'une couche impénétrable à l'eau, formée par des cendres et des conglomérats. On en trouve aussi qui sont creusés dans le granit, le basalte ou autre roche dure et massive. La formation de ces grands bassins en forme de coupe est attribuée, par M. Poulett-Scrope, aux puissantes explosions des bulles énormes qui se forment à la surface d'un réservoir de lave très-liquide, lorsqu'une masse de vapeur, à un haut degré de tension, s'élève des profondeurs et fait entrer, pour ainsi dire, la lave en ébullition. Dana, à Hawai, et Darwin dans les Galapagos, ont observé des bulles de plusieurs mètres de diamètre, et il n'est pas impossible que ces bulles aient pu quelquefois se réunir en une seule ampoule colossale à la surface de la lave.

Dans une remarquable étude* sur le rôle des éléments liquides dans l'intérieur de la croûte terrestre, un sa-

'- r hydrologie.

vant observateur, M. R. Thomassy, a recueilli nombre de faits qui tendent à démontrer la présence d'une énorme quantité d'eaux pluviales dans les fissures, les crevasses et les cavités produites par les bouleversements souterrains. Ces eaux, échappées soit à l'écoulement superficiel, soit à révaporation, pénètrent et circulent dans les entrailles du globe, qui ne s'entr'ouvrent presque jamais sous l'effort des volcans sans que Teau, soit à rétat liquide, soit à l'état de vapeur, n'en sorte en même temps que le feu.

Nous avons déjà cité l'opinion de M. Daubrée sur la possibilité d'une infiltration capillaire au travers des matières poreuses. Les Études sur le mélamorphisme^ du même savant expérimentateur, contiennent encore le passage suivant : « Dans les exhalaisons volcaniques, il est un corps qui n'a pas tout d'abord fixé l'attention, parce que, sous l'empire des idées anciennes, il semblait tout à fait inerte, surtout en présence des minéraux dont il s'agit d'expliquer la formation. Il n'y existe pas en quantité minime, comme les vapeurs dont nous venons de nous occuper ; c'est, au contraire, le produit à la fois le plus abondant et le plus constant des éruptions dans toutes les régions du globe... Nous ne connaissons des masses situées à une certaine profondeur que ce qu'en apportent les volcans ; or ces déjections renferment toutes, sans exception, de l'eau, soit combinée, soit mélangée ; nous sommes donc en droit de penser que l'eau joue un rôle tout à fait important dans les principaux phénomènes qui émanent des pro- > fondeurs. »

M. Thomassy insiste sur Faction des eaux daa& les

pays calcaires, où elles produisent une multitude d'excavations naturelles très profondes. En Grèce, dans la plaine de Mantinée, qui forme un bassin sans issue, on voit, après de grandes pluies, les torrents s'engouffrer et disparaître à travers les cavernes et dans les fissures des montagnes. Les eaux, ainsi absorbées, doivent sortir quelque part, et parfois y reparaître en sources jaillissantes. Des sources do cette nature, surchargées de sédiments et paraissant provenir des masses d'eau englouties dans les vastes formations calcaires du Missouri, se rencontrent en très-grand nombre aux bouches du Mississipi, où elles produisent le remarquable phénomène des îles de boue. M. Thomassy cite la description d'une de ces îles, donnée par le professeur Forshey :

« Sa longueur est d'environ 600 pieds, et le maximum de sa hauteur actuelle de 7 pieds 4 pouces. Non loin de la pointe orientale est une source salée, qui constitue le principal cratère de cette île et en explique la formation. Quand on s'en approche, on aperçoit un cône de 2 à 3 pieds de haut sur 50 de base, du sommet duquel s'échappe continuellement une boue couleur de plomb, à laquelle se joignent, de temps à autre, des émissions de gaz. La boue coule lentement sur les pentes, se fixe et s'ajoute aux dépôts qui vont toujours s'accroissant. Cet accroissement continue jusqu'à ce que l'élévation ainsi formée atteigne environ 7 pieds audessus des eaux environnantes. La source s'arrête alors, mais pour aller faire irruption sur une place moins élevée, où elle recommence le même genre de travail. La surface de l'île porte les traces de plusieurs Aïonticules semblables.

« Dans un sondage de la source, fait à Taide d'un pont de bois improvisé, le plomb atteignit 25 pieds. Pareils sondages atteignirent ailleurs 25 mètres ; mais l'épaisseur de la boue retint le plomb qui se perdit par la rupture de la ligne, Quant à l'eau, qui est d'un goût très-salé, sans aucun autre mélange, elle dépose son sel par l'évaporation, et l'île entière brille de cristaux ainsi déposés sur son argile. »

La formation des îles de boue (mud-islands) est due, suivant M. Thomassy, à la force de soulèvement exercée par des nappes d'eau souterraines, plus ou moins élevées au-dessus des bouches du fleuve. Les boues sont remarquables par leur adhérence ; et le sol qu'elles déposent, presque toujours ferme et solide, donne aux îles un caractère particulier, qui indique leur vrai rôle géologique. « Sentinelles de la terre ferme, avancées en pleine mer, et groupées tout autour de l'embouchure du fleuve, elles y offrent des points d'arrêt aux alluvions incertaines, et y fixent bien des bois de dérive qui auraient été dispersés à tous les vents du golfe. Or ceux-ci, une fois échoués sur leurs bords, y favorisent aussitôt les atterrissements de toute nature. Les petites îles s'agrandissent ainsi de chaque nouvelle crue ; et comme toutes en font autant, on s'explique la rapidité de développement propre au delta du Mississipi. »

La lutte originaire de l'eau et du feu est un des principes fondamentaux de la géologie, et cette lutte se continue encore. Mais en nous plaçant au point de vue de M. Thomassy, nous voyons que ces deux éléments, en apparence contraires, concourent dans l'œuvre de la création, que leur rôle est égal dans la formatiou da

globe, et qu'au lieu a d'insister sur leur ancien antagonisme, c'est leur accord qu'il faudrait faire res sortir, d

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