‹ Volonté et CauseChapitre 10 sur 155 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

en un rapport d'ordre réel, l'acte aucomptant présente l'opération à titre gratuit où domine un rapport d’ordre personnel ; et l’idée qui la soutient émane d’un pôle opposé. Il ne s’agit plus d’effectuer un échange dont le résultat, analogue à celui du délit, se ramène à une compensation de valeurs. Nous abandonnons les données mathématiques et rigides de l'équilibre pour connaître celles, plus sentimentales et plus souples, de la bienveillance. Ce n'est plus le marchandage qui en est la phase préparatoire, c'est la persuasion. Moins violent que le vol et plus adroit que le troc, le don a pu, aux premières heures de l'organisation d’une

société plus policée, apparaître comme l’idéal dont il convenait

de rapprocher les modes de la circulation des biens. Tout au moins, peut-on aisément le supposer en se plaçant au point de vue de celui qui désire la chose. De la part de celui qui est amené à la livrer sans équivalent, on conçoit plus de résistance. Mais encore, convient-il de remarquer que donateur et donataire ne sont pas, l’un pour l’autre, des étrangers. Ce sont des voisins, des amis, des parents même. Affranchis de la tutelle de la famille, ils n’ont plus à reconnaitre officiellement le lien qui les unit, mais ils continuent d’en sentir le persistant effet. À moins d’avoir une raison précise de se haïr, ils seront naturellement portés à s’aider, et dans un tel ordre social l’existence du don est une banalité!. L'influence religieuse devait faciliter encore cette transition de l'échange à la libéralité, par l'idée de remboursement dans l’autre monde, ou, plus tard, par celle de charité?.

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