CHAPITRE PREMIER
portent. Ceci fait comprendre comment l'obligation primitive a poussé aussi loin la minutie de ses effets à l’égard de la personnet!, Est-il besoin de rappeler l’infamie, les condamnations au double, la vente en esclavage, les chaînes et les prisons privées, la mise à mort, la possibilité très symptomatique de secare in partes? le corps du débiteur tenu envers plusieurs créanciers.
Ce sont là les caractères défectueux, les conséquences encore pénales de l’obligation qui est sortie du délit. Son fond même, ou mieux l'idéal auquel elle tend, est résumé par les deux mots de réparation, puis de simple compensation, dont le premier fut vrai au début de l’évolution, et dont le second le devint à la fin. S'il est du premier au second de ces concepts un perfectionnement, il est encore dans le second une insuffisance. Il continue de nous maintenir en plein matérialisme et il témoigne d’une conception encore toute négative : c’est le dommage que l’on efface, plutôt que l’utilité qu’on réalise. L'obligation n’a fait que se dégager des faits qui la dominent encore, alors qu’elle doit avoir pour mission de les sanctionner. Dans cette première voie, elle s'assure et précise son essence, mais c’est dans une autre voie qu’elle trouvera sa souplesse et son plus grand perfectionnement.
B. — Le Crédit
Des deux germes dont le développement indépendant a fait éclore deux applications éloignées du même principe obligatoire, Pun est un fait — le délit — qui a évolué vers une idée; l'autre est une idée — le crédit — qui, pénétrée par la nécessité de reposer sur un fait, en revient à lui. L'influence du premier s’est manifestée avec certitude et vigueur, à la façon d’une force; nous venons de le voir. Celle de la seconde s’est infiltrée, imprécise et timide, à la façon d’un sentiment; c’est ce que nous
devons montrer maintenant.
(1) Giraro, Manuel, p. 388, n. 1.
Bordes XIIe IIIe, 0: }
I. — Si le produit le plus habituel de Pactivité des jeunes indépendances, libérées du joug de la famille, fut la lutte, il a été parfois aussi la finesse et la diplomatie. Prendre brutalement à autrui la chose qu'il a, c’est courir un risque ; lamener à s’en dessaisir est, dans certains cas au moins, plus adroit et moins dangereux. Et cette conviction, sinon à titre de raisonnement, du moins à titre d'impression, eut bientôt fait de pénétrer les cerveaux primitifs.
L'acte au comptant, facilement concevable, et qu'avait connu le groupement familial fut, nous le savons, une première et imparfaite application de ces idées. L'opération à titre onéreux qu'il réalise n’achemine cependant pas très rapidement à l’obligation. L'échange et le troc ne sont pas la vente!, et la vente elle-même, qui peut être terminée aussitôt que conclue n’engendre pas forcément un lien obligatoire. Sans doute, elle y conduira insensiblement. Il arrivera un jour où Primus ne livrant pas la chose actuellement, on admettra pourtant que Secundus en doit le prix, qu'il est tenu de l’acquitter, parce que Primus est parallèlement tenu de livrer la chose. Un intervalle de temps se glissant entre les deux phases du contrat — sa conclusion et son exécution — l'obligation sera née. Mais ce coefficient de l’intervalle de temps, si essentiel en définitive, n’a de valeur rationnelle que sil est directement voulu, et ici, il n’est tout d’abord que l'effet du hasard, de la force majeure. L’acte demeure une opération au comptant, mais viciée dans ses conditions d’existence parce qu’il s’est trouvé, en fait, que l’une des parties n’a pas actuellement effectué sa prestation. Sa situation équivaut à celle d’un obligé, mais elle ne l’est pas, car elle ne repose pas sur un engagement, mais sur la défaillance d’une exécution. C’est dans ce domaine qu'il faut attendre l’influence du délit pour connaître lobligation.
IT. — Or, à côté de l'opération à titre onéreux, qui se résout
() CF. Bissau, Cours d’hist, générale du droit francais, t. II, p. 1383.