‹ Volonté et CauseChapitre 108 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Il. — A l'égard du géré, elle à uniquement pour contenu le transport chez lui d’une valeur qui lui est utile, mais non le désir de la lui attribuer gratuitement. Bien loin donc, à ce point de vue, de poser un engagement, c'est à dire de lier son auteur, elle attend qu’en définitive ce soit autrui qui soit lié envers lui.

En sorte que, ou bien la volonté du gérant ne recherche que l'intérêt du géré, sans s'occuper de la question d'obligation; et elle n’a que ce premier effet juridique direct, mais qu’on ne pouvait pas trouver dans l’activité de l’enrichisseur, et qu’on pouvait seulement induire de l'erreur du so/vens, de définir l’opération effectuée : celle-ci n'est ni un enrichissement indu ni une donation, mais une gestion d’affaires. La constitution même de lobligation lui échappe. Ou bien, elle envisage l'obligation; mais c’est dans le but d’imposer au maître la compensation des frais exposés. Peut-elle avoir cette valeur ?

Le principe normal est qu'on peut s’obliger soi-même, mais que l’on ne saurait obliger autrui. La promesse pour autrui est l'inverse de l'engagement, et donc de la volonté juridique créatrice. Le gérant ne peut déclarer, par exemple : en ma qualité d’entrepreneur, je consolide la maison de mon voisin absent; j’emploie des matériaux de première qualité ; je fixe le nombre d’heures de travail de mes ouvriers ; et je déclare que le géré est débiteur envers moi de telle somme.

Cette manifestation de volonté dépasse son champ d’action normal, car elle prétend mettre en œuvre non les droits de son auteur, mais bien les droits d’un tièrs. Il apparaît donc que si l'obligation du maitre trouve un appui dans la volonté du gérant, elle n’y rencontre cependant pas son principe. La valeur de cette volonté créancière s'affirme en ce sens, qu'à un point de vue général, une volonté bienfaisante peut avoir des droits plus étendus qu’une volonté intéressée. Le gérant est bien un ami d’affaires,.ce Geschäftsfreund, dont parlent les Allemands, Mais, c’est

(HÉCPPAUL Die DS; 361 000 quasi amici.…, »

là une considération morale qu’il est difficile d'introduire dans le droit.

La gestion d’affaires, considérée sous cet angle, apparaît comme réalisant la situation inverse de celle que présente la donation. Nous trouverons dans cette dernière, de même qu'ici, une intention libérale, maisabsolue, c’est à dire qui veut être débitrice ; et c’est alors elle qui prévaudra sur Pélément objectif, pour fonder l'obligation. Dans la volonté sera inclus l'élément de compensation, trop diffus pour mériter une individualité juridique et être une cause : cette qualité du donataire.qui conduit le donateur à donner. Ici, au contraire, et symétriquement, il ne faut reconnaître qu’une cause, car l'élément de bienfaisance est restreint ; il garde une prétention créancière : la volonté n’a pas de force créatrice propre ; elle se perd dans la cause, et l'acte de gestion ne vaut, au regard du géré, que par sa valeur objective. C’est ainsi, par exemple, que devra être entendue l'obligation qui découle du service rendu par un généalogiste : elle repose sur la gestion même, et non sur la prétention du gérant.

HI. — Mais, à l'inverse, la volonté du gérant ne se met-elle pas, à légard de lui-même, dans les conditions voulues pour être obligatoire? Le gérant peut s’obliger soi-même, car la volonté agit alors dans la limite des droits de son auteur : elle contracte un engagement. C'est ce qui-se produit, comme nous le verrons, dans l'engagement par déclaration unilatérale de volonté.

Or, en fait, cette volonté de représenter autrui, de gérer sa chose, contient-elle un engagement envers lui? Le gérant prétend rendre un service à autrui, mais par une immixtion dans ses affaires. Par conséquent, sa volonté étant saine, elle équivaut. nécessairement à un engagement, c’est à dire à la reconnaissance que son auteur est un certain débiteur. Elle définit le lien de droit ; elle affirme qu’elle n’est pas une offre de contrat où une stipülation pour autrui, mais une opération complète et

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