CHAPITRE IV
deux causes sont reliées par l’équilibre matériel qui s'établit entre elles ; les deux volontés, par l'équilibre psychologique dans lequel elles se fondent. Mais, c’est uniquement l'opération totale — le contrat — qui résulte de ce mélange; et pour chacun des deux liens obligatoires, on retrouve, distincts, les deux éléments qui le créent: une cause qui part du créancier pour se fixer chez le débiteur, et une volonté qui existe chez ce débiteur même. Les deux obligations dépendent l’une de l’autre en fait, puisque chaque volonté ne se déclare débitrice, que parce qu’elle est, en même temps, créancière, et puisque chaque patrimoine ne s'enrichit, que parce qu'il s’'appauvrit parallèlement. Mais en raison, les deux obligations sont indépendantes et ont chacune leur autonomie : le contrat les groupe sans les mélanger. En sorte que la volonté n’est pas plus propre à créer l'obligation, parce qu’elle se manifeste dans un concours de volontés, non plus que la cause, parce que symétriquement une autre cause crée une obligation réciproque. C’est toujours un seul engagement et un seul enrichissement qui créent chez une partie l’état d’obligé. L’autre volonté et l'autre cause sont, de ce point de vue, de simples motifs, très décisifs d’ailleurs, puisque l’engagement d'une partie est conditionné par l'engagement de la partie adverse ; c’est en ce sens seulement que l'obligation contractuelle repose sur un concours de volontés.
I. — Et par cette voie, il est possible de concilier ce que M. Gounot estime inconciliable! : la valeur rationnelle du contrat et sa valeur pratique. Il est faux de croire qu’un organisme peut subsister par sa simple valeur pratique et parce que sa fonction se trouve être en conformité avec des besoins certains ; illui faut avoir vraiment une valeur rationnelle et dépendre de nécessités foncières. C’est à l’occasion des premiers qu’il naît; mais c'est des secondes qu'il tient être. M. Gounot nous montre un passant s’installant dans une voiture de place dont le cocher dort, et il se demande, non sans une certaine ironie, comment
(1) Op. cit., p. 156-157.
on peut croire que le prétendu contrat, qui est censé conclu, s'appuie sur autre chose qu’un besoin pratique, et sur la nécessité foncière du traditionnel accord des volontés! ?
Si, au lieu de considérer le contrat comme un tout compact, dont le principe interne est l'accord des volontés, on distingue en lui deux obligations dontle principe interne est pour chacune un engagement sain et indépendant, la même perplexité n'est plus possible. Ce qui est essentiel, c’est moins qu’un concours de volontés, deux engagements sains, qui d’ailleurs peuvent être tacites, et c’est moins que la réciprocité de deux causes, leur consistance suffisante, qui d’ailleurs peut.être mal apparente.
Si les éléments créateurs internes étaient indifférents, la volonté contraire ou l’absence de cause ne modifieraient pas.les obligations, et l’on pourrait dire alors que le contrat subsiste par sa seule mission pratique. Mais cela personne ne saurait le prétendre. Dans l’hypothèse qu’on nous propose, les deux engagements sont certains, encore que tacites: ils sont contenus dans le commencement d'exécution; l'installation du passant dans la voiture est une volonté de contracter les obligations d’un voyageur ; la mise en marche du cocher est une volonté de contracter les obligations d'un transporteur. Etles deux causes sont non moins évidentes : l'enrichissement du voyageur est le transport; celui du cocher est le salaire.
Ainsi, du contrat commutatif, on peut dire qu'il crée deux obligations, reposant chacune sur l’efhcacité égale d’une volonté et d’une cause, d'intensité moyenne, qui se combinent. On ne peut plus isoler dans l'obligation une partie causale et une partie volontaire ; elle est tout entière causale et volontaire à la fois.
On peut seulement, entre les différents chefs de obligation, déter-
miner ceux qui seraient encore engendrés quantitativement si la cause existait seule ; et ceux qui seraient encore engendrés qualitativement si la volonté existait seule.
(HNOPACI DAS 70100;
RH