‹ Volonté et CauseChapitre 122 sur 155 · SECTION 2. — LA PRÉDOMINANCE DE LA VOLONTÉ DU DÉBITEUR · texte numérisé non relu

SECTION 2. — LA PRÉDOMINANCE DE LA VOLONTÉ DU DÉBITEUR

La cause, faite de l’énergie qu’elle acquiert en touchant le débiteur, n’est plus seule à constituer l'obligation. À côté d’elle, et aussi normale qu’elle, est apparue la volonté de ce même débiteur, qui ne fait pas que reconnaître l'obligation, mais qui la modifie, donc qui contribue à la créer. Dans la série d’obligations que nous venons de considérer, dans le contrat unilatéral et dans le contrat commutatif, chaque élément a reconnu et respecté l'autre. Mais il est naturel que ces deux données d’origine, de nature et de tendance opposées en viennent à se heurter. C’est le

fait de toutes les forces, et la preuve de leur énergie, qu'on ne puisse « les rapprocher sans qu'elles cherchent à s’asservir Pune l'autre! »,

La volonté qui poursuit son essor ascensionnel va susciter des cas, où le débiteur, après s’être dit: je suis obligé parce que je dois la compensation de la valeur.que j'ai reçue et parce qu’en même temps je ressens la nécessité de me déclarer obligé; se dira simplement: c’est parce que ma volonté saine d’être obligé existe que je suis obligé. La cause n'aurait d'importance que si je ne voulais pas m'obliger ou que si ma volonté étant incorrecte, l’obligation qu’elle pose était irrationnelle. Mais j'ai précisément, par hypothèse, manifesté une volonté saine : je dois pouvoir me débarrasser de l’exigence matérielle superflue et assouplir et perfectionner l'obligation en en faisant l'expression la plus adéquate à laraison qui me conduit à m’obliger.

Considérons deux étapes de cette tendance, dans le contrat aléatoire, d’abord ; dans l’engagement par déclaration unilatérale de volonté, ensuite.

A. — Le contrat aléatoire

En matière de droits litigieux, dans la transaction par exemple,

la volonté, nous l'avons vu, subit l’aléa. Ici, elle le crée. La progression de l’effet de la volonté est évidente. Ce résultat est obtenu par un développement de la volonté, qui réduit la cause par deux côtés. |

I. — Elle la réduit dans son efficacité, en soumettant celle-ci à la réalisation d’une condition, c’est à dire d’une donnée toute psychologique. Mais, cette expansion du vouloir est encore modérée ; elle existe déjà, sinon nécessairement, du moins accessoirement, dans les contrats synallagmatiques les plus normaux : la vente, le louage, tous les contrats peuvent être conclus sous

(1) Ch. Maurras, L'avenir de l'Intelligence. 2° Edit. Nouv. lib. nation., TOITS IP 72e

Page 1