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CHAPITRE IV

une condition. Il faut donc seulement retenir qu'ici la condition est de l’essence de l'acte.

IT. — La seconde atteinte est beaucoup plus profonde. La volonté réduit la cause dans sa consistance même: la mesure quantitative de l'obligation n’est plus un enrichissement; elle est

la chance d’un enrichissement, c’est à dire une donnée,ou mieux

une combinaison, principalement psychologique. La cause matérielle est presque détruite, puisque si le risque d’enrichissement se réalise, il n’est pas expliqué par un appauvrissement antérieur égal ; de mème que si le risque de perte se réalise, l’appauvrissement n’est pas indu et aucune action n’en permet le recouvrement.

Cependant, il ne faut pas conclure de là que la cause n'existe plus. Il en serait ainsi si le risque n’était compensé par rien, pas même par une chance opposée. Mais il faudrait décider alors que l'obligation n’est pas valable, puisque la volonté n’a pas prétendu s'engager sans un minimum de compensation, à la manière dont elle le fait dans le contrat à titre gratuit.

La volonté s'affirme et la cause décroit, mais celle-ci garde un minimum d’action ; et il est possible, au sein du contrat aléatoire, de faire une gradation de l’effet progressif du vouloir.

III. — Dans la rente viagère, par exemple, la réduction de la cause dans son efficacité est faible : ce n’est point la réalisation d’un fait qui est conditionnel, mais seulement l'époque de sa réalisation : la date de la mort du crédi-rentier.

D'autre part, la réduction de la cause dans sa consistance est unilatérale. Supposons la vente d’une maison moyennant le paiement d’une rente viagère. L'obligation du débi-rentier a pour cause l'attribution de la maison, dont la valeur, quoique déterminée, entraîne pour lui une obligation indéterminée : le versement d’annuités plus ou moins nombreuses, Son obligation n'est donc indéterminée que dans son objet.

L'obligation du crédi-rentier a pour cause le paiement des annuités, dont le nombre, donc la valeur, est indéterminée. Mais pourtant cette cause imprécise engendre une obligation dont l'objet est précis : la livraison de la maison.

Les deux obligations, encore que par deux voies opposées, respectent mal le principe d'équivalence que pose la cause. Mais il demeure que seule l’une des deux causes est imprécise. Le contrat, pris dans son ensemble, ne révèle qu’un seul envahissement de la volonté sur la cause, mais dont les conséquences sont doubles, parce que noussommes en présence d’un contrat synallagmatique,

IV. — Dans l'assurance, la réduction de la cause dans son efficacité est plus radicale : la condition porte sur la réalisation

même du sinistre, et par conséquent sur lexistence même de

l'obligation de l’assureur.

Mais la réduction de la cause dans sa consistance est encore unilatérale. La situation est, à ce point de vue, la même que dans la rente viagère. L'obligation de lassuré a pour cause le paiement d’une indemnité préétablie ; mais son objet est indéterminé: le nombre de primes à verser.

L'obligation de lPassureur a pour cause le paiement des primes qui est indéterminé, et qui pourtant correspond à un objet déterminé : le versement d’une indemnité préfixée.

Ici encore, il n’y a, pour deux obligations, qu’une seule manifestation du débordement de la volonté sur la cause, mais dont les conséquences se perçoivent dans l’une et l’autre obligation. Seulement, cette réaction de la volonté sur la cause est plus profonde : le principe de compensation est non seulement amoindri du fait que le nombre des primes payées varie par rapport à l’indemnité qui est invariable; il peut être encore totalement aboli puisque si le sinistrene survient pasles primes seront payées indéfiniment sans équivalent.

V. — Dans le jeu et dans le pari, enfin, la cause est, à la fois,

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