CHAPITRE IV
La cause est, au moins, détournée radicalement de son sens : c’est le cas où il y a opération à titre onéreux dans les rapports du stipulant et du tiers. Le stipulant est débiteur du tiers et créancier du promettant ; il décide que le promettant, par simplification, exécutera envers ce tiers. En somme, on dissocie deux caractères de la cause qui semblaient intimement mélangés: sa force créatrice d'obligation, et sa valeur quantitative, dérivant de cette force. En tant qu’elles sont des forces créatrices d’obligation, deux causes apparaissent dans leur pureté première: l’une, qui ayant passé du tiers au stipulant oblige le stipulant envers le tiers; l’autre, qui ayant passé du stipulant au promettant oblige le promettant envers le stipulant. C’est alors que l'innovation surgit: les deux valeurs quantitatives engendrées sont détachées des opérations qui les ont produites ; elles sont considérées comme pures valeurs; c’est ce qui provoque entre elles une combinaison naturelle. Au lieu que le stipulant reçoive du promettant une valeur pour, après cela, livrer lui-même une égale valeur au tiers bénéficiaire, c’est le promettant qui donnera directement la valeur au tiers : l'équilibre entre les trois patrimoines sera atteint instantanément sous l’action d’une combinaison volontaire, au lieu de l’être successivement sous la seule action de la cause.
L’atteinte portée par la volonté créancière à la cause est donc restreinte : l'énergie de celle-ci n’est pas diminuée ; seule son entrée en jeu est dirigée par une idée. |
Mais la cause va pouvoir aussi être anéantie : c’est le cas où il y a opération à titre gratuit dans les rapports du stipulant et du tiers. Le stipulant a fourni un émolument au promettant. Voilà une cause qui a pour force un appel compensatoire émanant de ce promettant au profit du stipulant. Or, par la volonté de celui-ci, le transport de valeur postulé va se faire du promettant au tiers, alors que ce tiers n’a fourni précédemment aucune valeur ni au promettant, ni au stipulant. Ce n'est plus la combinaison de tout à l’heure, par laquelle la volonté dirigeait l'énergie de la cause,
sans la modifier; ici, c’est l'énergie même de la cause qui est méconnue. Le vouloir accroît la puissance de la cause, ou mieux se substitue à elle et imagine une obligation exclusivement volontaire.
Mais cette obligation toute volontaire est strictement celle qui repose sur l'intention libérale. Il n’y a pas progrès de la volonté dans la partie de l'opération qui est demeurée à titre onéreux, c’est à dire dans les rapports du stipulant et du promettant. Nous devons réserver pour notre prochain chapitre Pétude de la répartition des éléments générateurs dans ce nouvel et dernier échelon des obligations nées d’un fait licite : le contrat à titre gratuit.
V. — Si nous jetons un coup d’œil d'ensemble sur les hypothèses les plus caractéristiques de l'obligation à titre onéreux, afin d'évaluer le travail de la volonté dans son effort vers l’affermissement d’abord, puis vers l'expansion, il nous est possible de faire une double constatation.
Dans son effort le moins radical, et le seul légitime, — s’affirmer elle-même — la volonté a réussi. Il s’est produit une différenciation entre la partie objective de l'obligation, qui répond à une nécessité quantitative, et la partie subjective de l'obligation, qui correspond à un intérêt qualitatif. La cause à maintenu, son domaine; mais, il a paru logique et désirable qu’il ne fût pas le seul et que l'équilibre entre les choses fut parachevé par une volonté des personnes de voir cet équilibre se réaliser. Et lévidente antinomie entre le domaine objectif et quantitatif et le domaine subjectif et qualitatif a été la meilleure garantie contre Pinadmissible empiètement de l’un sur l’autre. Lorsqu’on s’oblige, à la fois, parce qu’on le veut et parce qu’en échange de la valeur qu'on donne on reçoit une autre valeur, il n'appartient pas plusà la cause d'interdire l’action de la volonté saine, qu’il n’appartient à la volonté d’interdire l’action de la cause suffisante.
Mais dans leffort le plus radical de la volonté, s’exaltant jusqu’à apparaître chez le créancier, — effort qui, lui, est illégitime — la
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