CHAPITRE V
tion, par exemple, qui remonte du légataire au testateur, n’est pas une prestation définie qui appelle une obligation immédiate ; elle est une sollicitation morale qui n’a la force que d’engendrer une obligation future. Le legs est l’heureuse image d’une opération dans laquelle il ne s’agit plus, selon le mot de M. Gounot « de comparer deux prestations économiques, mais de comparer une prestation économique avec son équivalent moral ! ». La cause a permis le légitime développement de la volonté, mais sans devenir une dépendance de cette volonté : elle a reculé la naissance de l'obligation jusqu’à la mort du testateur, c’est à dire jusqu’à une époque où, en quelque sorte, l'obligation ne peut être que la diminution d’une fortune et non lappauvrissement d’un patrimoine.
IT. — Dans la donation, il n’en va pas ainsi. Cette même qualité qui émane du donataire avec une énergie affaiblie entraine l’appauvrissement effectif et immédiat du donateur, comme si elle était un véritable émolument. Il faut vraiment reconnaître l'extension du vouloir, son débordement sur la cause qui est entraînée par lui.
La volonté va désormais avoir un double rôle. Elle va remplir déjà sa mission d’ordre subjectif et qualitatif qui est devenue prépondérante. Cette intention libérale qu’exprime ladage populaire « Il faut moins s'attacher à ce que l’on donne qu’à l’intention avec laquelle on donne », est le principe même de la donation. Il convient que cette volonté soit particulièrement correcte et saine. Par là s’expliquerit les précisions légitimes concernant la capacité de donner, l’état mental du donateur, leffet du dol reconnu même aux manœuvres émanant d’un autre que le donataire.