‹ Volonté et CauseChapitre 2 sur 155 · IV. — Le sens dans lequel nous nous engageons est donc · texte numérisé non relu

IV. — Le sens dans lequel nous nous engageons est donc

tout d’abord, celui d’une recherche précise du contenu des trois

facteurs qui, pris à proportion voulue, établiront vraisemblablement l'équilibre des intérêts, dont le lien d'obligation est, pour une espèce donnée, la révélation. Une fois les trois notions dégagées en elles-mêmes, par l’analyse, la contre-épreuve nécessaire de leur synthèse s’imposera à son tour. Nous suivrons alors la suite des hypothèses concevables et nous vérifierons ce fait que, dans un milieu où l'ordre public demeure sensiblement égal à lui-même, les hypothèses obligatoires se présentent comme formant une gradation, dont les deux éléments fondamentaux de cause et de volonté sont les variations parallèles et inversement proportionnelles. |

Cependant, au seuil de cette étude, et avant d’aborder ces deux parties principales, un travail préliminaire s'impose. Avant de considérer la valeur logique de la triple idée que nous envisageons, il faut en rechercher la valeur historique. L'ordre public, la cause, la volonté ne se sont pas dégagés avec une même aisance

et une pareille rapidité. Antérieurs à ces concepts simplifiés dans leur abstraction, il a existé des faits concrets, qui les contenaient en puissance, et que les époques primitives ont seuls connus. Ce n’est que peu à peu que le courant de l’évolution a déposé la gangue matérielle pour ne plus charrier qu’une essence clarifiée et condensée. Mais quelle valeur auraient les mots qui la résument, s'ils n'enfermaient aussi le souvenir de la source qui est leur origine ? « … Rien n'échappe à l’histoire et à la philosophie, a écrit M. Saleilles, le droit moins que toute autre science ! ». Nous ne pourrons affirmer la prééminence de chaque principe que si, avant le raisonnement, l’histoire nous dit que toute époque a tendu vers lui, que toute civilisation l’a pétri de son travail ou, au moins, l’a appelé de son eflort. Cette recherche préliminaire, objet de notre première partie, n’est donc qu'indirectement une étude historique, car ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui nous intéressent, c’est la leçon qui s’en dégage. Mais l’intime mélange de l’idée et de sa traduction vivante nous contraint à considérer celle-ci, afin de mieux pénétrer celle-là. C’est ainsi qu’à tenir compte de latmosphère où s’est développée la vie, on est en droit d’espérer de mieux comprendre la vie même.

(1) L'origine du droit et du devoir, p. 140 (Rev. de philo., t. XV, 1909).

La formation des éléments générateurs

du lien obligatoire

Le droit, sous l'aspect des grandes institutions qu'il embrasse, apparaît comme le résultat de deux tendances puissantes et opposées. Il est le produit d’une fatalité qui s'impose à l’homme et d’un effort de l’homme pour limiter cette fatalité. Il est l'expression de l’évolution des faits économiques et sociaux, mais aussi de leur appréciation par les consciences individuelles et de leur réglementation par l'opinion collective. Le progrès juridique est l’acheminement de plus en plus marqué, à travers ces influences, vers une justice idéale, une et immuable. L'histoire de lobligation en est une lumineuse vérification.

Mais, c’est lentement que se diflérencient, parmi les situations matérielles, celles qui sont, en outre, des situations juridiques. Primitivement tout se tient, tout se confond, dans une masse imprécise, où chaque partie ressemble aux autres, sous le vêtement de fanatisme ou de religiosité, qui les recouvre et les pénètre : ce sont les idées complexes qui naissent d’abord ; les idées simples sont le résultat des longues et minutieuses analyses.

C’est de cet écheveau que chaque jour la vie embrouille, et que chaque jour l'effort déméle, qu'il convient d'isoler, parmi les contingences, les premières apparences d’une nécessité obligatoire perceptible dans l'apport du temps et dans celui du milieu.

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