SECTION I. — APPARITION DE LA NOTION D'OBLIGATION
Le lien d'obligation est le résultat d’une manifestation d’activité, dans laquelle l’accomplissement actuel d’un fait en faveur d’un tiers n'offre, pour contre-partie, de sa part, qu’une promesse à une certaine échéance, ou, plus généralement, qu'une nécessité lui incombant de fournir une compensation future sensiblement égale. :
Il suppose donc, d’une part, existence d’un besoin actuel qui trouve satisfaction; de l’autre, existence d’une confiance qui croit à un remboursement futur ; cette double situation étant incluse dans le fait unique et proprement constitutif de l’obligation. Si lé besoin ne se révèle pas, il ne naîtra rien. S'il est compensé actuellement, il naîtra autre chose qu'une obligation, un échange, par exemple. Si, enfin, ce n’est pas une activité individuelle qui se produit, nous sortons du domaine de l'obligation d’ordre privé pour passer dans un autre, celui, sans doute, de l’obligation légale.
I. — Or, l’époque primitive permettait-elle la réunion de cette triple condition ? Ce ne sont pas des individus que nous voyons, ce sont toujours des groupements, le plus généralement, des familles !. Et l’existence de celles-ci contredit effectivement les trois exigences dégagées. En principe, la famille se suffit à ellemême. Produisant tout ce qu’elle consomme, et consommant tout ce qu’elle produit, elle n’entre pas en relation avec le clan voisin. Elle n’a pas de besoins.
Si, s’éloignant déjà de sa perfection première, un embryon de
(1) V. Viozcer, Histoire du droit civil français, p. 601-604, p. 607. Cf. César, Comment., vi, 22, décrivant la propriété collective chez les Germains.— p. 637, La ménie mérovingienne. Cf. Sumner Maine : L'ancien droit, p. 119.
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spécialisation s’accuse dans son sein, qui l'amène à négocier avec quelque autre groupement, c’est par son chef qu’elle le fera, et son acte n’aura rien d’individuel ; il sera presque social ; exactement, il sera à mi-chemin, il sera familial. Ce sera un traité d’une ‘allure particulière et originale. Enfin, lopération sera l’image des conceptions générales de l’époque ; elle sera achevée en même temps qu'entreprise ; elle sera au comptant.
Ainsi, logiquement, — et l’histoire le confirme !, — toute civilisation présente, à son origine, une première phase, dans laquelle ii n’y a pas place pour l'obligation ; dans laquelle lobligation est irréalisable, en même temps qu’inconcevable.
Vienne l’époque, assez rapidement atteinte, où la famille perd son autonomie, que l'individu recueille d’une manière de plus en plus accusée %, ce collectivisme primitif va insensiblement s’'embrumer, et, de ses résidus incertains et indisciplinés va surgir un individualisme, dont la jeunesse laisse pressentir les ardeurs. Dès lors, deux des obstacles sont renversés, qui s’opposaient à l'apparition de l’obligation. C’est l’individu qui existe désormais. Il n’est plus question pour lui de se suffire à lui-même et les désirs qui l’assaillent l’obligent à compter avec les autres hommes, avec les étrangers, puisque, ni la famille, trop inconsistante, ni lui-même, trop faible, ne savent combler les exigences qui le contraignent. Mais le troisième obstacle est le plus résistant et cette entrée en rapport d’un individu avec un autre individu, c’est encore sur le terrain de la compensation immédiate qu’elle s'effectue. Toujours soumises aux exigences d’un matérialisme exclusif, les parties ne conçoivent pas une autre façon d’équilibrer l'acquisition d’un enrichissement actuel que par l’appauvrissement corrélatif et immédiat. La chose, avec sa valeur certaine et définie ne peut avoir pour équivalent une promesse, qui demeure incertaine et peu sûre, parce qu’elle n’est qu’une idée, qu'une appré-
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(2) ViocLer, op. cit., p. 607. Le mouvement en faveur des partages, en particulier chez les Burgondes.