‹ Volonté et CauseChapitre 78 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tenir. Elle est quelque chose de secondaire déjà, au regard des purs principes de l'obligation, un produit surajouté du droit positif, c’est à dire d’une certaine civilisation. Et il apparaît ainsi, en particulier, que la maxime : Nemo auditur turpitudinem suam allegans ne doit avoir pour conséquence que d’enrayer les effets pratiques d’une obligation non valable en vertu de l’ordre public, mais en laissant jouer le principe fondamental de justice qu’est la cause, et en permettant, spécialement, le retour des prestations dans les patrimoines qui sont fondés à les détenir, selon la règle de l’enrichissement indu.

IV. — Ainsi, l'erreur contenue dans ces deux théories de la fausse cause et de la cause illicite renforce-t-elle encore notre croyance en ce qui nous paraît être le sens vrai et le rôle exact de la cause. Matérielle dans sa source et dans son effet, c’est sa source seule qui a été élargie de la prestation jusqu’au fait, tandis que son effet demeurait strictement résumé dans son double attribut foncier : objectif et quantitatif. La cause est un service aussi bien qu'une chose, et l'obligation qui en découle est aussi bien un salaire, au sens le plus large du mot, qu’un paiement. Ceci n’atteint point son essence, et rend seulement plus souple, mais plus délicate, sa réalisation, sa transformation en la rémunération de l'avocat ou de l'artiste. Son rôle s’atténue au point d’être presque nul dans les obligations qui, bien que quantitatives encore, s’accommodent mal de dériver d’une situation plutôt que d’une idée. C’est de quoi nous fournira l’exemple le contrat d'adhésion ou le contrat aléatoire !. C’est dans cette région qu'est située la limite qui sépare les obligations surtout causales des obligations surtout volontaires dont la légitimité doit découler de vouloirs plus intégralement parfaits. Et de même que nous avons trouvé pour terme extrême de la volonté la prétention qui se dégage légitimement de la cause, réciproquement nous voyons

(1) V, Znfra. Ill‘ partie, ch. 1v.

que la cause doit s’arrêter au point à partir duquel la volonté est, à bon droit, agissante.

C’est vraiment de leur intime concours, toujours identique au fond, et infiniment varié dans ses révélations, que naît l’obligation ; et c’est par lui qu’elle s'explique et se justifie. Sans l'élément subjectif de la volonté, sans intérêt particulier, il n’y aurait pas d'opérations juridiques, car il n’y aurait pas lieu d’échanger deux valeurs sensiblement égales. Mais sans l'élément objectif de la cause, il n’y aurait que des compensations injustes, établies en proportion de la force des volontés.

Mais, parce qu’en même temps qu’objective, elle est quantitative, la cause est une première et fragmentaire réalisation de la justice. Elle mérite à elle seule la définition, dans laquelle M. Léon Re enferme, un peu à l’étroit, la justice tout entière : « .… Elle consiste essentiellement en un rapport d’équivalence entre des services échangés ! ».

Et, d’autre part, la volonté, en même nee qu'elle est subjective est aussi qualitative ; et, par là, elle achève la justice. Elle peut prétendre à la rendre absolue, dans la mesure où elle dérive d’une pure conception de conscience ; et, pour le moins, elle ne croit pas que, nécessairement, selon le mot de Montaigne : « Le proufit de lun est le dommaige de l’autre. »

Sous l’action de leur réel contenu interne, c’est vers la justice que s’élèvent parallèlement la volonté, en partant d’un sentiment tout subjectif, et la cause, en partant d’une raison tout objective.

L'ordre public va ajouter à l'obligation, rationnellement constituée dans son essence profonde et dans son but individuel, le principe, plus relatif, mais pratiquement indispensable, de sa conformité à l’ambiance juridique du lieu et du moment, base

de l'intérêt général.

el

(1) Essai d’une philosophie de la solidarité, 3° confér., p. 78.

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