‹ Volonté et CauseChapitre 87 sur 155 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

qu'on remplaçât « la discussion vague et orageuse des droits, par la détermination calme et rigoureuse des devoirs respectifs !. » Et cette doctrine, concluant enfin que son criterium est, en même temps, celui de la justice, et non plus celui de lindépendance individuelle, mesure la supériorité du socialisme sur l’individualisme à la supériorité de la justice sur la liberté.

En réalité, il semble que dans l’élan de cet altruisme qui n’est pas sans beautés, les socialistes ne s'arrêtent qu'au-delà de la vérité, comme les individualistes étaient demeurés en-decà. Les uns et les autres donnent la valeur d'éléments constitutifs de l'obligation à ce qui ne doit avoir sur elle qu’une lointaine influence : d’un côté, les motifs, parce qu’ils conduisent à l’arbitraire ; de l’autre, les prérogatives de la collectivité sociale, parce qu'elles conduisent à l’étatisme.

L'ordre public, bien loin d’être le principe exclusif de l’obligation, n’en est même pas le principe prééminent. On ne saurait aldimenavecMSPernanent Il est nécessaire qu’un accord de volonté existe pour que les obligations naissent, mais il n’est pas exact de conclure à un lien de causalité ; il est plus vrai de dire que la société — intéressée à l'exécution des conventions — prend texte de cet accord pour faire naître des obligations, et loin d'être la cause de l'obligation, le contrat n’en est que l'occasion ?. » Ceci revient, en effet, à afhirmer qu’en l’absence d’un droit positif, l'enrichissement ne postule pas une compensation, non plus que l’engagement, le respect de la parole donnée. Or, tout au contraire, l’ordre public n'arrive même pas à égalitéavec la cause et la volonté : il n'est que la validation de l'obligation déjà créée.

Quant à se demander, avec M. Gounot, comment la société « pousse ainsi le désintéressement jusqu’à prêter son actif concours à tout acte de volonté quel qu'il soit, cet acte lui fût-il

(1) Cours de philo. positive, 3° édit., t. VI. Paris, Baillière, 1869, p. 454. (2) X. Perrin. La convers. par réduct.…, p. 117.

complètement étranger ? ! », n'est-ce point une question superflue, à légal de celle qui rechercherait pourquoi l'individu pousse la condescendance jusqu'à ne pas méconnaître, quand bon lui semble, telle exigence de la société? ? Il y a là deux puissances qui doivent éviter, autant qu'il est possible, de se limiter l'une l’autre. L'obligation volontaire se soutient par les éléments rationnels qui sont les siens, comme le fait l'obligation légale. Chacune a son autonomie.

IV. — Comment imaginer, d’ailleurs, ce ‘que serait cette vérification profonde faite en vertu de l’ordre public? Aurait-elle pour résultat de conseiller, par exemple, Pannulation de la vente d’une terre, parce que l’acheteur cultive mal et que le vendeur dilapide le prix; ce qui constitue évidemment des faits socialement mauvais? Même du point de vue absolu du bien et du juste, il n’est pas légitime de sacrifier un intérêt précis et normal à des considérations souvent bien vagues et bien lointaines. Au lieu de dire avec M. Gounot : « Tout est social dans lindividu... excepté son individualité même 3 », ne faut-il pas plutôt croire que tout est individuel dans l’individu, excepté le fait inévitable de son rattachement à un groupement social. «... Le vrai droit, écrit M. Fouillée, n’est plus seulement la volonté d’un

prince, ni intérêt d’un pays, il est le droit de l’homme ; par cela

même le centre du droit est partout et chaque individu peut être considéré tour à tour comme fin où moyen, comme obéissant ou commandant, comme sujet ou législateur de la République universelle * ». Ù

Le grand ordre de préférence qu'aucun système de droit ne

(ERODACIL ADS 47e

(2) Cf. Sruarr Mir : « L’individualité doit gouverner cette partie de la vie qui intéresse principalement l'individu, et la société, cette autre partie qui intéresse principalement la société ».— La Liberté, traduct. franc. ch. IV, p. 136.

(3) Op. cit., p. 328.

(4) L'idée moderne du droit, 17° édit., p. 218.

de

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