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an nulien de tes légions. Tu as beau faire ; jamais ton autorité réelle n’ira plus loin que tes faculi s réelles. Sitôt qu’il faut voir par les veux des autres , il faut vouloir par lenrs volontés. Mes peuples sont mes sujets, dis-tu fièrement. Soit, Mais toi , qu’cstu ? le sujet de tes ministres. Et tes ministres à leur tour, que sont-ils? les sujets de lears commis, de leurs maîtresses , les valets de leurs valets. Prenez tout, usurpez tout, et puis versez l’argent à pleines mains ; dressez des batteries de canon ; élevez des gibets, des roues ; donnez des lois , des édits ; multipliez les espions , les soldats , les bourreaux , les prisons, les chaînes : pauvres petits hommes , de quoi vous sert tout cela ? Vous n’en serez ni mieux servis , ni moins volés , ni moins trompés , ni plus absolus. Vous direz toujours , Nous voulons ; et vous ferez toujours ce que voudront les autres.
Le seul oui fait sa volonté est celui qui n’a pas besoin , pour la faire , de mettre les bras d’un autre au bout des siens : d’où il suit que le premier de tous les biens p’est pas l’autorité , mais la liberté. L homme vraiment libre ne veut que ce qu'il peut , et fait ce qu d lui plaif. Voilà ma maxime fondamentale. Il ne s agit que de l’appliquer à l’enfance , et toqtes les réglés de 1 éducation vout en découler.
La soçiété a fait l'homme plus foihle , non seulement en lui otant le droit qn’il avoit sur ses proprrs forces , mais sur-tout en les lui rendant insuffisantes, Voila pourquoi ses désirs se multiplient avec sa foi- I blesse ; et voilà ce qui fait celle de l’enfance , comparée à l'âge d homme. Si l’homme est ou être fort»
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et si l’enfant est un être foible, ce n’est pas parceqne le premier a plus de force absolue qne le second , mais c’est parceqne le premier peut naturellement se suffire à lui-même , et que l’autre ne le peut. L’homme doit donc avoir plus de volontés, et l’enfant pins de fantaisies ; mot par lequel j’entends tous les désirs qui ne sont pas de vrais besoins , et qn’on ne peut contenter qu’avec le secours d’aulrui.
J’ai dit la raison de cet ctat de foiblesse. La nature y pourvoit par l’attachement des peres et des meres : mais cet attachement peut avoir son excès , son défaut, ses abus. Des parents qui vivent dans l’état civil y transportent leur enfant avant l ape. En lui donnant plus de besoins qu’il n’en a , ils ne soulagent pas sa foiblesse , ils l’augmentent. Ils l’augmentent encore en exigeant de lui ce qne la nature n’exigeoit pas ; en soumettant à leurs volontés le peu de force qu’il a pour servir les siennes ; en changeant de part on d’autre en esclavage la dépendance réciproque où le tient sa foiblesse , et où les tient leur attacbement.
L’homme sage sait rester à sa place ; mais l’enfant , qui ne connoit pas la sienne , ne sauroit s’v maintenir. Il a parmi nous mille issues pour en sortir ; c’est à ceux qui le gouvernent à l’y retenir, et cette tâche n’est pas facile. Il ne doit être ni bête ni homme , mais enfant ; il faut qu’il sente sa foi' blesse , et non qu’il en souffre ; il faut qu il dépende , et non qu'il obéisse ; il faut qu’il demande , et non qn’il commande. Il n’est soumis aux autres qu’à cause de ses besoins , et pareequ’ils voient
mieux qne lui ce qui lui est utile , ce qui peut contribuer ou nuire à sa conservation. Nul n’a droit , pas même le pere , de commander à l’enfant ce qui ne lui est bon à rien.
Avant que les préjugés et les institutions humaines aient altéré nos penchants naturels , le bonheur des enfants ainsi que des hommes consiste dans l'usage de leur liberté ; mais cette liberté dans les premiers est bornée par leur foiblesse. Quiconque fait ce qu’il veut est heureux, s’il se suffit à luimême ; c’est le cas de l’homme vivant dans l’état de nature. Quiconque fait ce qu’il s-eut n’est pas heureux, si ses besoins passent ses forces; c’est le cas de l’enfant dans le même état. Les enfants ne jouissent même dans l’état de nature que d’une liberté imparfaite, semblable à celle dont jouissent les hommes dans l’état civil. Chacun de nous , ne pouvant plus se passer des autres , redevient à cet égard foible et misérable. Nous étions faits pour être hommes ; les lois et la société nons ont replongés dans l’enfance. Les riches, les grands, les rois, sont tons des enfants qni, voyant qu'on s'empresse à soulager leur misere, tirent de cela même une vanité puérile , et sont tout fiers des soins qu’on ne leur rendroit pas s'ils étoient hommes faits.
Ces considérations sont importantes, et servent à résoudre toutes les contradictions du système social. Il v a deux sortes de dépendances : celle des choses, qui est de la nature ; celle des bonimes , qui est de la société. La dépendance des choses n’ayant aucune moralité, ne nuit point à la liberté, et
n’engendre point de vices : la dépendance des hommes étant désordonnée (4) , les engendre tons ; et c’est par elle que le maître et l’esclave se dépravent mutuellement. S’il v a quelque moven de remédier à ce mal dans la société , c’est de substituer la loi à l’homme , et d'armer les volontés générales d’une force réelle, supérieure à l’action de toute volonté particulière. Si les lois des nations pouvoient avoir, comme celle de la nature , une inflexibilité que ]3r mais aucune force humaine ne prit vaincre , la dépendance des hommes redeviendroit alors celle des choses ; on rénniroit dans la république tous les avantages de l'état naturel à cenx de l’état civil ; on joindroit à la liberté qui maintient l’homme exempt de vices, la moralité qui l’éleve à la vertu.
Maintenez l’enfant dans la seule dépendance des choses ; vous aurez snivi l'ordre de la nature dans le progrès de son éducation. N’offrez jamais à ses volontés indiscrètes que des obstacles physiques ou des punitions qui naissent des actions mêmes , et qu’il se rappelle dans l’occasion : sans Ini défendre de mal faire , il suffit de l’en empêcher. L’expérience ou l’impuissance doivent seules lui tenir lien de loi. N’accordez rien à ses désirs parcequ’il le demande , mais parceqn'il en a besoin. Qu’il ne sache ce que c’est qu’obéissance quand il agit , ni ce que c’est qu’empire quand on agit pour lui. Qu’il sente également sa liberté dans ses actions et dans les
(4) Dans mes Principes du droit politique, il est démon» tré que nulle volonté particulière ne peut être ordonnée dans le système social.
vôtres. Suppléez à la force qui lui manque, autant précisément qu'il en a besoin pour être libre , et non pas impérieux ; qu’en recevant vos services avec une sorte d’humiliation , il aspire au moment où il pourra s’en passer, et ou il aura l’bonneur de se servir lui-même.
La nature a . pour fortifier le corps et le faire croître, des moyens qu’on ne doit jamais coutrarier. Il ne faut point contraindre un enfant de rester quand il veut aller, ni d’aller quand il veut rester en place. Quand la volonté des enfants n’est point pâtée par notre faute, ils ne veulent rien inutilement. Il faut qu’ils sautent , qu’ils courent , qu’ils crient quand ils en ont envie. Tous leurs mouvements sont des besoins de leur constitution, qui cherche à se fortifier ; mais on doit se défier de ce qu’ils désirent sans le pouvoir faire eux-mêmes , et que d’autres sont obligés de faire pour eux. Alors il faut distinguer avec soin le vrai besoin . le besoin naturel , du besoin de fantaisie qui commence à naître , on de celui qui ne vient que de la surabondance de vie dont j’ai parlé.
■T’ai déjà dit ce qu’il faut faire quand un enfant pleure pour avoir ceci ou cela. J'ajouterai seulement que dès qu’il peut demander en parlant ce qn’il desire , et que pour l'obtenir plus vite ou pour vaincre un refus , il appuie de pleurs sa demande , elle lui doit être irrévocablement refusée. Si le besoin Ta fait parler, vous devez le savoir, et faire aussitôt ce qn’il demande ; mais céder quelque chose à ses larmes , c’est l’exciter à en verser , c’est lui apprendre à douter de votre bonne volonté, et