‹ Vols. 1 & 2Chapitre 43 sur 53 · LIVRE IV. a3i · texte numérisé non relu

LIVRE IV. a3i

prouve en moi qu’elle la produit. Je veux agir, et j 'agis ; je veux mouvoir mon corps , et mon corps se meut : mais qu’un corps inanimé et en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mouvement, cela est incompréhensible et sans exemple. La volonté m’est connue par ses actes , non par sa nature. Je connois cetlevolonté comme cause motrice; mais concevoir la matière productrice du mouvement, c’est clairement concevoir nn effet sans cause, c’est ne concevoir absolument rien.

Il ne m’est pas plus possible de concevoir comment ma volonté meut mon corps, que comment mes sensations affectent mon ame. Je ne sais pas même pourquoi l’un de ces mystères a paru plus explicable que l’antre. Quant à moi , soit quand je suis passif , soit quand je suis actif, le moyen d’union des deux substances me paroit absolument incompréhensible. Il est bien étrange qu’on parte de cette incoinprébensibilité même pour confondre les deux substances, comme si des opérations de nature si différente s’expliquoient mieux dans un seul sujet que dans deux.

Le dogme que je viens d’établir est obscur, il est vrai ; mais enfin il offre nn sens , et il n’a rien qui répugne à la raison , ni à l’observation : en peut-on dire autant du matérialisme? îM'est-il pas clair que si le mouvement étoit essentiel à la matière, il en seroit inséparable, il y seroit toujours en même de gré, tonjours le même dans chaque portion de matière, il seroit incommunicable, il ne pourvoit augmenter ni diminuer, et l’on ne pourvoit pas même concevoir la matière eu repos? Quaudoume

a3a ÉMILE.

dit que le mouvement ne lui est pas essentiel, mais nécessaire, on veut me donner le change par des mots qui seroient plus aisés à réfuter s'ils avoient un peu plus de sens: car, ou le mouvement de la matière lui vient d’elle-iuème, et alors il lui est essentiel , ou s’il lui vient d’une cause étrangère, il n’est nécessaire à la matière qu’autant que la cause motrice agit sur elle : nous rentrons dans la premiers difliculté.

Les idées générales et abstraites sont la source des plus grandes erreurs des hommes; jamais le jargon de la métaphysique n’a fait découvrir une seule vérité, et il a rempli la philosophie d’absurdités dont on a honte, sitôt qu’on les dépouille de leurs grands mots. Dites-moi,mon ami, si quand on vous parle d’une force aveugle répandue dans toute la nature, on porte quelque véritable idée à votre esprit. On croit dire quelque chose par ces mots vagues de force universelle, de mouvement nécessaire, et l’on ne dèt rien du tout. L’idée du mouvement n’est autre chose que l’idée du transport d’un lieu à un autre: il n’y a point de mouvement sans quelque direction; car un être individuel ne sauroit se mouvoir à la fois dans tous les sens. Dans quel sens donc la matière se meut-elle nécessairement? Toute la matière en corps a-t-elle un mouvement uniforme, ou chaque atome a-t-il son mouvement propre? Selon la première idée, l’univers entier doit former une masse solide et indivisible ; selon 1=> seconde , il ne doit former qu’un fluide épars et incohérent, sans qu il soit jamais possible que deux, atomes se réunissent. Sur quelle direction se fera ce mouvement commun

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