LIVRE IV. s
cle tonte la matière ? Sera-ce en droite ligne on circnlairement, en haut ou en bas, à droite on à gauche? Si chaque molécule de matière a sa direction particulière, quelles seront les causes de toutes ces directions et de toutes ces différences? Si chaque atome ou molécule de matière ne faisoit que tourner sur son propre centre, jamais rien ne sortiroit de sa place, et il n’y auroit point de mouvement communiqué ; encore même faudroit-il que ce mouvement circulaire fût déterminé dans quelque sens. Donner à la matière le mouvement par abstraction, c est dire des mots qui ne signifient rien; et lui donner un mouvement déterminé, c’est supposer une cause qui le détermine. Plus je multiplie les forces particulières, plus j’ai de nouvelles causes à expliquer, sans jamais trouver aucun agent commun qui les dirige. Loin de pouvoir imaginer aucun or» dre dans le concours fortuit des éléments, je n’en puis pas même imaginer le combat, et le chaos de l'univers m’est plus inconcevable que son harmonie. Jecomprends quele mécanismedu mondepeutn’être pas intelligible à l’esprit humain ; mais sitôt qu’un homme se mêle de l’expliquer, il doit dire des choses que les hommes entendent.
Si la matière mue me montre une volonté , la matière mue selon de certaines lois me montre une intelligence : c’est mon second article de foi. A<*ir. comparer, choisir, sont les opérations d’un être actif et pensant : donc cet être existe. Où le voyez- vous exister? m'allez-vons dire. Non seulement dans les deux qui roulent, dans l’astre qui nous éclaire ; non seulement dans moi même, mais dans la brebis qni
F.Mir.i’. a,
paît, daus l'oiseaa qui vole, dans la pierre qui tombe, dans la feuille qu’emporte lèvent.
,7e juge de l’ordre du monde quoique j’en ignore la fin, pareeque pour juger de cet ordre il me suffit de coni| arer les parties entre elles, d’étudier leur concours, leurs rapports , d’en remarquer le concert. J’ignore pourquoi l’univers existe; mais je ne laisse pas de voir comment il est modifié ; je ne laisse pas d’appercevoir l’intime correspondance par laquelle les êtres qui le composent se prêtent un secours mutuel. Je suis comme un homme qui verrait .pour la première fois, une montre ouverte, et qui ne laisserait pas d’en admirer l’ouvrage, quoiqu’il ne connût pas l’usage de la machine et qu’il n’eût point vu le cadran. Je ne sais, diroit-il , à quoi le tout est bon ; mais je vois que chaque piece est faite pour les autres : j’admire l’ouvrier dans le détail de son ouvrage, et je suis hieu sûr que tous ces rouages ne marchent ainsi de concert que pour une lin commune qu’il m’est impossible d’appercevoir.
Comparons les fins particulières, les moyens ,ïes rapports ordonnés de toute espece, puis écoutons le sentiment intérieur : quel esprit sain peut se refuser à son témoignage? à quels yeux non prévenus 1 ordre sensible de l’univers n’annonce-t-il pas nne suprême intelligence? et que de sophismes ne faut-il point entasser pour méconnoitre l’harmonie des êtres et l’admirable concours de chaque piece pour la conservation des antres .' Qu on me parle tant qu’on voudra de combinaisons et de chances : que vous sert de me réduire au silence , si vous ne pouvez m’amener à la persuasion? et comment m ôterez-
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tous le sentiment involontaire qui vous dément toujours malgré moi? Si les corps organisés se sont combinés fortuitement de mille maniérés avant de prendre des formes constantes, s’il s’est formé d’abord des estomacs sans bouches, des pieds sans têtes, des mains sans bras, des organes imparfaits de toute espece qui sont péris faute de pouvoir se conserver, pourquoi nul de ces informes essais ne frappe-t-il plus nos regards? pourquoi la nature s’est-elle enlin prescrit des lois auxquelles elle n’étoit pas d’abord assujettie ? Je ne dois point être surpris qu'une chose arrive lorsqu’elle est possible et que la dif/icnlté de l’évènement est compensée par la quantité des jets ; j’en conviens. Cependantsi l’on me venoit dire que des caractères d’imprimerie , projetés au hasard , ont donné l’Enéide tout arrangée , je ne daigneroispas faire un pas pour aller vérilier le mensonge. Vous oubliez, me dira-t-on, la quantité des jets. Mais de ces jets-là combien faut-il qué j’en suppose pour rendre la combinaison vraisemblable? Pour moi , qui n’en vois qu’un seul, j’ai l’inlini à parier contre un que son produit n’est point l'effet du hasard. Ajoutez que des combinaisons et des chances ne donneront jamais que des produits de même nature que les éléments combinés, que l’organisation et la vie ne résulteront point d’un jet d’atôines, et qu’un chymiste combinant des mixtes ne les fera point sentir et penser dans son creuset. (17)
(17) Croiroit-on , si l’on n'en avoit la preuve, que l'extravagance humaine put être portée à ce point? Amatus
a3G ÉMILE.
J’ai la Nieawentit avec surprise et presque avec scandale. Comment cet homme a-t-il pa vouloir faire un livre des merveilles de la nature, qui montrent la sasesse de son auteur ? Son livre seroit aussi gros que le monde, qu'il u’auroit pas épuisé son sujet; et sitôt qu’on veut entrer dans les détails, la plus grande merveille échappe, qui est l’harmonie et l'accord du tout. La seule génération des corps vivants et organisés est l’abvine de l’esprit humain ; la barrière insurmontable que la nature a mise eutre les diverses especes , afin qu’elles ne se confondissent pas , montre ses intentions avec la dertfere évidence. Elle ne s’est pas contentée d’établir l’ordre, elle a pris des mesures certaines pour que rien ne put le troubler.
Il n’y a pas un être dans l'univers qu’on ne puisse , à quelque égard , regarder comme le centre commun de tous les autres, autour duquel ils sont tous ordonnés, en sorte qu’ils sont tous réciproquement lins et raovens les uns relativement aux autres. L’es-
Lusitanus assuroit avoir vu un petit homme long d un pouce enfermé dans uu verre , que Julius Camillus, comme un autre Prométhée , avoit fait par la science alchymique. Paracelse, de satura reruai, enseigne la façon de produire ces petits hommes, et soutient que les pygmées, les faunes, les satyres, et les nymphes, ont été engendrés pal la chimie. En eilet, je ne vo.s pas trop qu’il reste désormais autre chose a faire pour établir la possibilité de ces faits, si ce n’est d’avancer que la matière organique résiste à l’ardeur du feu , et que ses molécules peuvent se conserver en vie dans un fourneau de réverbère.