‹ Vols. 1 & 2Chapitre 52 sur 53 · EU ILE · texte numérisé non relu

EU ILE

vcrïa par la raison seule, quelle solide Lase pent-on lui donner: La vertu, disent-ils, est l’amour de 1 ordre. Mais cet amour peut-il donc et doit il l’emporter en moi sur celui de mon bien-être ? Qu'ils me donnent une raison claire et suflisante pour le préférer. Dans le fond , leur prétendu principe est un pur jeu de mots ; car je dis aussi , moi , que le vice est l'amour de l'ordre , pris dans nn sens différent. Il y a quelque ordre moral par-tout où il v a sentiment et intelligence. La différence est que le b n s’ordonne par rapport au tout , et que le méchant ordonne le tout par rapport à lui. Celui-ci se fait le centre de toutes choses ; l’autre mesure son rayon , et se tient à la circonférence. Alors il est ordonné par rapport au centre commun , qui est Dieu , et par rapport à tous les cercles concentriques, qui sont les créatures. Si la Divinité n’est pas , il n’y a que le mécbant qui raisonne ; le bon n'est qn un insensé.

O mon enfant ! puissiez-vous sentir un jour de quel poids on est soulagé, quand, après avoir épuisé la vanité des opinions hnmaines et goûté l’amertume des passions , on trouve enfin si près de soi la roule de la sagesse, le prix des travaux de cetle vie, et la source du bonheur dont on a désespéré 1 Tous les devoirs de la loi naturelle, presque effacés de mon coeur par l'injustice des hommes, s’y retracent au nom de 1 éternelle justice , qui me les impose et qui me les voit remplir. Je ne sens plus en moi que 1 ouvrage et l'instrument du grand Etre qui veut le bien , qui le fait, qui fera le mien par le concours de mes volontés aux siennes et par le bon usage de

ma liberté : j’acquiesce à l’ordre qu'il établit, sur de jouir moi-mème uu jour de cet ordre, et d’y trouver ma félicité ; car quelle félicité plus douce que de se sentir ordonné dans un système où tout est bien ? En proie à la douleur, je la supporte avec patience, eu songeant qu’ellë est passagère, et qu’elle vient d’un corps qni n’est point à moi. Si je fais une bonne action sans témoin , je sais qu’elle est vue, et je prends acte pour l'autre vie de ma conduite en celle-ci. En souffrant une injustice, je me dis : L'Etre juste qui régit tout saura Lien m’en dédommager : les besoins de mon corps, les niiseres de ma vie, nie rendent l’idée de la mort plus supportable. Ce seront autaut de liens de moins à rompre quand il faudra tout quitter.

Pourquoi mon ame est-elle soumise à mes sens , et enchaînée à ce.corps qui l’asservit et la gêne.? Je n’en sais l ien : suis je entré dans les décrets de Dieu ? Mai je puis, sans téméiité , former de modestes conjectures. Je me dis : Si l’esprit del’lromme fût resté libre et pur, quel mérite auroit-il d’aimer et suivre l’ordre qu'il verroit établi, et qu’il n’auroit nul intérêt à troubler? Il seroit heureux , il est vrai ; mais il manqueroit à son bonheur le degré le plus sublime , la gloire de la vertu et le bon témoignage de soi ; il ne seroit que comme les auges , et sans doute l’homme Vertueux sera plus qu’eux. Unie à un corps mortel par des liens non moins puissants qu’incompréhensibles , le soin de la conservation de ce corps excite l aine à rapporter tout à lui , et lui donne un intérêt contraire à l’ordre général , quelle est pourtant capable de voir et d'aimer;

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c'est alors que le bon usage de sa liberté devient à. la-fois le mérite et la récompense , et qu’elle se prépare un bonheur inaltérable , en combattant ses passions terrestres et se maintenant dans sa première volonté.

Que si même, dans l’état d'abaissement où nous sommes durant ceile vie, tous nos premiers penchants sont légitimes , si tous nos vices nous viennent de nous , ; ourquoi nous p’aignons-nous d’être subjugués par eux? Pourquoi reprochons-nous à l'auteur des choses les maux que nous nous faisons, et les ennemis que nous armons contre nous-mêmes ? Ab ! ne gâtons point l’homme; il sera toujonrs bon sans peine, et toujours heureux sans remords. Les coupables qui se disent forcés au crime sont aussi menteurs que méchants : comment ne voient-ils point que la faiblesse dont ils se plaignent est leur propre ouvrage ; que leur première dépravation vient de leur volonté ; qu’à force de vouloir céder à leurs tentations , ils leur cèdent enfin malgré eux, et les rendent irrésistibles? Sans doute il ne dépend plus d’eux de n’cUe pas méchants et faibles ; mais il dépendit d’eux de ne le pas devenir. Oh ! que nous resterions aisésnent maîtres de nous et de nos passions , même durant cette vie, si, lorsque nos habitudes ne sont point encore acquises , lorsque notre esprit commence à s’ouvrir, nous savions l’occuper des objets qu’il doit connoitre pour apprécier ceux qu’il ne connoît pas ; si nous voulions sincèrement nous éclairer, non ponrbriller aux yeux des autres, mais pour être bons et sages selon notre natnie , pour nous rendre heureux en pra iquant nos de-

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