‹ Vols. 3 & 4Chapitre 4 sur 16 · LIVRE IV. ç,y · texte numérisé non relu

LIVRE IV. ç,y

pas dans tous au même degré , et, dans tous, il est sujet à s’altérer par diverses causes. La mesure du goût qu’on peut avoir dépend de la sensibilité qu’ou a reçue ; sa culture et saforme dépendent des sociétés où l’on a vécu. Premièremçnt il faut vivre dans des sociétés nombreuses pour faire beaucoup de comparaisons. Secondement il faut des sociétés d’amusement et d’oisiveté ; car, dans celles d'affaires , on a pour réglé, non le plaisir, mais l’intérêt. En troisième lieu il faut des sociétés où l’inégalité des con ditions ne soit pas trop grande, où. la tyrannie de l’opinion soit modérée, et où régné la volupté plus que la vanité; car, dans le cas contraire, la mode étouffe le goût , et l’on ne cherche plus ce qui plait , mais ce qui distingue.

Dans ce dernier cas, il n’est plus vrai que le bon goût est celui du plus grand nombre. Pourquoi cela ? Parceque l’objet change. Alors la multitude n’a plus de jugement à elle , elle ne juge plus que d’après ceux qu’elle croit plus éclairés qu’elle; elle approuve, non ce qui est bien, mais ce qu’ils ont approuvé. Dans tous les temps, faites que chaque homme ait son propre sentiment ; et ce qui est le plus agréable en soi aura toujours la pluralité des suffrages.

Les hommes dans leurs travaux ne font rieu de beau que par imitation. Tous les vrais modèles du goût sont dans la nature. Plus nous nous éloignons du maître, plus nos tableaux sont défigurés. C’est alors des objets que nous aimous que nous tirons nos modèles ; et le beau de fantaisie, sujet au caprice et à l’autorité, n’est plus rien que ce qui plait à «eux qni nous guident.

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