I.ETTRES INliDITES
vous cl 1’abbe d’Olivet, et lous ceux qui Tout vu. Au nom de Dieu, ayez de la mcmoire! Vous gvcz oublie YApnloyie de V. Ce libelle a vous montre, ce libelle donl il s'esl debite quelques exemplaires, ce libelle cite par Desfonlaines meme dans son Diclionnaire nenrologique, ou vous eles si jolimenl traite, enfin vous vous en 6tes souvenu. Je demande a voire amitie de la memoire cl de la vivacite. J'ai Desfonlaines cn lete. Je ne quillerai pas Circy pour lui; mais je le punirai sans bouger. Si vous avez un coeur, remuez-vous. J’ai envoyc une especc d’apologie a M. d'Argenson; vous pouvez engager M. de Moncrif a vous la monlrer. II y a du lilteraire; mais j’ai voulu faire un ouvrage pour la poslerite, non uu simple factum. Soyez la dixieme parlie aussi vif pour moi qne vous I’avez ele pour mademoiselle Salle, qui vous aimail dix fois moins que moi.
Ne vous adressez qu’a Moncrif. V.
Ce 28 1738.
M. du Chalelelelanl absent, etmadame la marquise ayant ordre d’ouvrir ses letlres, elle a heureusement lu la vdlre, et elle vous donne la marque d'amitie de vous la renvoyer. Kile u’esl ni franfaise, ni decenle, ni intelligible, et M. du Chalelcl, qui est tres-vif, en eilt #le foil pique. Je vous la reuvoic douc, mon clier Thieriot; corrigez-la, comme je corrige mes Epxtres. II faul tout simplement lui dire que vous avez prevenu lous ses desirs; que si vous avez cte si lunytemps sans
ecrire, c'est que vous avez ete rnalado; qu’il y a longtemps <jue vous savez qu’en diet j’ai rembourse toutes les sovscriptions que les souscripteurs negligents n'avaient pas envoyees en Anglelerre, et que vous lie croyez pas qu’il en restc; niais que s’il en restait, vous vous en ehargeriez avec plaisir pour votre ami ;
Qu’a I’egard de l’abbe Desfontaines, vous peusez commetout le public, qui le deteste et le meprise, et que vous n’avez pas cesse un instant d’etre mou ami. An resle, songez bien qu'ou ne vous demande point de leitre ostensible. Voila eomme on apaise tout sans se compromettre, et non pas en entrant dans un detail de lettre a ecrire de M. de la Popeliniere.
Ne parlez point de M. de la Popeliniere; c’est a Ini a rendre ce qu’il doit a M. le marquis du Chatelet, et il n'y manquera pas; il connalt trop les devoirs du monde.
Pour la centieme fois, si vous aviez ecrit tout d’un • coupcomme k l’ordinaire, et si vous n’aviez pas voulu mettre dans l’amitie une politique fort etrangere, il n'y aurait pas eu le moindre malentendu. Oublions done toule cetle mesintelligence.
Au resle, je poursuivrai Desfontaines a toule rigueur : qui ne sail point corifondre scs ennetnis ne sait point aimer ses amis. V.
Ce mime jour ou cclte mime nuit 1738.
Madame du Chatelet est excessivement f&chee que
LKTTIIES 1XE0ITES
vous ayez fait courir voire lettre a elle adressee ; cela esl contre toutes les regies, et tin nom aussi respectable doit etre plus menage. Je suis encore a comprendre comment cela peut vous t>tre venu dans la tele , et pourquoi vous lui avez ecrit unc pretendue lettre ostensible, qu’clle ne demandait assurement pas, et pourquoi vous avez consulte tant de gens sur la maniere de faire une chose qu’il ne fallait point faire du tout. Si jamais il arrivait que cette lettre compromlt madame la marquise du Ch&telet avec l'abbe Desfontaines, il n’y a peut-etre point d’extremite oil sa famille et elle ne se portassent. Encore une fois et encore cent fois, il fallait ecrire tout simplement comme a 1’ordinaire , ne point faire attendre ; mander si vous aviez envoyeou non cette horreur au prince1; instruire tout Cirey par vous-meme de ce qui se passait, de ce qu’il convenait de faire; prier votre ami de prendre votre defense, et contre trente personnes qui disaient que vous le trahissiez, et contre l’abbe Desfontaines qui vous traite comme un colporteur et comme un faquin j vous joindre a nous avec le zele le plus inlrepide pour delivrer lasocieted’un monstre; ecrire lettre sur lettre, au lieu de vous en laisser ecrire; envoyer copie de votre lettre au prince ; epargner tous les soup- 50ns et remplir tous les devoirs. Vos peehes soul grands ; que la penitence le soit, et que je dise : Remitiuntur ei peccata mvlla, quia dilexit mullvm.
' Erederic.
:i:ls
Ce 7 noTembre 1738,
J’ai re?u aujourd'hui le ballol et l'cstampe. J’ecrirai au prince Canlemir pour le remercier. MouDieti! (jue la figure du Bacchus de Bouchardon est admirable de lout point! Je vousprie, mon cherami, de deperherce
paquet a M. d'Argental Non, point de paquet....
Je vais faire partir incessamment Pope, S'gravesande , Bacon, etc.
11 y a un grand garfon aimarit les vers, el pour ce banni de la tuaisou paternelle; il se nomine de Gouve-, il veut vous voir. — Je repondrai AM. des Alleurs; mais je n’ai pas un moment a moi, et nous partons bienlftt pour la Flandre. Comment va voire sant6?
. 42. — A M. L'ABBE MOLSSINOT.
9 decembrc 1738,
Je vous prie, mon cher abbe, de vouloir bien avoir la bonte d’envoyer chez Prault, et de le faire un peu gronder par M. votre frere. 11 ne m’envoie ni l’exemplaire de V Enfant prodigue que je demandais par la poste, ni les volumes qu'il me doit. 11 n’y a aucun de ces volumes qu’on ne trouve a Paris en un demi quart d’heure. Mais je suis honteux de vous gener toujours pour des bagatelles. L’affaire de M. de Guise n’est pas si bagatelle. Savez-vous bien que vous ne feriez pas mal d'aller voir M. Chopin, dans quelque
LETTHES IiNEDITES
intervalle de la grand’messe et de vdpres? II me semble qu’on fait plus de cboses dans une conversation avec le chef de la commission, que par des rames de papier timbre. Vous diriez a ee M. Chopin que le Serenissime prince de Guise se moquc de moi, clielif citoyen; qu'il fait bombance a Arcueil, et laisse mourir de faim ses creanciers. Vous lui feriez un beau discours sur la reverence qu’on doit aux rentes viageres. 11 cst vrai que le roi a reduit les nitres a la inoitie; mais le prince de (iuise n'esl pas si modern, il me retranche tout a fait les miennes. Je vous avoue que je trouve ce procede-la pire que les barricades de Guise le Balafre. Je souhaiterais que ce M. Chopin etU quelques rentes viageres; il verrait ce que c'est que de n’avoir point de quoi vivre de son vivant, et de laisser a ses hoirs trois ou qualre annees a percevoir. Je sais qu'il ne serait pas mal (|ue je fusse a Paris; mais je crois mes allaires mieux entre vos mains qu'entre les miennes.
Adieu, mon clier abbe, nous boirons a voire saute cn mangeant le pate.