AU MfiMF
A Circy, 13 <ii-ceiubre.
Mon cher ami, je n’ai ni le temps ni la force rle vous ecrire; a peine ai-je celle de cacheter ces deux paquets que je vous supplie de dep&cher, l’un a Remusberg, l'autre a la Grange-Bateliere deux asiles des arls et de la verlu, et a cOli desquels je ne peux mettre que la maison aimable que vous habitez. Nous attendons de vos nouvelles, et sommes bien faches de donner succinctement des nOtres.
Ce 29 decctnlirc <738, a Cirey.
En reponse a votre letlre du 24, 1° je vous prie, mon cher ami, de lire les petits versiculets qui se trouvent dans ma lettre a sir Isaac s. C’est une petite formule de qudte pour les Lapones, suivant les rites de bienfaisance de l’abb4 de Saint-Pierre d'Utopie.
2° Ecrivez-moi de grftce un peu de detail sur YlZpitre de l Homme 3.
3° Je suis confondu que vous n’ayez pas re?u celle sur la Nature du plaisir 4. Elle etait dans un gros pa-
* Pour Frdddrlc, ft pour le comle d'Argental.
* Maopertuif. Voy. ddit. Denrliot , t. Ull, p. 30 1 ^
* Voy. Reuchot, t. XII, p. 4S.
‘ Voy. id., t. XII, p. 81.
.11? I.FTTRF.S INfiDITRS
quet, et je me souviens tres-bien que je vous priais de ne la pas envoyer sit6l au prince. Or voyez done, en feuilletant notre Commercium epistolicum, si vous retrouverez la lettre en question ; elle a el£ ecrite il y a six semaines ou deux mois. La perle de ce gros paquet me donne de vives inquietudes.
4 • Je vous prie de repondre aux semeurs de zizanie que le pere Poree , mon ancien regent , est mon ami intime, qu'il m’ecrivil il n’y a pas quinze jours, et qu’il est incapable de la lache et scandaleuse noirceur qu’on lui impute.
5“ Apparemment que le petit Lamare espere beaucoup de vous et peu de moi, car depuis que je lui ai donne Cent livres d’une part et cent vingt de l'antre, je n’enlends pas parler de lui; il ne m’en a pas settlement accuse la reception.
6° Comme j’en ai use de meme avec Linant, et que vous m’avez mande il y a quelque temps qu'il avait tenu des discours fort insolents de Cirey, je vous prie de me mander quels sont ces discours. Itien n'.esl si triste qu’un soup^on vague. 11 faut savoir sur quoi compter; demi-confidence est torture. Il faut lout ou rien, en cela comme en amitie.
7° Je n’ai nul empressement pour le palais Lambert, car il est a Paris. Si madame du Chatclet veut Pacheter, il lui coittera moins que vous ne dites. Je vivrai avec elle la, comme a Cirey; et dans un Louvre ou dans une cabane, tout est egal. Je ne crois pas que celte acquisition derange trop sa fortune , et je crois que je pourrai toujours la voir jouir d un £tat tres-honorable , avec une sage economie qu’il
DK VOLTAIRE (1139).
fnut recommander a sa generosity. Au reste, il faudrait que le public ne flit pas informe de cette acquisition avant le temps.
8° Envoycz-moi, je vous prie, la lcltre de M. Algarolti. Mais pourquoi ne nous ecril-il point?
9® Dites au tres-aimable M. Helvetius que je l’aime infiniment, el que je dis toujours en parlanl de lui :
Made animo, generoie purr ! sic ilur ad aitra !
(Virg., JEn., I. IV, T. 641.)
10° Je vous soubaite la bonne ann^e, je vous embrasse tendrement. Dites a M. votre frere qu’il m'envoie un nota de ce que je lui redois; e’est un creancier trop paisible. Adieu, mou cberami; portez-vous mieux que moi; excusez ma paresse aupres de Son Altesse Royale sur ma mauvaise santy. — Bonsoir.
(16 ou 17) janvier 1739
Madame de Chambonin partait 1 ; mais elle tombe malade. On ne veut pas que je parte, et d’ailleursj’aime mieux hasarder mille fausses demarches que d’en f lire une contre l’amitiy, et que mou cceur me reprooberait. Je reste done, et le proces criminel 2 que je veux absolument qu’on intente ira comme il pourra. Je n’ai ni a rougir ni a craindre.
1 Voy. 4dit. Bcuchot, la lettre du 20 Janvier, t. LUI, p. 427. (Mole de M. de Cayrol.)
* Contre I’abbe Desfontaines , auteur de la Yoltairomanie.
.til I.ETTRES INfiOITRS
Je n’abamlonnerai <le ma vie aucune brancbo rle cette affaire; rile me coulera quelques quarts il'heure les jours de poste, mais ne prendra rien sur le repos de mon coeur : il n’y a que l’amitie a quoi il soil sensible.
Imitez madamc deBernieres, qui doit m’cilre moins altachoe que vous; elle m’ecrit la lettre la pins terrible contre Desfonlaines, mais si terrible que je n'ose la montrer, ct que je demande quelque ehose de plus modere. C'est quatre lignes sculenient d’elle et de vous, pour mcttre dans mon portefeuille, pour servir de reponse it forces miserables qui abusent toujours de la calomnie, et qui prennent pour vraies les impostures auxquelles on n’a pas repondu.
Cela fait une fois, cela est fait pour jamais, et je jouis paisiblement de vctre amitie.
Mais je vous conseille de ne pas aigrir M. et madame du Chatelet, en tergivcrsant sur la lettre qu’ils demandenl, inutile d’accord, mais ils la demandent.
Je vous embrasse. V.